Prout Economics ou L'économie selon la Théorie de l'Utilisation progressiste

De Sarkarverse
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PROUT ECONOMICS (PROUT IN A NUTSHELL)

Discours sur la libération économique

Ceci est une traduction française (de ?) d'une compilation en langue anglaise de discours de Prabhat Ranjan Sarkar.

�Note de l’éditeur


En septembre 1987, P.R. Sarkar demanda que tous ses discours sur PROUT, un acronyme pour Progressive Utilization Theory (Théorie de l’Utilisation Progressiste), soient compilés et publiés comme une série que nous avons appelé Prout in a Nutshell. Ce livre est une compilation des discours de Prout in a Nutshell ayant trait à l’économie. Ces discours sont présentés par ordre chronologique conformément au souhait de l’auteur. La caractéristique essentielle du système économique de PROUT est DE libérer les êtres humains de leurs problèmes matériels pour que ceux-ci puissent profiter de plus de temps libre pour se développer sur les plans intellectuel et spirituel. L’économie pour Sarkar doit être rendue assez pratique pour qu’elle serve l’intérêt général et non pas l’intérêt de quelques-uns. Les discours ont été ici classés en six parties. Les discours dans chaque partie sont généralement classés par ordre chronologique. La partie 1 traite des principes clefs de la libération économique. Elle présente les principes essentiels du système économique de PROUT. La partie 2 propose une brève critique du capitalisme et du communisme, ces théories matérialistes qui dominent le monde actuel. La partie 3 revendique un développement rural capable de servir au mieux le bien commun, par le fruit d’une coopération coordonnée de la production agricole. La partie 4 recommande la décentralisation économique, comme seul et unique moyen d’améliorer la situation des populations rurales, même lointaines ou pauvres. La partie 5 indique quelques mesures d’application immédiate seules capables de soulager la souffrance des peuples opprimés. La partie 6 et dernière, soit à peu près 30 % de l’ouvrage propose quelques études de cas du nord-est de l’Inde avec beaucoup de détails pratiques sur les moyens d’améliorer la situation économique des millions d’indigents qui vivent dans la région. La plupart des discours qui composent ce livre furent donnés originellement en bengali ou en anglais, et quelquefois, dans les deux langues en même temps. Les discours suivants furent donnés en bengali : « Les Principes de PROUT», « Quelques particularités du système économique de PROUT» « Faites circuler l’argent », « Le capitalisme en trois étapes» « La dépression économique », « La révolution agraire », « Les coopératives agricoles », « l’Economie décentralisée – 2 », « La Théorie de l’Est humide », « Augmentation et contrôle de la population » et « Programmes de développement ». « Equilibre dynamique » et tous les discours de la partie 6, furent aussi donnés en bengali. Les discours suivants furent donnés originellement en anglais : « Minimum et maximum vital », « Dynamique économique », « Féodalisme et système zamindari », « Relever ceux laissées à la traîne », « Projets polyvalents de développement ». La plupart des questions et réponses dans le domaine économique furent données aussi en anglais. Quelques chapitres sont divisés par une courte ligne en sections pour indiquer un changement de la langue d’origine. Par exemple, les premières sections de « Principes d’équilibre économique » et de « Production coopérative » furent toutes deux données en bengali alors que la deuxième section fut donnée en anglais. Les deux premières sections de « Les défauts du communisme » furent données en bengali et la troisième section fut donnée en anglais. Des remarques non publiées de l’auteur ont été incorporées à certains des discours spécialement compilés et remaniés pour ce livre. Finalement, les crochets [ ] dans le texte indiquent une insertion éditoriale. Les parenthèses ( ) indiquent un mot ou une idée de l’auteur.


�Cinquième chapitre d’Ánanda Sútram


5-1. Varńapradhánatá cakradháráyám.

[Dans le mouvement du cycle social, il y a toujours une classe qui domine.]

Sens : Puisque dans un passé éloigné, les liens sociaux ne s’étaient pas formés, nous pouvons appeler cette période l’âge des prolétaires (Shúdra) ; à cette époque les gens survivaient de leur travail manuel. Puis vint l’âge des chefs de clan – l’âge des forts et des braves – que nous pouvons nommer l’âge des guerriers (Kśatriya). Il fût suivi par l’âge des intellectuels que nous pouvons appeler l’âge Vipra. Puis suivi à la fin par l’âge des commerçants (Vaeshya).

Quand les guerriers et les intellectuels sont exploités au point d’être rabaissés au niveau d’ouvriers non qualifiés du fait de l’exploitation de l’âge des commerçants, une révolution prolétarienne est sur le point de survenir. Les prolétaires n’ont ni l’organisation sociale ni l’intellect pour gouverner la société. L’administration postcapitaliste passe donc aux mains de ceux qui ont dirigé la révolution prolétarienne, soit des personnes braves et courageuses, qui commencent le deuxième âge guerrier. Les âges prolétaire, guerrier, intellectuel et commerçant se succèdent et sont suivis d’une révolution ; s’ensuit alors un second ordre cyclique. C’est ainsi, que la rotation du cycle social (Samája Cakra) se poursuit.

5-2. Cakrakendre sadvipráh cakraniyantrakáh.

[Situés au noyau du cycle social, les sadvipras contrôlent le cycle social.]

Sens : Ceux qui ont un sens moral aigu ou revendiquent une spiritualité sincère et qui veulent faire cesser l’immoralité et l’exploitation par l’application de la force sont appelés « sadvipras ». Ils ne font pas partie du cycle social, ce qui leur donne un avantage pour veiller et contrôler la société, en combattant l’exploitation. Le cycle social continuera invariablement sa rotation, mais si en position de force, guerriers pendant l’âge guerrier, intellectuels pendant l’âge intellectuel ou commerçants pendant l’âge commerçant, dégénèrent en exploiteurs sans pitié au lieu d’agir en administrateurs éclairés, et avisés, les sadvipras ne pourront faire autrement en prenant à leur compte le devoir sacré de protéger les justes et les exploités que de soumettre les méchants et les exploiteurs en employant la force [appropriée].

5-3. Shaktisampátena cakragativardhanaḿ krántih.

[L’accélération du mouvement du cycle social par l’application d’une force est appelée une évolution.]

Sens : Quand les guerriers dégénèrent en exploiteurs, les sadvipras établiront l’âge des intellectuels en soumettant les guerriers exploiteurs. En conséquence, l’avènement de l’âge des intellectuels qui aurait dû se faire par un processus naturel, se trouve accéléré par l’application d’une force. Un changement d’âge non pas naturel (svábhávika parivarttana) mais provoqué peut être appelé une « évolution » (kránti) : dans l’évolution, le mouvement du cycle social est accéléré par l’application d’une force.

5-4. Tiivrashaktisampátena gativardhanaḿ viplavah.

[L’accélération du mouvement du cycle social par l’application d’une force considérable est appelée une révolution.]

Sens : Lorsqu’un âge particulier est remplacé par l’âge successif en un temps très court, ou quand la destruction de l’hégémonie bien établie d’un âge particulier requiert l’application d’une force énorme, on appelle ce changement une révolution (viplava).

5-5. Shaktisampátena vipariitadháráyáḿ vikrántih.

[Une inversion du mouvement du cycle social par l’application d’une force est appelée une « contre-évolution ».]

Sens : Si pendant un âge quelconque on est renvoyé à l’âge précédent par l’application d’une force, un tel changement est appelé une contre-évolution (vikránti). Par exemple, l’établissement de l’âge des guerriers après l’âge des intellectuels est une contre-évolution. Cette contre-évolution a une vie extrêmement courte. C'est-à-dire en très peu de temps, cet âge est remplacé par l’âge suivant ou celui d’après. En d’autres mots, si l’âge des guerriers supplante l’âge des intellectuels par une contre-évolution, l’âge des guerriers ne durera pas longtemps. Après un temps court suivra soit l’âge des intellectuels soit l’âge des commerçants qui lui succède naturellement.

5-6. Tiivrashaktisampátena vipariitadháráyaḿ prativiplavah.

[Une inversion du mouvement du cycle social par l’application d’une force considérable est appelée une contre-révolution.]

Sens : De même, si on arrive en très peu de temps à inverser le mouvement du cycle social par l’application d’une force considérable, un tel changement est nommé « contre-révolution » (prativiplava). Les contre-révolutions ont une vie encore plus brève que les contre-évolutions.

5-7. Púrńá vartanena parikrántih.

[Une rotation complète du cycle social est appelée une « évolution circonférentielle ».]

   Sens : La rotation complète du cycle social, qui finit avec une révolution prolétarienne, est appelée « évolution cyclique totale» (parikránti).

5-8. Vaecitryaḿ prákrtadharmah samánaḿ na bhaviśyati. [La diversité et non la similarité est la loi de la nature.]

Sens : La caractéristique innée du Principe Opérateur Suprême est la diversité, et non la similarité. Aucun objet, corps, esprit, molécule ou atome de cet univers n’est identique à un autre. Cette diversité est la caractéristique du Principe Opérateur Suprême. Ceux qui veulent rendre tout égal sont sûr d’échouer parce qu’ils vont contre la caractéristique innée du Principe Opérateur Suprême. C’est seulement dans la phase non manifestée du Principe Opérateur Suprême qu’une chose peut être identique à une autre. Ceux qui recherchent l’égalité entre deux éléments vont au contraire du principe de base de la nature. 5-9. Yugasya sarvanimnaprayojanaḿ sarveśáḿ vidheyam. [Le minimum vital de l’époque doit être garanti à tous.]

Sens : Hararme pitá Gaorii mátá svadeshah bhuvanatrayam. A savoir, « L’Etre Suprême est mon Père, le Principe Opérateur Suprême est ma Mère, et les trois mondes sont ma patrie. » L’ensemble des richesses de l’univers constituent le patrimoine commun à tous, bien qu’aucune chose ne peut être l’égale d’une autre. C’est la raison pour laquelle, personne ne peut être oublié, jeté aux poubelles de l’histoire, chacun et tous possède un droit inné au minimum vital: soit un droit à de la nourriture, à des vêtements, aux soins médicaux, à un logement et à une éducation complète: c’est le minimum vital. Les besoins minimaux des êtres humains varient toutefois avec l’époque. Par exemple, le minimum vital en matière de transport peut être une bicyclette à une époque, un avion à une autre. La société a donc pour mission de fournir à chacun un minimum vital correspondant aux besoins de l’époque.


5-10. Atiriktaḿ pradátavyaḿ guńánupátena.

[La richesse excédentaire doit être répartie entre les personnes méritantes selon le degré de leur mérite.]

Sens : Après avoir satisfait les besoins minimums de tous à une époque donnée, il faudra répartir la richesse excédentaire entre les personnes méritantes selon le degré de leur mérite. A une époque où les gens ordinaires disposent d’une bicyclette comme minimum vital, le médecin peut avoir besoin d’un véhicule automobile pour être plus efficace vis à vis de ses patients. En reconnaissance du mérite individuel et pour donner aux personnes méritantes plus de possibilités de servir la société, le véhicule automobile peut ainsi devenir petit à petit le minimum vital. La maxime « Travaillez selon vos capacités et gagnez selon vos nécessités » sonne bien, mais ne donnera aucun résultat sur le dur sol de la Terre.

5-11. Sarvanimnamánavardhanaḿ samájajiivalakśańam.

[L’augmentation du niveau de vie des gens les plus défavorisés est l’indication de la vitalité d’une société.]

Sens : Les gens méritants doivent recevoir plus que le minimum vital alloué aux gens du commun, et l’on doit faire des efforts continuels pour élever le niveau de vie minimum. Par exemple, aujourd’hui les gens ordinaires ont besoin d’une bicyclette alors que les gens de mérite ont besoin d’une automobile, mais on doit faire des efforts pour fournir des voitures aux petites gens. Lorsque tout le monde disposera d’une voiture, il sera peut-être nécessaire de permettre un avion, ou un hélicoptère aux gens méritants. Une fois que tous les gens méritants auront un avion, ou un hélicoptère on devra aussi s’efforcer de fournir un avion ou un hélicoptère à chaque personne ordinaire, élevant ainsi le niveau de vie des classes les plus défavorisées. De cette façon, les efforts pour élever le niveau de vie minimum devront se poursuivre sans relâche, et cette entreprise conditionnera le développement et la prospérité matériels des êtres humains.

5-12. Samájádeshena viná dhanasaiṋcayah akartavyah.

[Nul ne doit être autorisé à accumuler une quelconque richesse physique sans la permission ou l’approbation claire du corps collectif.]

Sens : L’univers est la propriété collective de tous. Tous en ont l’usufruit, mais nul n’a le droit de faire mauvais usage de cette propriété collective. Si une personne acquiert et accumule une richesse excessive, il ou elle le fait au détriment du bonheur et du confort des autres [membres] de la société. Un tel comportement est manifestement antisocial. Pour cette raison on ne doit laisser personne accumuler des biens sans permission de la société.

5-13. Sthúlasúkśmakárańeśu caramopayogah prakartavyah Vicárasamarthitaḿ vańíanaiṋca.

[On doit faire une utilisation maximale et une distribution rationnelle de toutes les potentialités terrestres, supraterrestres et spirituelles de l’univers].

Sens : Les richesses et les ressources disponibles dans les mondes grossier, subtil et causal doivent être développées pour le bien de tous. Toutes les ressources cachées dans le monde pluridimensionnel – solide, liquide, lumineux, gazeux et éthéré – doivent être pleinement utilisées, et cette entreprise garantira un développement maximum de l’univers. Les gens devront explorer avec la plus grande application la terre, la mer et l’espace afin de découvrir, extraire et transformer les matières premières nécessaires à leurs besoins. Il doit y avoir une distribution rationnelle de la richesse accumulée de l’humanité. En d’autres mots, le minimum vital devra être garanti à tous. Il faudra de surcroît garder à l’esprit les nécessités des personnes méritantes, et dans certains cas de ceux qui ont des besoins particuliers.

 5-14.Vyaśíisamaśíisháriiramánasádhyátmikasambhávanáyámcaramo’payogashca.

[On doit faire une utilisation maximale des potentialités physiques, métaphysiques et spirituelles des corps individuels et collectifs de la société humaine.]

Sens : La société doit s’assurer que le corps collectif, la psyché collective et l’esprit collectif puissent accéder à un développement maximum. On ne doit pas oublier que le bien-être collectif dépend de chaque individu comme le bien-être individuel ne peut se construire que grâce à la collectivité. Si la société néglige de veiller à ce que chaque individu puisse avoir accès au minimum vital : nourriture, habillement, logement, éducation et soins médicaux dont il a besoin pour son confort, le bien-être du corps collectif qu’est la société ne se fera jamais. Servir le bien-être individuel c’est servir le bien-être collectif. La psyché collective se nourrit de la conscience sociale; servir le bien-être collectif c’est d’abord servir le bien-être de chaque individu. Sans moralité et sans spiritualité au niveau individuel, c’est l’échine de la société qui est brisée. La présence d’une poignée de personnes fortes et braves, d’un petit nombre d’érudits ou de quelques spiritualistes n’est pas une indication du progrès collectif. Le potentiel pour un développement physique, mental et spirituel sans limite est présent dans chaque être humain. Il appartient à chacun d’utiliser tout son potentiel, au complet.

5-15. Sthúlasúkśma kárańo’payogáh susantulitáh vidheyáh.

[Proposons ici le meilleur équilibre possible entre toutes les utilisations physique, métaphysique, terrestre, supraterrestre et spirituelle.]

Sens : Protection sociale, et bien-être individuel doivent aller de pair dans le système de Prout, soit instaurer un certain équilibre dans les domaines physique, mental ou spirituel, soit entre des plans du plus grossier au plus subtil. Prenons un exemple: la société ne peut ignorer son devoir de satisfaire les besoins minima de tous. Si, poussée par cette responsabilité, non seulement elle distribue de la nourriture mais aussi construit une maison à chacun que restera-t-il de l’initiative individuelle? Graduellement les gens deviendront léthargiques. La société doit donc prendre des dispositions pour que les gens travaillent en fonction de leurs capacités et reçoivent en échange assez d’argent pour acquérir au moins le minimum vital. Accroître le pouvoir d’achat ne sera-t-elle pas la meilleure politique pour élever le niveau de vie de la population. « Equilibre convenable » signifie aussi que la société doit utiliser le potentiel de chacun qu’il soit physique, mental ou spirituel, selon la capacité, la qualité une politique équilibrée en ce qui concerne l’emploi de personnes physiquement, mentalement ou encore spirituellement développées. La société demandera une contribution physique, intellectuelle, ou encore spirituelle à un individu quelconque selon sa capacité, la qualité de chacun. qui est la plus ostensiblement développée en elle. Avec ceux qui sont développés à la fois physiquement et intellectuellement, la société aura la politique équilibrée de leur demander une contribution plus intellectuelle que physique, parce que la capacité intellectuelle est comparativement plus subtile et rare. La société demandera une contribution majoritairement spirituelle, secondairement intellectuelle mais très peu physique de ceux qui sont développés physiquement, mentalement et spirituellement. Les plus à même de servir le bien collectif sont ceux qui ont des qualités spirituelles, suivi de ceux qui ont des qualités intellectuelles. Ceux qui ont des capacités physiques, bien qu’ils ne soient pas insignifiants, ne peuvent rien faire par eux-mêmes. Tout ce qu’ils font, ils le font sous les instructions de ceux qui sont dotés de capacités intellectuelles ou spirituelles. On ne doit pas laisser la direction de la société aux gens qui n’ont que des capacités physiques, ou que du courage, ou à ceux qui sont juste développés intellectuellement ou dont le savoir est purement terrestre. Seuls ceux qui sont élevés spirituellement, mais aussi intelligents et braves seront les meilleurs pour diriger la société.

5-16. Deshakálapátraeh upayogáh parivarttante te upayogáh pragatishiiláh bhaveyuh.

[La méthode d’utilisation doit varier en fonction du temps, du lieu et de la personne et l’utilisation doit être de nature progressiste.]

Sens : L’utilisation correcte d’un objet quelconque varie selon le temps, le lieu et la personne. Ceux qui ne peuvent pas saisir ce principe simple s’accrochent à un passé qui n’a plus cours et se font rejeter par les gens progressistes. Tout sentiment basé sur un nationalisme étroit, un régionalisme, une fierté ancestrale ne va pas mener vers le progrès, mais peut conduire à des travers dangereux pour l’ensemble des concitoyens. La méthode d’utilisation d’un objet quelconque varie selon le temps, le lieu et la personne. Par exemple, si on doit utiliser un gros marteau, on a besoin de quelqu’un de robuste mais si on utilise un marteau pneumatique, même une personne peu musclée pourra l’utiliser aisément. En d’autres termes, la recherche scientifique, guidée par un idéal progressiste, devrait générer toujours plus de contributions d’un même potentiel humain. Ce n’est pas signe de progrès d’utiliser une technologie dépassée en ces temps de grands développements scientifiques. La société devra courageusement affronter tous les obstacles petits ou grands du fait de l’utilisation de différentes ressources ou matériaux pour suivre telle ou telle idée progressiste ou telle technologie de pointe. Par un combat incessant la société devra avancer vers la victoire sur le chemin de l’accomplissement total.

Pragatishiila upayogatattvamidaḿ sarvajanahitárthaḿ sarvajanasukhárthaḿ pracáritam. [C’est la Théorie de l’Utilisation Progressiste, élaborée pour le bonheur et le bien total de tous.]

1962


Version anglaise publiée dans :

Ananda Marga Philosophy in a Nutshell Part 2 [une compilation] Ánanda Sútram Prout in a Nutshell Part 4 [une compilation] Proutist Economics [une compilation] Universal Humanism [une compilation] �Quelques particularités du système économique de PROUT



Le système économique de PROUT possède plusieurs particularités. Elles incluent la garantie du minimum vital, un pouvoir d’achat croissant, les coopératives, le développement industriel, la décentralisation et la planification du développement. PROUT a aussi ses particularités en matière d’échanges et de commerce.

Garantie du minimum vital Le système économique de PROUT garantit le minimum vital – à savoir nourriture, vêtements, logement, soins de santé et éducation – à chaque personne sans exception. Une fois que le minimum vital a été assuré à tous, la richesse excédentaire, le surplus va se répartir naturellement entre ceux qui ont contribué le plus de par leur talent, leur qualité, par exemple: ingénieurs, scientifiques, médecins, chercheurs…par exemple sans eux le développement collectif de la société ne pourrait se faire. C’est en améliorant le minimum vital que l’on va accroître le niveau de vie du petit peuple. Le concept de distribution égale est une idée utopique. C’est seulement un slogan astucieux pour tromper un peuple simple et sans méfiance. PROUT rejette ce concept et est en faveur d’une utilisation maximale et d’une distribution rationnelle des ressources. Cela créera des incitations à accroître la production.

Un pouvoir d’achat croissant Dans une économie proutiste, ce qui sera le plus important est d’accroître le pouvoir d’achat de chaque individu. Le pouvoir d’achat des petites gens dans de nombreux pays qu’ils soient sous-développés, en développement ou développés a été négligé, provoquant la rupture des systèmes économiques de ces pays et une crise mondiale. La première chose à faire pour accroître le pouvoir d’achat des petites gens est de maximiser la production des biens essentiels et non celle des produits de luxe. Cela restaurera une parité entre la production et la consommation et permettra que le minimum vital soit donné à tous.

   Le système coopératif
   Selon PROUT, le système coopératif présente un intérêt non négligeable pour la production et la distribution des biens. Les coopératives, surtout celles gérées par des personnes qui respectent un certain nombre de valeurs morales protégeront les gens des différentes formes d’exploitation économique. Les agents ou intermédiaires n’ont aucun moyen de s’introduire dans le système coopératif. 

L’une des raisons principales de l’échec du système coopératif dans différents pays du monde, est l’immoralité endémique propagée par des exploiteurs capitalistes pour perpétuer leur domination. Les coopératives fleurissent dans les communautés qui ont un environnement économique équilibré, des besoins économiques communs et un marché pour les biens produits par les coopératives. Tous ces facteurs sont indispensables au développement des coopératives. Les coopératives bien gérées n’ont aucun des défauts de la propriété privée. La production des coopératives peut être augmentée selon les besoins du fait de leurs moyens scientifiques.

   Moralité, administration forte et acceptation sans réserve du système coopératif par la population sont les ingrédients du succès des entreprises coopératives. Chaque fois que ces trois facteurs sont présents à quelque degré que ce soit, les coopératives pourront trouver le succès qui correspondra à leurs attentes. Pour encourager les gens à s’associer sous forme de coopératives, il serait utile d’avoir des sortes de coopératives modèles qui fonctionnent suffisamment bien pour éduquer la population sur les avantages du système coopératif. 

Le système coopératif doit être à la pointe de la technologie en ce qui concerne la production et la distribution. Une modernisation appropriée amènera une production accrue. On doit élire les gérants de coopératives parmi les personnes possédant des parts de la coopérative. Les membres des coopératives agricoles toucheront des dividendes de deux manières – selon la quantité de terre qu’ils ont donné à la coopérative, et selon leur travail manuel ou intellectuel productif. Pour payer ce dividende, il faut commencer par diviser le profit total en deux parts égales – l’une d’elles doit être dépensée dans les salaires, l’autre doit être payée aux titulaires de part au prorata des surfaces mises à disposition. Dans la mesure du possible les entreprises coopératives devraient recruter leurs membres parmi les gens du coin. Il faudrait adopter un plan de développement visant au développement égal de toutes les régions au lieu de favoriser quelques régions. Ce plan de développement doit s’appuyer sur les capitaux, ressources et potentialités locaux. Le problème très sensible de la propriété du terrain peut être résolu par une socialisation par étape de la terre par le biais des coopératives agricoles. La [mise sous] propriété coopérative de la terre doit s’effectuer pas à pas en harmonie avec l’environnement économique de la région. Pendant ce processus, on ne peut autoriser un individu ou groupe quelconque à devenir propriétaires de la terre.

Développement industriel PROUT divise la structure industrielle en trois secteurs – les industries clefs, gérées par les instances gouvernementales locales, les coopératives et les entreprises privées. Ce système lèvera toute confusion sur quelle entreprise devrait être privée et sur quelle entreprise devrait être publique, et évitera d’inutiles superpositions entre gouvernement et entreprises privées. Il y a dans de nombreux pays sous-développés et en développement, une pression démographique trop importante sur l’agriculture. Il n’est pas bon que plus de 45 % de la population soit employé dans l’agriculture. Il faudrait développer dans les villages et bourgades un grand nombre d’agro-industries et autres industries de transformation des produits agricoles, comme la mise en boîte de conserves, pour multiplier les possibilités d’emploi. Il faudrait de plus donner à l’agriculture le statut d’une industrie, de telle sorte que les travailleurs agricoles puissent comprendre l’importance et la valeur de leur travail. Selon la politique salariale [proutiste)] on n’est pas tenu de donner les salaires sous forme d’argent. On peut les payer en biens essentiels et même en service. Il est souhaitable d’accroître graduellement cet élément des salaires en harmonie avec la composante monétaire des salaires. PROUT milite en faveur d’une modernisation maximale de l’industrie et de l’agriculture par l’introduction de la technologie scientifique la plus appropriée, mais la modernisation et la rationalisation ne doit pas accroître le chômage. Dans le système économique collectif, le plein emploi sera maintenu en réduisant progressivement le temps de travail au fur et à mesure que l’introduction des technologies scientifiques appropriées accroît la production. Cela n’est pas possible dans le capitalisme.

Décentralisation Pour matérialiser le programme économique précédent, PROUT défend une nouvelle et unique approche de la décentralisation qui repose sur la formation de communautés socio-économiques (Samaj) dans le monde entier. Il faudrait former des communautés socio-économiques sur la base d’éléments tels que: des problèmes économiques communs,  un potentiel économique, des similarités ethniques, des caractéristiques géographiques communes, ou encore, un héritage sentimental qui résulte d’attaches socioculturelles communes comme la langue et l’expression culturelle. Chaque communauté socio-économique sera libre d’élaborer son propre plan économique et les méthodes de son application. Il existera au sein de chaque communauté socio-économique une autre planification décentralisée que PROUT appelle « planification à l’échelon cantonal ». Les comités cantonaux de planification seront les instances de planification de base. Il se peut qu’une communauté politique comme un état fédéral ou un État contienne un certain nombre de communautés socioéconomiques. Par exemple, on peut diviser l’état du Bihar en Inde en cinq communautés socio-économiques, ou samajas – l’Angadesh, le Magadh, le Mithila, le Bhojpuri et le Nagpuri. En se basant sur les critères précédents on peut ainsi diviser la totalité de l’Inde en quarante-quatre communautés socio-économiques. On doit s’assurer que ces communautés sont en mesure d’accomplir l’autosuffisance économique par la mise en oeuvre de leurs propres plans et politiques économiques. Si les habitants de ces communautés organisent de vastes programmes pour leur libération socio-économique et culturelle, toute l’Inde connaitra une renaissance socio-économique. Qu’ils soient riches ou pauvres, vieux ou jeunes, cultivés ou illettrés, les locaux s’ils sont mus par des sentiments anti-exploitation ou universels seront en mesure de lancer de puissants mouvements de libération socioéconomique. Lorsque les gens uniront leurs intérêts socio-économiques personnels à l’intérêt socio-économique collectif, les sorties de capitaux d’une région cesseront et l’exploitation sera éradiquée. Le droit au plein-emploi sera garanti pour les locaux et l’emploi des locaux sera prioritaire sur l’emploi des non-locaux. Là où le développement économique ne se fait pas correctement, se développe un excédent de main d’œuvre. En fait toutes les régions économiques sous-développées souffrent d’un excédent de main d’œuvre, et quand ce surplus de main d’œuvre migre vers d’autres régions la région reste à jamais sous-développée. Les régions à main d’œuvre excédentaire doivent prendre des mesures pour employer sur le champ la population locale.

   On ne peut créer de l’emploi pour les populations locales sans prendre en compte leurs sentiments. Un maximum d’agro-industries et d’industries de transformation des produits agricoles basées sur le potentiel socio-économique de la région doit être établi et d’autres types d’industries doivent être installés en fonction des besoins collectifs. Cette approche facilitera énormément l’emploi. Avec une telle politique de l’emploi, il sera possible d’augmenter le niveau de vie des locaux. 

Il est facile d’introduire [un programme] de modernisation de l’industrie et de l’agriculture dans un système socio-économique décentralisé et les biens produits seront disponibles sur le marché. Au fur et à mesure que chaque communauté socioéconomique développe son potentiel économique, les disparités entre leurs produits intérieurs bruts par habitant se réduiront et l’on pourra élever le niveau économique des régions sous-développées à celui des régions développées. Quand toutes les régions deviendront autosuffisantes, le pays entier atteindra rapidement l’autosuffisance économique. Chaque personne sans exception pourra goûter à la prospérité économique.

Plan de développement

   L’économie décentralisée de PROUT a son principe directeur. A savoir qu’une planification qui se veut efficace doit se baser sur quatre éléments fondamentaux – le coût de production, la productivité, le pouvoir d’achat et les besoins de la collectivité. Les autres éléments liés incluent les ressources naturelles, les caractéristiques géographiques, le climat, le réseau de rivières, les transports, les potentialités industrielles, l’héritage culturel et la situation sociale. 

Le manque de principes clairs dans le domaine de la planification économique et la prépondérance de certains sentiments étroits a paralysé l’économie de l’Inde. Les aciéries ont été construite là où il n’y a pas de réserves d’énergie bon marché et d’énormes raffineries de pétrole comme celles de Mathura et de Barauni ont été construites là où on ne trouve aucune matières première dans un rayon de 1600 kilomètres. De telles façons de faire ne constituent pas seulement un grand gaspillage et un mauvais emploi des ressources, elles illustrent aussi le manque de prévoyance et l’ignorance des planificateurs indiens. Cette situation rappelle le temps où les Britanniques envoyaient le jute brut du Bengale à Dundee en Grande-Bretagne pour développer l’industrie du jute britannique. Le jour où elles ne purent plus s’approvisionner en jute brut du Bengale, les usines de jute de Dundee fermèrent. Si les produits finis en jute n’avaient pas été vendus au Bengale, l’industrie du jute de Dundee n’aurait pas pu survivre. Cette histoire économique à un rapport avec le fait que l’industrie du jute au Bengale soit aujourd’hui mourante. Le climat politique actuel est rempli de slogans comme,  « nationalisons les usines de jute fermées, » et, « stop aux fermetures. » Les leaders syndicaux amassent des fortunes en exploitant cette industrie en déclin tandis que des milliers de travailleurs sans emploi doivent vivre dans le dénuement, la faim et d’indicibles souffrances. Le Bengale ne produit pas assez de jute brut pour faire tourner ses propres filatures de jute et doit donc importer du jute brut de l’extérieur pour alimenter les filatures existantes. Si l’on veut assainir l’industrie du jute, on doit prendre des mesures claires et audacieuses. On doit réduire le nombre de filatures de jute pour qu’il corresponde aux ressources en baisse de jute brut. Les filatures en trop doivent être soit fermées soit converties dans la production d’autres biens essentiels. Les filatures produisant du jute devraient fabriquer principalement du fil de jute plutôt que d’autres produits du jute, et ce fil de jute devrait être distribué aux fermiers et tisserands par le biais d’un système de coopératives du jute. Si cette politique est adoptée, les gros besoins en fil du Bengale seront satisfaits et la production excédentaire pourra être exportée. Comme l’industrie sera décentralisée, la richesse générée par la production de fil se disséminera parmi la population locale, mettant un terme à l’exploitation massive des riches négociants en jute et élevant le niveau de vie des locaux. C’est donc sur la base des éléments précédents que chaque communauté socio-économique devra formuler son propre plan vers l’autosuffisance socioéconomique, puis le mettre en pratique. On ne peut imposer de l’extérieur des super-plans qui sont non pertinents ou mal adaptés à la situation économique locale. Ce ne devrait pas être permis. La planification centralisée a complètement échoué dans tous les pays du monde, y compris l’Inde. Dans le système PROUTiste de planification décentralisée, il doit y avoir un plan coordonné pour l’entière communauté socio-économique qui s’appuierait sur la planification au niveau cantonal. Par exemple, pour toute la partie occidentale du Ráŕh, y compris le Bankura, le Purulia, etc., il doit y avoir un sous plan. De même, il doit y avoir un autre sous plan pour le Jalpaiguri, le Coochbehar, le Siliguri et le Goalpara. La planification doit de surcroît se faire à l’échelon cantonal dans toute la communauté socio-économique. C’est ainsi que l’on éradiquera totalement les pratiques économiques centralisatrices.

Les échanges et le commerce

PROUT a aussi ses particularités dans les domaines des échanges commerciaux, fiscaux et bancaires. La distribution des produits essentiels devra être faite entièrement par les coopératives de consommation, et non par le gouvernement, des hommes d’affaires, ou différents niveaux d’intermédiaires. Cela rendra impossible toutes manipulations par des profiteurs. Autant que possible, les échanges entre communautés socio-économiques autosuffisantes devraient se faire par le troc. Les produits essentiels devront être totalement exonérés d’impôts. Il n’y aura pas d’impôt sur le revenu. C’est en effet en début de production que l’on devrait prélever les impôts. Le système bancaire devra être géré par les coopératives. La banque centrale ou fédérale sera dirigée par gouvernement local. La maxime de l’économie productive proutiste peut se résumer de cette manière « Avant tout, augmentez le pouvoir d’achat des « petites gens ». » Si l’on suit cette maxime en pratique, le système coopératif et la décentralisation économique facilitera le contrôle des prix.


Calcutta, juin 1979


�Groupements socioéconomiques



Dans le monde d’aujourd’hui les grands animaux sont au bord de l’extinction. Les conditions environnementales ne se prêtent pas à la survie des grands animaux. Dans le passé de nombreuses créatures de grande taille ont peuplé la terre, mais avec le changement des conditions environnementales et l’emprise croissante des êtres humains sur la planète, les animaux géants ont disparu. De même de nombreux petits états luttent pour leur survie. Les gens sont plus intéressés à former des communautés socio-économiques de plus en plus grandes pour garantir le bien-être à chacun plutôt que de maintenir- de nombreux petits états. Les sentiments étroits s’effacent et une vision universelle prend corps dans l’esprit des êtres humains. La science et le développement technologique ont mis à nu les croyances et dogmes aveugles qui ont longtemps étouffé de nombreuses sections de la société et graduellement l’humanité avance vers un âge de rationalité et d’intérêt commun. L’âge actuel n’est pas l’âge des grands animaux et des petits états. En accord avec cette tendance, PROUT milite pour la formation de communautés socio-économiques autosuffisantes dans le monde entier. Elles travailleront pour le bien-être général de la population dans leur région respective et uniront l’humanité sur un fondement idéologique commun. Les intérêts de toutes les populations locales seront protégés et pleinement reconnus. Au fur et à mesure que chaque communauté se fera plus forte et prospère, elle tendra à fusionner avec d’autres communautés. La formation d’un gouvernement mondial favorisera ce processus d’intégration. Les communautés socio-économiques faciliteront donc la libération complète et multiple de l’humanité.

Liberté Depuis le début de l’histoire humaine, les humains ont tout fait pour se libérer de toute sorte d’asservissement qu’il provienne de l’environnement, de la société, de l’économie ou de la politique. Ce combat est propre à la nature humaine. Chaque être humain recherche une forme de libération non pas seulement sur le plan individuel mais aussi sur le plan social, ce qui se traduit par un combat contre tous les types d’oppression. Nous observons néanmoins que chaque fois qu’un groupe ou une classe opprimée s’est affranchie de son oppression, il ou elle s’est mis à son tour à opprimer les autres. Toutes les libertés qui existent dans la société d’aujourd’hui sont le résultat du long combat d’une multitude d’individus et de groupes. A l’origine de ce combat est le désir de bonheur inhérent à l’être humain – le désir de s’établir dans le flot suprême de félicité. Pour satisfaire ce désir dans la sphère individuelle, les êtres humains se doivent d’atteindre à l’état absolu en rompant les chaînes de la relativité. C’est une tendance humaine naturelle que de libérer l’esprit des entraves temporelles, spatiales et personnelles, mais seulement la réalisation de l’absolu peut assouvir le désir inné de bonheur. La société devra encourager la quête individuelle de liberté absolue parce que les domaines psychique et spirituel sont illimités et que la possession dans ces domaines est d’aucune nuisance pour les autres, ni n’entrave leur progrès. En revanche, la liberté d’acquérir des biens dans le domaine physique sans limitation, c’est autoriser que quelques individus puissent crouler sous l’argent et entravent du même coup le développement général de la majorité, car les ressources physiques sont limitées. La liberté individuelle dans la sphère physique si elle est absolue, risque d’entraver le développement complet de la personnalité humaine, mais en même temps, on ne peut la réduire trop radicalement car elle nuirait alors au développement général de la société. La liberté est un droit pour tous les êtres humains. Pour encourager une expression humaine complète, sans restriction, il faut créer un environnement socio-économique favorable, lequel environnement est encore inexistant, aujourd’hui.

   Critères de regroupements

Pour former des communautés socio-économiques on doit prendre en compte plusieurs facteurs: identité des problèmes économiques, uniformité du potentiel économique, similarités ethniques, héritage sentimental de la population, et similarité des caractéristiques géographiques. L’identité des problèmes économiques se rapporte aux problèmes économiques communs auxquels les habitants d’une certaine communauté doivent faire face comme le manque de marchés pour les produits locaux, les problèmes de surplus ou de déficit de main-d’œuvre, les difficultés de communication ou de transport et le manque d’irrigation. Etablir l’existence de problèmes économiques similaires dans une région est la première chose à analyser lors de la constitution d’une communauté socio-économique. Il est pour cela nécessaire de bien comprendre les problèmes économiques de la communauté socio-économique et leurs solutions. Deuxièmement, les potentialités économiques d’une communauté doivent être uniformes. En dépit des variations naturelles d’un lieu à l’autre, dans l’ensemble les gens de toute une communauté doivent bénéficier d’opportunités similaires en terme de prospérité économique. Il sera nécessaire de réduire progressivement la disparité entre les possédants et les non-possédants, les riches et les pauvres pour accroître la richesse collective et enrichir la société. Troisièmement, il doit y avoir des similarités ethniques. Dans le passé, de nombreuses races et sous-races ont été opprimées et exploitées par des races puissantes ou dominantes. Le racisme a été propagé par des personnes mal intentionnées qui cherchaient à diviser la société et à asseoir leur propre prééminence. La société doit se garder d’encourager de tels sentiments étroits et dangereux. Cela ne peut se faire que si chaque groupe ethnique est en position de s’exprimer et de se développer. Si des groupes humains divers dans une position de force et d’indépendance se mélangent entre eux en raison d’un amour d’autrui authentique, et non sous la pression de la peur ou d’autres contraintes, la guirlande multicolore de l’humanité n’en sera qu’embellie. Quatrièmement, l’héritage sentimental est composé d’éléments tels que la langue, les traditions, la littérature, les coutumes et les expressions culturelles. Ce sont les facteurs de psychologie collective qui donne à un groupe d’humains son identité et un sentiment d’appartenance à cette communauté. Les êtres humains sont essentiellement mentaux. Lors de leurs activités de tous les jours ils se lient à de multiples objets du monde. Le sentiment envers un objet favori peut être créé par le sentiment collectif, et si tel est le cas, ce sentiment peut unifier la société humaine. En revanche, le désir humain pour de nombreux objets s’oppose parfois au sentiment collectif, et dans ce cas précis provoque une grande désunion, et c’est pour cela que l’on devrait encourager tous les sentiments qui vont vers l’unification de l’humanité, quitte à rejeter tous les sentiments qui divisent la société. C’est l’approche adoptée par les communautés socio-économiques de PROUT. Enfin, la similarité de données géographiques comme la topographie, les systèmes fluviaux, les précipitations et les réserves d’eau, doivent être prise en compte lors de la formation des communautés socio-économiques. Les communautés socio-économiques permettront une expression aux sentiments populaires et lutteront contre toutes formes d’exploitation pour répondre aux demandes et aspirations de la population locale. Il faudra lancer des mouvements dans le monde entier pour établir des communautés socioéconomiques [en] s’appuyant sur la maxime, « Etudiez la région, élaborez le plan et venez en aide à la population. » Les personnes locales sont celles qui ont fait converger leurs intérêts socioéconomiques privés avec les intérêts socio-économiques de la communauté socio-économique dans lesquels ils ou elles habitent.

Communautés socio-économiques autosuffisantes Chaque communauté socioéconomique doit élaborer et mettre en application ses propres programmes de développement. La prise en compte de facteurs tels que les ressources naturelles, la topographie, les systèmes fluviaux, la situation culturelle, le réseau de communication et le potentiel industriel facilitera la planification et le développement pour rendre chaque communauté économiquement autosuffisante et prospère. Si une part importante de la production de la communauté est mal utilisée ou si l’on fait sortir du capital la communauté ne peut accroître sa prospérité, aussi sommes nous pour l’utilisation maximum de toutes les ressources et non le drainage des capitaux. L’état indien d’Orissa est très riche en ressources minérales comme le charbon, la bauxite et le manganèse, mais les dirigeants actuels exportent ces ressources minérales à destination d’autres pays. Si l’on avait utilisé ces matières premières pour la production industrielle indigène, on aurait pu facilement y installer quatre grosses aciéries. Cela aurait accru considérablement le produit intérieur brut par habitant. Mais les dirigeants, au lieu de prêter attention à ces choses, élaborent des plans de cinq ans saugrenus. Ces plans ne contribuent ni à éliminer les disparités économiques ni à accroître la richesse collective. Pour réaliser ces objectifs il est nécessaire de remanier complètement l’économie indienne. Il faudrait commencer par diviser le pays en communautés socio-économiques. Si l’on délimite les frontières en fonction de considérations politiques ou linguistiques, on ne pourra préparer ou appliquer correctement les plans socio-économiques et l’on ne pourra donner à certains problèmes économiques l’attention qu’ils méritent. Les communautés socio-économiques sont indispensables au rapide progrès économique d’un pays.

Fusion de communautés socio-économiques S’appuyant sur la parité économique, le brassage culturel, un bon système de communication et une efficacité administrative, deux ou plus de deux communautés attenantes pourront coopérer entre elles, ayant atteint un haut degré d’uniformité socio-économique. Coopérer peut vouloir dire fusionner en une communauté plus grande, qui servira alors l’intérêt des citoyens respectifs, comme de leurs intérêts socio-économiques. Parfois des régions avec des problèmes économiques différents peuvent se retrouver dans une même communauté politique. Par exemple, le Chotanagpur Hills dans le Bihar connaît de sérieux problèmes d’irrigation tandis que les plaines du nord du Bihar sont affectées par des problèmes d’inondation. Ces deux régions devraient former deux communautés socioéconomiques distinctes. Le Royalseema, le Shrii Kakulam et le Telengana ont tous été annexés par l’état politique d’Andhra, et ce bien que leurs problèmes économiques soient différents. Dans l’intérêt des habitants de ces trois régions, on devrait en faire des communautés socio-économiques séparées. Convertir immédiatement ces trois régions en une seule communauté économique à des fins administratives peut être source de problèmes. Dans certains cas on peut donc diviser un ensemble politique en deux ou plus de deux communautés socio-économiques. En d’autres mots, il peut y avoir plus d’une communauté socio-économique dans un ensemble politique. Cette approche permettra à des communautés socio-économiques variées de se développer et de réaliser leur potentiel. Si un état dans le système fédéral ne peut bénéficier de la justice économique, il peut faire campagne pour obtenir des crédits spécifiques au sein du budget fédéral. Si après cette campagne, il n’obtient toujours pas justice, il sera alors contraint de demander la formation d’un état séparé.

PROUT n’encourage cependant pas la formation de nombreux petits états, chacun possédant son budget et son administration propre. De nombreuses divisions étatiques ne feront qu’aggraver les problèmes socio-économiques, car elles causent des répétitions inutiles et sont coûteuses et peu économiques. Il faudrait plutôt faire évoluer les petits états en des communautés socio-économiques plus grandes. Lorsque deux communautés atteignent un niveau de développement similaire, elles doivent fusionner en une communauté plus grande. Ce processus graduel d’unification aura pour résultat la formation d’une communauté socio-économique unique pour toute l’Inde. A la phase suivante, par des efforts continus de croissance et de développement, tout le sud et le sud-est asiatique deviendront une seule communauté socio-économique. A terme le monde entier fonctionnera comme une communauté socio-économique intégrée. A ce stade de développement, les groupements socio-économiques seront dans un état d’équilibre parfait et la fraternité universelle deviendra enfin une réalité. 

Universel d’esprit mais avec une approche régionale Les communautés socioéconomiques sont destinées à gagner très rapidement en popularité dans le monde entier. Leurs différences culturelles ou socio-économiques ne doivent pas constituer des facteurs de division pour l’humanité. Si l’on donne de l’importance aux sentiments qui rapproche les êtres humains entre eux, en particulier en tant que base du développement collectif, alors c’est la diversité qui enrichira l’humanité au lieu de la fractionner inutilement. Si une idéologie et une vision universelle inspirent chaque communauté socioéconomique, c’est alors que la société humaine pourra avancer à vitesse accélérée vers son idéal sublime. Pourquoi une base idéologique serait-elle la condition préalable à tout groupement socio-économique? Parce que l’humanisme universel a le potentiel d’unir toute l’humanité. L’humanisme universel ne sera pas établi sur le dur sol de la terre du jour au lendemain, mais se réalisera progressivement, étape par étape. Il inclura non seulement tous les êtres humains sans exception, mais pas seulement, il faudra y ajouter aussi les animaux, les plantes et les objets inanimés. Si une seule personne reste en dehors de la zone d’influence de l’universalisme elle risque d’être victime de l’exploitation qui à terme ébranlera les fondations de l’humanisme universel. PROUT a donc adopté une méthode rationnelle pour résoudre les problèmes socioéconomiques qui se caractérise d’universelle de par son esprit mais de régionale dans son approche.

Protection contre l’exploitation Les communautés socio-économiques une fois établies dans le monde entier, comment éviter toute exploitation future ? La société ne sera durablement protégée de toute forme d’exploitation que si, et seulement si elle possède une idéologie souple, une philosophie enracinée dans le meilleur de l’humain, des dirigeants d’une moralité irréprochable et de bonnes institutions. Une telle idéologie de l’intégration devrait avoir plusieurs aspects. Elle ne doit pas ignorer le besoin humain d’expansion psychique et d’émancipation spirituelle. Tout sentiment de groupe ou de clan peut engendrer des divisions inutiles; la spiritualité ne reconnaît pas de telles distinctions contre nature entre les êtres humains. Elle défend l’évolution et l’élévation et non la superstition ou le pessimisme. Des dirigeants qui sont imprégnés de valeurs spirituelles constituent un frein moral à toutes formes d’exploitations et propagent de hautes valeurs dans toute la société en accord avec la maxime, « Pas de réalisation de soi, sans service à l’humanité ». Enfin de bonnes institutions pourraient comprendre un gouvernement mondial, qui lui seul pourra encadrer le développement raisonné de chaque communauté socio-économique. Le système PROUTiste de groupements socioéconomiques est une approche globale des problèmes socio-économiques auxquels est confronté la société. Si les gens adoptent une telle approche, la société avancera sur la voie du progrès à une vitesse accrue, surmontant tout asservissement et entrave. C’est un avenir lumineux et glorieux qui attend la société humaine.

Calcutta, octobre 1979

�Faites tourner l’argent – Section A




Si l’on monte une affaire en s’aidant de prêts, on nome cette entreprise kátiká en sanscrit. Supposez que quelqu’un n’a pas de capital mais qu’il veut commencer un commerce en prenant un emprunt ; on appelle ce genre d’affaire kátiká vyavasá. Vous avez peut-être remarqué que de nombreux pays souffrent d’austérité et pour cela empruntent à d’autres pays. Ces prêts sont utilisés pour des projets comme la construction de gros barrages sur leurs fleuves. La science de l’économie dicte qu’un investissement improductif quelconque ne devrait pas bloquer la circulation de l’argent. Parfois les gens détournent les prêts pour construire un immeuble inutile ou une nouvelle salle d’exposition pour leur commerce empêchant tout réinvestissement du capital et tout accroissement de la richesse. L’économie enseigne que si l’on souscrit à des emprunts pour un investissement commercial on doit toujours les utiliser à des fins productives et jamais à des entreprises improductives. On devrait par exemple investir les crédits internationaux dans la construction de voies ferrées et non pour de grandes gares.

Calcutta, le 23 mars 1986. Tiré de Shabda Cayaniká Part 4. �Faites tourner l’argent –section B




La valeur de l’argent s’accroît avec sa mobilité. C'est-à-dire, plus l’argent change de main, plus grande devient sa valeur économique. Au contraire, plus on l’immobilise et le thésaurise, plus il perd de son utilité et de sa valeur économique. C’est le principe fondamental de l’économie. 

Le système bancaire est aussi vital à la collectivité qu’il l’est au progrès économique individuel. La maxime « Faites tourner l’argent » est aussi vraie que le proverbe « on ne peut arrêter le train en marche ». En ce qui concerne le système bancaire nous devons maintenir notre vigilance sur deux points importants. Primo, on ne peut laisser la voracité démoniaque innée des banques ruiner la vie des petites gens. Dans le passé, dans presque tous les pays du monde, les banques représentaient une menace pour la vie des gens du peuple. Cela se passe dans une grande mesure encore aujourd’hui et pas uniquement dans les pays sous-développés, mais aussi dans les pays en développement et même développés. Secundo, les banques ne peuvent autoriser des administrateurs ou des gouvernements malavisés à imprimer des billets sans discernement et sans posséder l’équivalent en or dans leur trésorerie. Le premier défaut non seulement ruine les classes les plus démunies ou modestes, mais aussi appauvrit les classes aisées. Le deuxième défaut détruit la vie même de la société. Il conduit à une inflation généralisée, qui à son tour compromet les échanges et le commerce intérieur tout comme le commerce et le troc avec l’étranger. Même si le pays jouit d’une production abondante, le peuple n’en profite pas. Les riches deviennent plus riches et voient leurs capacités d’exploitation se multiplier. Dans le capitalisme d’état, les dirigeants exploiteurs resserrent leur emprise sur la société encore d’avantage. Le capitalisme d’état, qu’il prenne le nom de capitalisme, de socialisme ou de communisme, est au bout du compte tout aussi dangereux et sanguinaire pour les masses que des vampires et des démons. Le système bancaire doit continuer, sinon la mobilité de l’argent en sera affectée. Si certains, guidés par quelque caprice égoïste ou quelque autre sentiment s’opposent au système bancaire, alors leur économie restera à l’âge des ténèbres. Ils provoqueront un déséquilibre dans la sphère physique, avanceront de travers dans les sphères psychique et spirituelle et deviendront la risée de tous. Une telle condition n’évoque que la tristesse. Vous voyez donc que le but fondamental du système bancaire est de faire tourner l’argent. Que les gouvernements [aient les moyens] d’agir. Que les gens achètent autant de riz, de légumes secs, de légumes frais, d’huile, de sel, de sucre, etc., que leur argent le permette. Que l’argent aille aux épiciers, aux vendeurs de canne à sucre, aux pâtissiers, aux ouvriers, aux manœuvres et tisserands. Et que les saris aux couleurs vives [confectionnés par] les tisserands soient achetés et portés par les jeunes mariées, en rajoutant à la beauté et la prospérité de la société.

Calcutta, le 21 décembre 1986. Tiré de Shabda Cayaniká' Part 10 �Principes d’équilibre économique – Section A




Il y a trois raisons principales pour lesquelles les villes et les états du passé ont perdu de leur équilibre économique et ont décliné après une période de grande prospérité. Premièrement si la cité ou l’état s’est développé en suivant le cours d’un système fluvial et que le fleuve change soudain de direction ou s’assèche, son économie s’en trouvait très affectée. Deuxièmement si les industries quittent les zones rurales, l’équilibre de l’économie était aussi détruit. La troisième raison est un système éducatif défectueux. S’il y a des défauts dans le système éducatif rural et dans le système de société, l’équilibre économique se perd. Construire une économie saine exige que 30 % à 40 % de la population d’une région - ni plus ni moins - dépende directement de l’agriculture. Si le pourcentage est plus grand, cela met l’agriculture à rude épreuve. C’est exactement ce qui se passa en Ráŕh – et pas seulement en Ráŕh mais dans tout le Bengale, l’Inde, la Chine et l’Asie du Sud-est. C’est avec une nouvelle analyse socio-économique que l’on pourra résoudre ce problème aujourd'hui. Tout comme l’agriculture devra suivre un système scientifique, l’industrie devra être organisée en parfaite harmonie avec l’agriculture. En aucun cas est-il désirable d’avoir un pourcentage de population dépendant directement de l’agriculture dépassant les 40%. Les industries rurales ayant été détruites, la part de population autrefois employée dans ce secteur est maintenant passée à l’agriculture. Un environnement économique parfaitement équilibré exige que 30 % à 40 % des gens soit directement dépendant de l’agriculture, 20 % environ de l’agro-industrie, 20 % des agrico-industries, 10 % des affaires et du commerce et 10 % des services intellectuels et autres emplois de bureau. En Inde les industries des villages ont été ruinées et ceux qui dépendaient de ces industries se sont tournés vers l’agriculture. Le pourcentage de commerçants n’a lui pas beaucoup augmenté, ce qu’explique en partie le fait que les occasions de développement [commercial] se sont réduites. On note aussi une augmentation du nombre de chercheurs d’emploi de bureau, résultant en une montée en flèche du chômage. Les fils de paysans qui ont eu un peu d’éducation ne sont plus disposés à travailler aux champs. Ils veulent faire partie de ces soi-disant gentlemen qui prospèrent sur le dos d’autrui. Ils considèrent le travail agricole comme inférieur. On constate qu’il y a une pénurie de jeunes gens instruits dans l’agriculture et que parallèlement un grand nombre d’individus ont quitté les industries rurales ruinées pour l’agriculture. Dans les zones rurales, le pourcentage de population dépendant de l’agriculture a grimpé à 70 % ou 80 %. Quelle situation intolérable ! Les industries non agricoles (comme les aciéries, l’industrie du laiton et des métaux, les raffineries de pétrole, les industries du sel et les produits pharmaceutiques de synthèse) comprennent ces industries qui ne sont ni des agrico-industries (comme la fabrication de pioches, de haches, de pelles et de tracteurs) ni des agro-industries (comme les minoteries, les filatures de jute, les fabriques d’huile, les fabriques de tissu, les usines de papeterie et la fabrication de médicaments à base de plantes). On arrive au pourcentage [requis] de population employé dans les industries non agricoles en réduisant la part de population directement dépendante de l’agriculture, des agrico-industries et des agro-industries. Le pourcentage de population occupé dans les industries non agricoles doit rester entre 20 % et 30 %. Si la part de population employée dans les industries non agricoles est inférieure à 20%, on dit que le pays est sous-développé industriellement. Son PIB par habitant ne peut être très élevé. Le niveau de vie ne peut pas non plus être très haut parce que le pouvoir d’achat des gens reste très limité. A cause de cette faible capacité à acheter des biens de consommation courante, l’indice d’importation est toujours supérieur à l’indice d’exportation, autrement dit la région doit demeurer le satellite d’un pays développé. Cela détruit l’équilibre du pouvoir dans le monde et multiplie les chances de guerre. Si le pourcentage de population employé dans les industries non agricoles est conservé entre 20 % et 30 %, c’est le stade d’équilibre économique - une structure socio-économique véritablement équilibrée. Si le pourcentage passe au-dessus de 30%, la région devient développée industriellement. Ensuite, plus ce pourcentage dépasse les 30%, plus la région est hyperindustrialisée. Pour se procurer des produits agricoles, les pays hyperindustrialisés essayent de s’emparer de régions ou de pays agricoles productifs et en font leurs satellites. Ces pays hyperindustrialisés trouvent aussi nécessaire de maintenir les pays industriellement sous-développés sous leur contrôle afin de les utiliser comme marchés pour leurs produits finis. Sans marché pour écouler les biens de consommations fabriqués dans leur pays, ils souffriraient de dépression économique et d’un chômage croissant. A cet égard, il n’y a pas de différence entre les pays communistes et non communistes. Ils sont tout aussi agressifs dans leur approche. Ils sont désespérément en quête du Kámadhenu. (Dhenu signifie « vache » et káma signifie « désir ». Kámadhenu est une vache mythologique qui produit autant de lait que son maître le demande.) Ils veulent l’attacher à leur porte, la nourrissant de la quantité minimale de fourrage. Ils veulent une production maximale avec le minimum d’investissements. Cela explique la psychose de guerre et les multiples bruits de sabre dans le monde d’aujourd’hui. Si des efforts ne sont pas faits pour instaurer dans chaque pays du monde un équilibre socio-économique à la fois dans l’agriculture et dans l’industrie, l’équilibre socio-économique mondial en sera détruit. Les conséquences néfastes directes de l’hyper-industrialisation font plus qu’affecter la santé personnelle, sociale ou nationale, elles amènent aussi une dégénérescence psychique accélérée visant l’individu comme la collectivité. Une forme d’épidémie psychique peut se déclencher qui empoisonnera presque toutes les expressions de la vie et les détruira. Elle ne s’est peut-être pas déclenchée aujourd'hui, mais le fera sûrement dans un futur très proche. Là où le système industriel – les agro-industries, les agrico-industries et les industries non agricoles – dépend d’une main d’œuvre non locale, se développera une situation extrêmement précaire. Le rythme de dégénérescence psychique augmentera rapidement et les gens seront confrontés à une pénurie permanente de nourriture. Il ne leur sera plus possible d’accroître les débouchés pour leurs biens de consommations. Au contraire les marchés existants se contracteront progressivement. Comme exemples, nous pouvons citer Howrah, Hooghly, 24 Parganas et Burdwan dans le Bengale. Dans ces districts, la plupart des ouvriers manuels sont des étrangers et les populations locales ne connaîtront donc jamais un bon niveau de vie. Même si ces districts se développent industriellement et deviennent hyperindustrialisés, ils resteront sérieusement affectés par les conséquences négatives de l’hyper-industrialisation et ne pourront jamais jouir des bénéfices de l’industrialisation. Il suffit de se rendre le matin ou le soir dans le district d'Howrah pour avoir une idée de cette misère. Parallèlement il y a en Inde maintes régions dont la population est à 90 % dépendante de l’agriculture. Il n’y a pas la moindre industrie dans ces régions. Ce sont des zones de main d’œuvre excédentaire. Dans une structure socio-économique équilibrée les termes « excédent de main d’œuvre » et « déficit de main-d’œuvre » ne s’appliquent pas. On n’autorisera jamais une telle situation à survenir. On doit organiser le système agricole sur le modèle de l’industrie. Autrement dit, les prix des produits agricoles doivent être déterminés compte tenu d’éléments aussi essentiels que le revenu agricole, les dépenses et le coût de la vie. Les agriculteurs de Burdwan et Birbhum ne doivent pas être forcés de vendre leur riz à perte ; les cultivateurs du district de Hoogly ne doivent pas être contraints de vendre leurs pommes de terre à un tarif aussi bas ; et l’on ne doit pas non plus obliger les producteurs du district de Nadia à vendre leur jute à des prix extrêmement bas pour rembourser leurs dettes.

Calcutta, le 6 avril 1986 Shabda CayanikáPart 5 �Principes d’équilibre économique – Section B




Vous savez que dans une économie équilibrée il doit y avoir une harmonie entre l’agriculture, l’industrie et le commerce. Par exemple, un pourcentage fixe de population doit être occupé dans l’agriculture, un autre pourcentage fixe dans l’industrie et un certain pourcentage dans le commerce. Autrement il n’y a pas de balance, pas d’équilibre dans le domaine socioéconomique.

Aujourd’hui malheureusement on ne peut trouver cette harmonie en aucun pays du monde. Même dans des pays avancés industriellement comme la Grande-Bretagne cette harmonie fait défaut. Si l’Angleterre est développée l’Ecosse demeure peu avancée. Même parmi les comtés d’Angleterre certains sont développés et d’autres en retard. Lancaster par exemple est hautement développé, mais le Yorkshire, le Sussex, l’Essex et le Kent n’ont pas le même niveau de développement. 

Au Bengale, certains districts sont hautement développés alors que d’autres sont en retard. La structure économique n’est pas bien équilibrée et cela est source de souffrance. Par exemple Calcutta, Hooghly, Howrah, Burdwan et les 24 Parganas sont développés industriellement, mais les districts voisins de Midnapore, Bankura, Birbhum et Murshidabad sont peu avancés. Vous devez donc déclencher une révolution industrielle dans le pays. Tout comme il y eut une révolution française, il doit y avoir une révolution industrielle au Bengale. Pour cette révolution industrielle nous ne devons pas dépendre de matières premières provenant de pays étrangers. Rappelez-vous que nul pays ne doit dépendre de matières premières importées pour son développement. Les matières premières indigènes, c'est-à-dire celles qui sont disponibles à l’intérieur même du pays doivent être utilisées à cet effet. Ceux qui aiment la société - ceux qui aiment leurs compatriotes et tiennent à leur élévation socioéconomique - doivent penser en termes de révolution industrielle, une révolution industrielle s’appuyant sur les matières premières disponibles dans leur propre communauté socio-économique. Les districts du nord du Bengale – le Coochbehar, le Jalpaiguri, le Darjeeling et le West Dinajpur – peuvent produire assez de matières premières pour leur développement industriel. Nous devons utiliser les matières premières existantes. Le district de Coochbehar peut par exemple produire du jute et du tabac ; le district de Jalpaiguri peut produire des fibres d’ananas ; et l’ouest du district de Jalpaiguri peut produire des fibres de jute. Le district de Malda peut produire des mangues ; des textiles ; de la soie ; du son de riz pour fabriquer de l’huile comestible de son de riz ; et du jute et du maïs qui peuvent être utilisés pour faire du papier. L’industrie de la soie du Malda peut rivaliser avec succès avec la soie chinoise ou japonaise, mais fâcheusement, le Malda, qui a un si grand potentiel industriel, reste un des districts les plus pauvres du Bengale. Vous devez agir et agir rapidement. Aucune industrie du Bengale ne doit dépendre de matières premières importées de l’extérieur. Vous devez provoquer cette révolution. Vous devez élaborer collectivement vos plans et programmes et réclamer ce changement, cette révolution. Ne tardez pas.

Calcutta, le 17 septembre 1987

�Economie quadridimensionnelle




Une économie développée devrait se composer de quatre parties - l’économie populaire, la psycho-économie, l’économie commerciale et l’économie générale. Cette dimension quadruple de l’économie représente une avancée majeure sur les conceptions contemporaine de l’activité économique. La plupart des économistes d’aujourd’hui ne comprennent qu’un peu des principes de l’économie générale et n’ont qu’une notion d’économie commerciale, mais ces deux branches sont encore sous-développées. L’économie populaire et la psycho-économie sont totalement négligées par les économistes modernes, et n’ont pas leur place dans les modes de pensée économique actuels.

L’économie populaire L’économie populaire porte ce nom parce qu’elle veut apporter une solution au bien-être de la population au travers de la production, la distribution, la commercialisation, la livraison, le stockage, la fixation des prix, la vente, [la comptabilisation] des frais de port, des factures pro forma et toute activité liée à satisfaire ces besoins essentiels. Plus précisément, elle est directement concernée par la garantie du minimum vital: nourriture, vêtements, logement, soins médicaux, éducation, transport, énergie et irrigation. Cette couverture minimale des besoins de chacun se doit d’être en constante progression et mise à disposition pour composer les clefs de l’économie populaire. Le minimum vital peut se traduire par un pouvoir d’achat garanti qui devrait figurer dans la constitution comme un droit fondamental, majeur pour tout être humain. Ce qui veut dire que chaque citoyen quelque soit son pays disposera d’un pouvoir légal de protestation s’il ou si elle estime que ses besoins minimums ne sont pas satisfaits parce que son droit à un pouvoir d’achat minimum sera garanti par une loi constitutionnelle. Comme l’économie populaire a trait tout aussi bien au minimum vital qu’aux problèmes de subsistance cette économie sera prioritaire sur les autres parties de l’économie.

L’économie populaire doit aussi s’occuper du développement des industries privées comme coopératives. On limiterait la taille et le domaine d’activité des industries privées pour éviter les monopoles de production et l’exploitation et on les obligerait à se convertir en coopérative dès qu’elles dépassent une certaine taille. Les industries coopératives sont la meilleure façon d’organiser les gens dans l’autonomie car elles leur permettent de prendre la responsabilité collective de leur subsistance. L’économie populaire inclut également [la mise en place] du plein emploi ; l’éradication de la pauvreté de masse ; le développement de l’économie rurale ; la socialisation par étapes de la terre dans les mains de ceux qui travaillent physiquement ou intellectuellement à la production ; des programmes de formation pratique pour donner aux gens des compétences qui leur permettent de trouver un emploi dans leur localité rurale ou urbaine ; des bureaux de placement [pour chômeurs] ; et le transport, le transbordement, le chargement et le déchargement de tout matériel, même s’ils ne sont pas viables économiquement sur le court terme. Elle s’occupe également de la production d’énergie bon marché et de l’approvisionnement en eau qui sont cruciales pour la main mise des populations locales sur leur économie. Elle inclue finalement la décentralisation économique, le dynamisme des coopératives et la planification à l’échelle cantonale.

   Prenons l’exemple du Bengale. Le programme suivant basé sur la fourniture du minimum vital peut être adopté pour améliorer la situation économique du Bengale. 

Nourriture : Bien que le Bengale soit fertile, on doit le diviser en deux parties - les régions aux précipitations insuffisantes et les régions qui ne manquent pas de pluie mais qui connaissent une pénurie d’eau en hiver. Pour les deux, une [meilleure] conservation de l’eau est nécessaire. On peut résoudre le problème de l’irrigation avec l’adoption d’un système d’irrigation comme le transfert, le pompage, les réservoirs et les petits projets de rivière. La qualité de l’eau varie selon la rivière. Certaines eaux sont douces et leur utilisation raisonnée permettra d’améliorer la production agricole. On peut planter différents types de cultures et de fruits et légumes dans tout le Bengale, qui est capable de nourrir la totalité de sa population de soixante-dix millions d’âmes grâce à ses propres ressources si elles sont correctement gérées.

Habillement : Le type de vêtements que portent les gens dépend principalement des conditions climatiques et des matières premières disponibles. Au Bengale, on dispose de quatre matières premières pour [la fabrication] de vêtements – le coton, la soie cultivée sur le mûrier, la soie non cultivée sur le mûrier et la soie synthétique ainsi que d’autres matériaux. Le Bengale peut devenir autosuffisant en coton, soie et matériaux synthétiques et peut même produire un surplus pour l’exportation vers d’autres régions. La culture de la soie de mûrier convient parfaitement au Bengale parce qu’elle s’acclimate bien au climat légèrement sec que l’on trouve au Bengale oriental. La soie d’autre origine que le mûrier peut aussi se cultiver dans tout le Bengale. On peut produire des fibres à partir du copra, des balles de riz, du bambou, des coques de noix de coco, des feuilles de bananier et des feuilles d’ananas, que l’on peut se procurer très facilement. Le Bengale peut aussi produire de la laine et même le jute peut s’utiliser pour les vêtements.

Logement : Les matériaux de construction abondent dans tout le Bengale. Les trois matériaux essentiels sont le sable, la chaux et le ciment. Le sol argileux du Bengale se prête à la fabrication des briques, des briques réfractaires et des tuiles d’autant plus que d’énormes dépôts de calcaire ont été découverts. Le Bengale peut être autosuffisant en matériaux de construction, et peut aussi les exporter à d’autres régions. Les industries se consacrant à la manufacture de matériaux de construction peuvent être très lucratives.

  Médecine : Le Bengale est très riche en herbes comme en minéraux médicinaux. Les maladies les plus fréquentes au Bengale sont les fièvres et les maux d’estomac. La nature a coutume de doter une région des herbes qui guérissent les maladies locales. Certains districts du Bengale se prêtent à la culture d’herbes alors que d’autres districts sont riches en minéraux médicinaux. 

Education : la langue maternelle est le moyen très naturel pour s’exprimer, aussi le bengali devrait-il être utilisé comme véhicule d’enseignement dans les écoles au Bengale. L’anglais, qui est à présent la langue de communication internationale, devrait être la deuxième langue et l’éducation supérieure devrait donc être faite en anglais. Le sanscrit devrait retrouver la place qui lui revient dans le cursus universitaire et ceci pour enrichir l’héritage culturel du Bengale. Le matériel scolaire comme le papier et l’encre peut aussi se trouver au Bengale. Le papier peut être fabriqué à partir de différentes herbes et plantes que l’on peut planter facilement dans plusieurs districts. L’encre peut se fabriquer par un procédé de synthèse ou à partir d’indigo.

Energie et transport : jusqu’à ce que l’on arrive à produire de l’énergie solaire bon marché, on peut utiliser d’autres sources d’énergie comme l’hydroélectricité, l’énergie thermique, l’énergie marémotrice et l’énergie éolienne. Toutes les matières premières utilisées dans les [différents modes de] transport sont aussi présentes, y compris le caoutchouc, l’acier, le mica, le mercure, l’argent, le cuivre, le quartz et le manganèse. Le Bengale peut donc développer toutes sortes de moyens de transport.

Psycho-économie L’économie populaire se résume à la satisfaction des besoins vitaux minimums, la psycho-économie est différente: elle se donne pour objectif rien de moins que le développement du domaine psychique tant chez les individus que dans la société par des activités économiques appropriées. L’économie populaire sera la principale préoccupation des pays sous-développés ou en développement, mais la psycho-économie prendra des galons dans le futur, au fur et à mesure que les problèmes de subsistances s’amenuisent. La psycho-économie sera même d’une importance décisive dans une économie fortement développée et mécanisée où les gens ne travailleront que quelques heures par semaine et auront donc beaucoup de temps libre. La psycho-économie se divise en deux parties distinctes. La première partie regroupe pratiques, conduites et structures économiques qui sont sources d’exploitation et d’injustice. Elle neutralisera toute l’exploitation économique et psycho-économique générée par le système capitaliste; les gens deviendront conscients de la façon dont les capitalistes, par leurs actions individuelles ou collectives, exploitent la société et créent des demandes à la fois malsaines et artificielles qui non seulement empoisonnent l’esprit mais encouragent des habitudes dangereuses qui nuisent à l’expansion du psychisme, et au bien-être individuel. La psycho-économie a donc pour mission de mener un combat sans faille contre toute dégénérescence morale ou forme d’inhumanité dans l’économie.

La deuxième branche de la psycho-économie concerne le psychisme tant individuel que collectif. Ce secteur est pratiquement inconnu aujourd’hui, mais cette branche de l’économie ne manquera pas de prendre une importance considérable dans le futur. Elle assurera l’équilibre de tous les niveaux de l’économie. Elle trouvera de nouvelles solutions créatives aux problèmes économiques et nourrira l’utilisation maximum du potentiel psychique et spirituel de chacun. La psycho-économie en ajoutera ainsi au prestige éblouissant de l’économie.

L’économie commerciale Cette partie de l’économie traite des méthodes de production et de distribution soit les plus scientifiques, les plus efficaces pour un minimum de pertes, où les rentrées dépasseront les sorties. Le but de l’économie commerciale est d’assurer l’utilisation maximum et la distribution rationnelle des ressources pour le bien de tous.

L’économie générale L’économie tant commerciale que générale ont bien progressé mais tout n’a pas été fait - loin de là.

PROUT propose une structure industrielle à trois niveaux: les industries clefs gérées par le gouvernement local, les coopératives et les entreprises privées. Les industries clefs fonctionneront sur le principe « ni bénéfice, ni perte ». L’économie générale inclue l’organisation de la structure industrielle et la coordination de tous les niveaux de planification économique pour garantir l’intérêt général. Il doit y avoir une intégration et une harmonisation entre ces quatre parties de l’économie et les principes néo-humanistes pour garantir l’utilisation maximum et la distribution rationnelle de toutes les ressources et rendre ainsi le progrès humain semblable à celui de toute la création.

Calcutta, le 5 juin 1986

�Pramá /Equilibre et balance dynamiques




Triguńátmiká srśíimátrká asheśátrikońa dhárá. C'est-à-dire, dans la phase primordiale de la création, les trois principes attributifs génèrent d’innombrables figures géométriques qui sont finalement transformées en triangles de forces (guńatrikońa). Quand il y a plus de trois forces qui opèrent, la tendance est invariablement d’adopter une forme triangulaire stable. Tant que ce triangle de forces (guńatrikońa ou guńayantraka) est en équilibre, la [force] consciente est convertie en [force] active, la [force] active en statique et la statique en consciente. Ce processus de conversion mutuelle s’est déroulé éternellement. C’est par cette conversion homomorphe que se maintient l’équilibre du triangle de forces. Mais dans ce processus de métamorphose constante, arrive un stade où la pression de la Force (Prakrti) statique fait perdre son équilibre au triangle, lançant le processus de création à l'un de ses sommets : là s’ensuit, dans le flot de la création, un lokatrikońa. L’existence humaine est tridimensionnelle – physique, psychique et spirituelle. Ces trois aspects engendrent un pramátrikońa ou lokatrikońa dans les entités individuelles comme dans le corps collectif. Bon, quelle est la véritable signification de pramá ? Le mot pramá est dérivé de la racine má préfixée par pra et suffixée par ìa et íá. Le sens du verbe racine má est « mesurer », « sonder ». Le sens étymologique de pramá est donc « équilibre ». En anglais les deux mots « equilibrium » et « equipoise » sont utilisés dans ce sens, mais il y a quelques différences d’ordre pratique entre les deux. « Equilibrium » est utilisé pour un équilibre de force physique et « equipoise » pour un équilibre de poids. Supposez que deux groupes s’affrontent au tir à la corde. Si les deux groupes sont de force égale, aucun des deux ne peut tirer l’autre à lui ; autrement dit, il y a un équilibre (equilibrium) physique entre les deux. Prenez un autre exemple. Supposez qu’il y a un poids d’un kilo d’un côté d’une balance, et de l’autre un kilo d’aubergines. Comme il y égalité de poids des deux côtés, la balance est parfaitement équilibrée. Cet état d’équilibre de poids est appelé balance « equipoise ». Equilibre (equilibrium) et balance (equipoise) sont connus sous le nom d’ensemble de pramá. Tout comme le pramá est indispensable dans la vie individuelle, il l’est tout autant dans la vie collective. La supériorité ou l’excellence de la structure sociale, culture ou civilisation d’une communauté d’individus découle du degré de pramá que cette communauté a atteint dans sa vie individuelle ou collective. Il est curieux de constater que les êtres humains, bien qu’ils soient apparus sur terre il y a environ un million d’années et que la civilisation humaine ait commencé il y a quinze mille ans, ne furent pas moins incapables d’amener un équilibre parfait ou pramá dans les trois sphères de la vie individuelle ou collective. Et le plus étrange est qu’ils ne ressentirent pas la nécessité d’établir ce pramá dans la vie individuelle ou collective. Par exemple, bien que le monde occidental ait accompli quelques progrès matériels et qu’il ait essayé de créer un certain degré de pramá dans la sphère physique, il ne fit aucun effort sincère pour établir le pramá dans la sphère spirituelle et ne fait aucun effort en ce sens même aujourd’hui. Bien sûr, il fit quelques efforts pour créer le pramá dans la sphère psychique en amenant un certain développement intellectuel. L’Inde est le seul pays au monde à avoir tenté d’introduire le pramá dans la sphère spirituelle, mais elle n’a pas atteint l’état de perfection. Comme dans le cas de l’occident, l’Inde tenta aussi d’établir le pramá dans la sphère psychique mais cette tentative ne fut pas particulièrement réussie. Si nous analysons l’histoire des différents pays du monde, nous remarquons qu’en dépit de leur immense potentiel physique, psychique ou spirituel, tous furent incapables de les mettre à profit pour établir le pramá dans les domaines tant individuel que collectif. Ils furent en effet victime d’idées et de pratiques imparfaites et de systèmes sociaux ou économiques erronés. Ils furent incapables de conforter la société humaine par le développement de différentes branches du savoir, en construisant culture et civilisation ou en faisant apparaître un progrès intellectuel et spirituel. En l’absence de pramá, il existe un manque réel à la société humaine; n’a-t-on pas omis de développer les différentes branches du savoir humain, d’élever la culture et la civilisation et d’accroître le niveau d’intellect et d’intuition.

Le manque de pramá dans la sphère physique

La nature a été généreuse envers chaque région du monde sans exception aucune, et nous a dotés d’une énorme richesse sur terre ou sous terre. Les différentes régions du monde regorgent véritablement de ressources agricoles, minérales, aquatiques, médicinales ou forestières, pourtant nombre de ces régions économiques connaissent une extrême pauvreté, un bas niveau de vie et un retard culturel et industriel. Par conséquent, avec le fléau de pénurie de nourriture, de vêtements et de logements qui vient s’ajouter au manque de bâtiments scolaires, même aujourd’hui dans ce vingtième siècle où la science a réalisé des progrès si rapides, nous avons des millions de gens qui luttent pour leur seule survie. En raison des bénédictions de la nature, aucune région économique ne souffre de pénurie de ressources physiques. Mais, un manque d’élan du coeur a empêché que tous ces éléments soient utilisés pour le développement social et économique de tous. En conséquence, les besoins physiques élémentaires (nourriture, vêtements, logement, soins médicaux et éducation) ne sont pas à la disposition de tout un chacun. Il y a de toute évidence un manque inacceptable de pramá dans le domaine physique. Prenons le cas du Ráŕh – le point de départ de la civilisation humaine. La nature a doté la terre vallonnée du Ráŕh d’énormes ressources. Dans les différentes strates d’une roche dure et ancienne, on trouve de l’or, de l’argent, du cuivre, du mercure, du mica, du manganèse et de nombreux autres minéraux. Il y a de gros gisements de quartz et d’autres minéraux précieux dans la strate de roche ignée dure. Il y a du charbon et du sable de qualité dans la couche de roche alluviale ancienne et de roche morte. La partie occidentale du Ráŕh a une grande richesse minérale. Le sol de la partie orientale du Ráŕh, né des fonds marins, est relativement récent. Il est très probable que l’on pourra en extraire du minerai, tout particulièrement dans ces zones qui étaient il y a longtemps recouvertes par la mer des Sargasses. La partie orientale du Ráŕh est aussi riche en surface que la partie occidentale ne l’est en profondeur. Le type de terre riche et fertile que nous trouvons dans le Burdwan, l’Hooghly, l’Howrah, l’est du Midnapore et la commune de Kandi est extrêmement rare dans le monde. La raison est que les rivières du Ráŕh comme le Damodar, l’Ajay, le Mayuraksi, le Kangsavati, le Suvarnareka, le Vakreshwar, le Kopai, le Shilavati et le Hinglo charriaient des sols alluviaux enrichis de calcium et d’autres minéraux vers la partie orientale du Ráŕh et rendirent la surface de la terre très riche, aussi précieuse que de l’or. Dans cette terre fertile, on peut faire des récoltes record de riz, de blé, de canne à sucre, de légumineuses, de coton, de mûriers ou d’autres arbres à soie et de nombreux autres produits agricoles. Le sol latérite du Ráŕh est si riche en calcium qu’il sera facile d’y cultiver toutes sortes de fruits de qualité comme la pomme, la poire, l’orange, la papaye, le goyave, le raisin et l’anone. Par l’introduction de différents systèmes d’irrigation (irrigation de petites surfaces, irrigation par pompage, creusement de réservoirs, etc.) et d’autres efforts on sera en mesure de cultiver des vergers et de produire trois récoltes de riz à l’année (en début d’automne, en hiver et en été). Vu son énorme potentiel agricole, on pourrait établir en Ráŕh de nombreuses industries agro-alimentaires et transformation des produits agricoles, mais malheureusement cette potentialité n’a jusqu’à présent pas été exploitée. Les forêts du Ráŕh aussi abondent en ressources. Y poussent en abondance des espèces d’arbres tels que Shorea robusta Gærtn.f., Pterocarpus marsupium Roxb.,Barringtonia acutangula, Butea frondosa Koenig ex Roxb., Saraca indica Linn., Schleichera trijuga Willd., Eugenia jambolana Linn. et le jaquier. Malgré la variété et l’abondance des ressources naturelles du Ráŕh, ses habitants sont mal nourris, à moitié nus, mal logés, analphabètes et rongés par la maladie. Si la planification économique du pays s’était appuyée sur le principe du pramá, la situation sociale et économique du Ráŕh aurait été totalement différente de ce qu’elle est maintenant. Il y a une autre région économique, l’état voisin d’Orissa, qui est également riche en ressources naturelles mais tout aussi pauvre. Le potentiel économique de l’Orissa, avec son abondance de ressources agricoles, minérales et forestières, est comme pour le Ráŕh, très prometteur. Sa longue ceinture côtière a le potentiel d’accueillir un grand nombre d’exploitations et d’usines. Il existe aussi de bonnes perspectives de développement pour les industries du fer et de l’acier, la construction navale, la construction d’un nouveau port et pour la production d’électricité marémotrice. Qui plus est, des milliers d’industries agro-alimentaires et de transformation des produits agricoles peuvent être démarrées à partir des ressources agricoles de l’Orissa. Mais l’absence de planification sociale et économique centrée sur le pramá dans cette région fait qu’un grand pourcentage de la population de l’Orissa vit dans la pauvreté la plus immonde. Mais pourquoi stigmatiser le Ráŕh et l’Orissa ? Presque tous les pays du monde doivent affronter des crises économiques plus ou moins similaires et causées par un manque de pramá.

Manque de pramá dans la sphère psychique.

Le psychisme humain a deux grandes fonctions : la pensée et la mémoire. L’être humain est avant tout un être mental. Donc la grandeur et l’excellence des êtres humains résident en leur capacité de penser, leur subtilité, leur intellect brillant, sans oublier leur sagesse. Les êtres humains, au cours de l’expression de leurs facultés créatives, extériorisent des idées variées et colorées de leur monde psychique de manières diverses : sur une toile avec des couleurs et des pinceaux, au travers de la poésie, de la littérature, ou de la sculpture à coup de marteaux et de ciseaux. Leurs idées philosophiques, leurs observations, leurs expériences scientifiques et l’étude et l’analyse de différentes branches du savoir ne sont-elles pas la chasse gardée de l’esprit humain et n’ont-elles pas été honorés comme la moisson dorée du domaine psychique. Mais s’il y a un manque de pramá dans la sphère psychique, alors de nombreuses erreurs et défauts causés par des omissions ou des pratiques douteuses sont tenus d’envahir l’art, l’architecture, la littérature, la philosophie, la science et les autres branches de savoir humain. Il se peut que la danse perde de son rythme, que les tableaux manquent de proportion, que la musique perde de l’harmonie, de la mélodie, du rythme, comme les différentes branches de la littérature peuvent se faire envahir par les mauvaises herbes de l’expression immature. Supposez qu’un peintre soit en train de dessiner l’image d’un petit étang. L’étang est rempli d’une belle eau limpide à la surface sur laquelle flotte un lotus en pleine floraison. Supposez que [sur le tableau] l’étang occupe une surface de 6 cm² alors que les pétales du lotus occupent une surface de 12 cm². Dans ce cas, le peintre, qui a clairement perdu le sens de la proportion et de l’équilibre artistique le plus élémentaire, viole le principe du pramá dans la création artistique. En l’absence de pramá, la création artistique ne peut être symétrique ou systématique. Prenons le cas de la poésie. Une poésie réussie est un mélange équilibré d’idée, de langage, de mètre et de beauté expressive. Si un poète a un bon sens de la langue et de la profondeur d’idée mais qu’il n’est pas doué pour le rythme métrique ou est incapable d’introduire de la beauté dans sa composition, sa poésie pâtira d’un manque de pramá. Une poésie dépourvue de pramá ne peut conduire à la renommée. De même, la chanson est [le produit] d’un assemblage intérieur d’idées, de langage, de mélodie et de rythme. En l’absence d’un de ces éléments, le pramá sera manquant et la chanson n’aura ni charme ni beauté. Elle ne sera qu’une composition aléatoire, quelques lignes de mots mis bout à bout, sans vie. La création en matière philosophique, dans le passé lointain répondait au besoin de percer les mystères de la création. Des érudits qui s’étaient illustrés dans certaines branches de savoir établirent en leur temps différentes écoles de philosophie. Certaines de ces écoles étaient idéalistes, d’autres matérialistes. Quel est l’objet de la philosophie ? Celui de découvrir le lien incontestable entre le Créateur et Sa création. Mais les philosophes, en dépit de leurs efforts sincères, n’ont pas encore été capables de construire un pont entre le monde relatif et le monde absolu. La philosophie semble s’être perdue dans un labyrinthe de métaphysique. Les conclusions défectueuses des philosophes ont fait de leurs écoles respectives un dogme, une folie intellectuelle. C’est à propos de ces philosophies que le Seigneur Shiva déclara : Lokavyámohakáraka. C'est-à-dire : « elles sont sources de maladies mentales. »

Le manque de pramá dans la sphère spirituelle

L’objet principal de la spiritualité est de découvrir Dieu (Parama Shiva), l’Un qui demeure tranquille au cœur de l’existence humaine, et d’établir l’unité entre le Macrocosme et le microcosme, entre l’Etre Cosmique et l’être individuel, entre l’Ame universelle (Paramátma) et l’âme individuelle (jiivátma). Bien souvent, ignorant tout de la vraie spiritualité et poussés par des dogmes religieux, les gens entreprennent de longs et dangereux pèlerinages, et doivent parfois vendre leurs possessions terrestres telles que maison et terrain pour entreprendre le voyage. Ils espèrent gagner du mérite par de saintes ablutions dans les rivières sacrées. Inutile de dire qu’outre les dépenses en énergie, temps et argent, [ces pèlerinages] peuvent occasionner moult problèmes sans pour autant servir à une utilité spirituelle quelconque. C’est un exemple flagrant de manque de pramá dans la sphère spirituelle.

Pramá Saḿvrddhi, Pramá Rddhi et Pramá Siddhi

On a déjà parlé de l’énorme importance du pramá dans toutes les trois sphères de l’existence humaine. Le progrès physique est profondément associé aux développements psychique et spirituel des êtres humains. Quand l’état équilibré de développement matériel, étant parvenu à son sommet, maintient une harmonie convenable avec les élévations psychique et spirituelle des individus et de la collectivité, on appelle cela le pramá saḿvrddhi. De même, le pramá rddhi se produit lorsque la strate psychique équilibrée parvient au sommet de sa progression tout en maintenant une harmonie avec les progrès matériel et spirituel des individus comme de la collectivité. Dans cet état du pramá rddhi, le substrat ectoplasmique du psychisme est pulvérisé. Le psychisme se développe non seulement en masse et en volume, mais avance vers l’intellect appointé (agryá buddhi) tout en préservant l’harmonie psychique, de façon à développer un esprit aiguisé et pénétrant. Finalement, le pramá siddhi est l’état dans lequel l’esprit, ayant transcendé la strate psycho-spirituelle, atteint à l’équilibre absolu, le sommet de sa progression spirituelle tout en maintenant l’équilibre avec les développements physique et psychique des individus comme de la collectivité.

Le lokatrikońa et les stades de dérangement, perturbation et dégénérescence

Le lokatrikońa ou pramátrikoń́́a d’un individu ou d’une collectivité s’atteint dans les sphères physique, psychique et spirituelle. Dans le flot de l’évolution, le lokatrikońa, émanant de la première expression de la Conscience Suprême, se produit à la première phase de la création. Dans la première phase, il y a équilibre dans le lokatrikońa d’un individu mais dans les stades ultérieurs, dû à l’influence du temps, de l’espace et de la personne et au conflit des propensions, l’équilibre du lokatrikońa ou pramátrikońa se perd. Cet état de perte d’équilibre dans le pramatrikońa ou lokatrikońa est appelé « état de dérangement ». Il n’y a pas d’inconvénients à rétablir à ce stade le pramá perdu. S’il n’est pas rétabli, le lokatrikońa dégénère et entre dans la phase de perturbation. Si les gens n’arrivent pas à contrecarrer cette tendance à se déplacer vers le bas, le lokatrikońa descend jusqu’au stade de la dégénérescence. La société humaine d’aujourd’hui est arrivée au stade de la dégénérescence et il semblerait qu’elle soit pour cela irrémédiablement perdue dans la jungle de la faillite économique, de l’agitation sociale, de la dégénérescence culturelle et de la superstition religieuse.

Quelques solutions Une fois que la société atteint le stade de la dégénérescence, on ne peut restaurer immédiatement l’équilibre du lokatrikońa. Il faudra au contraire relever la société pas-à-pas de son stade de dégénérescence au stade de perturbation, puis du stade de perturbation au stade de dérangement pour rétablir l’équilibre du pramátrikońa ou lokatrikońa. Bien que tous les trois aspects de vie – physique, psychique et spirituel – soient d’importance égale, on devrait donner au tout début plus d’importance à l’aspect physique. Si la sphère physique perd son pramá, les éléments antisociaux prendront le contrôle de la société. Ils pollueront l’environnement social dans sa globalité. En conséquence les sphères mentale et spirituelle perdront aussi leur pramá et la situation mentale se dégradera encore davantage. La nécessité première revient à établir le pramátrikońa ou lokatrikońa dans la sphère physique. Bon la question est : que doit-on faire pour restaurer l’ordre dans le lokatrikońa et pramátrikońa ? En premier, nous devons diviser chaque branche [d’activité] en sous-branche : agriculture, industrie, affaires et commerce, médecine, irrigation, éducation physique, etc. En ce qui concerne l’éducation, il faut mentionner que les sujets scientifiques, qui concernent directement le monde matériel, entrent dans le champ de la strate physique. Les humanités (langue, littérature, histoire, philosophie, etc.) de leur côté entrent dans le champ de la strate psychique. En formant des sous-triangles pour chaque sous-branche, il est possible d’établir un plus grand degré d’équilibre. On devra ensuite élever progressivement la strate physique du stade de dégénérescence au stade de perturbation. Plus tard, après avoir restauré un plus grand équilibre dans les sous-triangles, on devra hisser la strate physique du stade de perturbation au stade de dérangement. Il y aura un équilibre parfait dans le lokatrikońa ou pramátrikońa de la strate physique quand tous les sous-triangles seront en parfait équilibre. De même, il y a de nombreuses sous-branches dans la strate psychique, telle que la physico-psychique, la psychique, la psycho-spirituelle, etc. Lorsque le degré d’équilibre dans ces sous-branches augmente, la branche psychique s’élève du stade de dégénérescence au stade de perturbation, et du stade de perturbation au stade de dérangement ; et finalement il y aura un parfait équilibre dans le lokatrilońa ou pramátrikońa de la strate psychique. Abordons maintenant la question de la strate spirituelle. Elle aussi peut être divisée en plusieurs sous-branches, bien que celles-ci soient relativement peu nombreuses. Il faut élever graduellement le degré d’équilibre au sein de la sous-branche. On élèvera la branche spirituelle en la guidant à travers les stades successifs de dégénérescence, perturbation et dérangement. C’est alors que l’équilibre dans le lokatrikońa de la strate spirituelle pourra s’établir. Pour restaurer l’équilibre dans le lokatrikońa ou pramátrikońa de la branche physique, on doit prendre en considération les quatre facteurs suivants : 1) La demande physique dans le présent et la demande physique dans un avenir prévisible. 2) L’approvisionnement physique dans le présent et l’approvisionnement physique dans un avenir prévisible. 3) L’utilisation maximum de la terre. 4) Les aspects des cinq principes fondamentaux de PROUT qui ont trait à la branche physique. Par exemple, si l’on veut résoudre les problèmes alimentaires d’une communauté socioéconomique quelconque on est dans l’obligation de créer le sous-triangle de l’agriculture. Il se peut que l’on ait à introduire un système d’irrigation convenable ou des semences à haut rendement. En cultivant intensivement la terre, avec des tracteurs et les engrais nécessaires, on est en mesure de produire trois ou quatre récoltes par an. On devra sélectionner les cultures qui conviennent le mieux au sol. Des coopératives agricoles, des coopératives d’exploitants agricoles devront être démarrées, et nombre d’agriculteurs devront être formées. C’est sur le principe de la consommation et non du profit que doit s’organiser l’agriculture. Les produits agricoles doivent être convenablement conservés avant leur distribution. Un bon équilibre dans le lokatrikońa ou pramátrikońa de l’agriculture aidera à l’équilibrage du lokatrikońa ou pramátrikońa dans la branche physique. Semblablement, s’il y a un parfait équilibre dans les sous-triangles des sous-branches, il y aura aussi un équilibre dans les branches psychique et spirituelle. Lorsque tous les lokatrikońas ou pramátrikońas des branches physique, psychique et spirituelle s’assemblent en un ultime lokatrikońa ou pramátrikońa, son point central coïncidera, dans un équilibre parfait, avec le point central du guńatrikońa suprême. S’établira alors un équilibre parfait entre l’individu, la collectivité et le Cosmos. Cet équilibre suprême en toutes sphères amènera partout l’état de pramá parfait. La société atteindra le pramá saḿvrddhi dans la branche physique, le pramá rddhi dans la branche psychique et le pramá siddhi dans la branche spirituelle. C’est le niveau de bien, de progrès et de perfection généralisés pour toute l’humanité, pour le monde vivant tout entier.

Calcutta, Février 1987.

�Minimum vital et rétribution confort maximum





La société a de nombreux attraits et c’est dans la nature des êtres humains que de courir après ces attraits. Le communisme exploita cette tendance humaine en promettant de distribuer la richesse également entre tous. Mais les ressources matérielles dans le monde sont limitées et est-il possible de les répartir également entre tous ? Non, et tenter de le faire est de la pure ostentation. Maintenant le communisme a succombé. Le communisme était plutôt une chimère – un déballage verbeux et rien d’autre. Plutôt que d’essayer de distribuer la richesse également entre tous, l’approche correcte est de s’assurer que chacun a ses besoins minimaux couverts. Le niveau de cette couverture minimale devrait s’accroître au fur et à mesure que les revenus augmentent. Pour réduire l’écart entre les plus riches et les plus pauvres, nous devons augmenter le niveau de couverture minimale pour tous. Nous devons de surcroît donner le maximum de rétribution possible aux personnes méritantes pour leur permettre de mieux servir la société. On doit pour cela réserver des biens pour ceux qui sont dotés de qualités particulières mais on ne peut donner cette rétribution maximum au détriment de l’intérêt général. Ajoutons qu’on ne doit pas seulement augmenter la rétribution maximale des gens méritantes mais aussi celle des gens ordinaires. Les gens méritantes gagneront plus que les citoyens ordinaires et ces revenus incluront la rétribution maximum. Mais les gens ordinaires ne doivent pas être privés de rétribution maximum et l'on doit faire des efforts pour leur accorder la part la plus élevée possible des commodités de la vie disponibles. Il y aura encore un écart entre la rétribution maximale des petites gens et la rétribution maximale des personnes de mérite, mais on doit s’efforcer continuellement de réduire cet écart. Ainsi, les gens ordinaires devraient aussi voir leurs rétributions augmenter. Si l’on ne donne pas un maximum de rétribution aux gens ordinaires, la société connaîtra sans nul doute un progrès, mais c’est aussi ouvrir la porte aux imperfections. On doit sans cesse accroître à la fois la couverture minimale et le maximum de rétribution. Cette idée est un nouveau plus de PROUT. Si le maximum de rétribution des gens de mérite devient par trop élevé, on doit relever immédiatement la couverture minimale des gens ordinaires. Par exemple, si une personne dotée de qualités particulières a une motocyclette et qu’une personne ordinaire possède une bicyclette, il s’agit d’une situation équilibrée. Mais si les personnes de qualités possèdent une voiture, nous devrions essayer de fournir des motos aux gens ordinaires. Il y a un proverbe qui suggère de vivre simplement pour élever sa pensée, mais qu’est ce que vivre simplement ? Vivre simplement il y a quatre-vingts ans n’était pas identique à vivre simplement aujourd’hui et [l’appréciation] d’une vie simple change avec l’époque. Les standards de valeur se modifient aussi avec le temps. Ainsi la couverture minimale comme le maximum de rétribution variera d’époque en époque et les deux augmenteront perpétuellement. Dans le cas contraire, il n’y aurait pas de progrès économique dans la société. Nous devons avoir l’approche de fournir le minimum vital du jour à tous, d’accorder la rétribution maximale du jour aux personnes selon leur mérite, et leur contribution tout en offrant le maximum de rétribution aux gens ordinaires. Les fonds alloués à la couverture minimale du jour et à la rétribution maximale du jour seront perpétuellement réévalués. C’est ainsi que vous devez améliorer la condition des gens – vous devrez élever leur niveau de vie constamment.

Les produits de base de la vie

Les produits de base de la vie représentent tout ce qui rend la vie plus agréable, plus facile. Le mot anglais « amenity » vient du vieux mot latin amenus qui signifie « satisfaire un désir » ou « rendre une situation plus facile ». Les produits de base de la vie se définissent par des désirs physiques ou psychiques. Tout ce qui comblera ces désirs physiques ou psychiques des gens sera [considéré comme] les produits de base de la vie. On devrait accorder un maximum de commodités de la vie aux gens du commun. Par exemple, auparavant les gens devaient creuser un puits pour trouver de l’eau potable puis porter l’eau jusqu’à leur maison. Plus tard, des réservoirs d’eau furent construits et maintenant l’eau potable est amenée par la tuyauterie. De cette manière les commodités de la vie se sont multipliées et la vie est devenue plus facile. Le but est toujours d’obtenir de l’eau, mais la méthode employée est devenue plus aisée et plus pratique. Prenons un autre exemple. Supposons que des écoliers ont leurs besoins minimums couverts. Si on leur sert un goûter gratuit, ce service s’ajoutera à leur couverture minimale. Il y a de même dans la plupart des trains des compartiments de première et de seconde classe. Les passagers de première classe jouissent déjà d’un confort spécial, mais si l’on offre le thé ou le café aux passagers des compartiments de seconde classe, cela sera considéré comme un extra. Avec le progrès de la société il faudra fournir aux gens ordinaires une quantité toujours croissante de ces extras. Ce processus nous encouragera à collecter et exploiter toujours plus de ressources et l’utilisation convenable des ressources collectives élèvera le niveau de vie des masses comme celui des gens de mérite. Lorsque l’on satisfait les besoins minimaux et que l’on donne la rétribution maximale, les luttes de subsistance quotidiennes s’estompent et la vie se fait plus aisée et agréable. C’est pour cette raison que la PROUT garantit le minimum vital et la rétribution maximale à tous. La racine vidh préfixée par su et suffixée par ac et íá donne suvidhá qui signifie « l’aliment demandé ». Kuvidhá signifie « l’aliment non demandé ». Si lors d’un voyage en train vous voyez quelqu’un prendre un en-cas très appétissant, vous aurez naturellement l’envie ou le désir de déguster le même mets. C’est un désir naturel pour une nourriture physique. Ces choses que veut votre corps sont les commodités naturelles. Les commodités naturelles incluent toutes les envies de la nature. Ils comprennent tous les besoins physiologiques naturels comme celui d’uriner, de déféquer ou de manger quand on a faim. Les gens ordinaires devraient recevoir un nombre croissant de commodités naturelles pour rendre leur vie plus aisée. On devrait aussi leurs donner de plus en plus de commodités supernaturelles. Les gens ordinaires vivent des contraintes et un stress importants – on doit les libérer de ces tensions. Par exemple, les ruraux de l’Inde s’inquiètent en permanence de leurs récoltes. Si les pluies sont en retard ou absentes, la production de riz en souffrira ; si le temps est trop froid ou pas assez froid, cela affectera les cultures d’hiver. Il faudrait libérer les petites gens de tous ces stress et contraintes. On peut réaliser cela par la fourniture de commodités supernaturelles que l’on peut développer artificiellement avec la science et la technologie. Par exemple de meilleures techniques agricoles et la construction de petits barrages pour préserver l’eau et faciliter l’irrigation peuvent soulager les populations rurales indigentes de leur stress et contraintes. Même les techniques les plus simples peuvent améliorer les rendements. Si par exemple on laisse se répandre dans un champ de moutarde, la fumée provenant de copeaux de bois en feu, les plantes de moutarde fleuriront immédiatement et donneront une meilleure récolte. Nous devons fournir au petit peuple à la fois des commodités naturelles et des commodités supernaturelles selon la capacité physique, la capacité psychique et la capacité technique de l’état. [Suivre] cette approche est une assurance que les être humains obtiendront assez de commodités pour que leur vie soit bien remplie et agréable. Il faut garantir à tous les êtres humains le minimum vital et l’on donner le maximum de rétribution compte tenu des conditions – c'est-à-dire de l’environnement existant. Vous devez satisfaire les soifs physiques et psychiques – d’aliments physiques et psychiques – si les conditions s’y prêtent. La rétribution maximale doit donc être garantie à tous mais cette garantie est soumise à des contraintes de milieu comme les facteurs temporels, topographiques, géographiques, sociaux et psychiques. Quelle est la différence entre alentours, atmosphère et environnement ? « Alentours » désigne « toutes les choses physiques, soit totalement physiques soit psychophysiques, qui [vous] entourent ». « Atmosphère » signifie «  la nature des différentes manifestations des alentours, comme l’eau, l’air, la pression atmosphérique, la température, etc. » « Environnement » signifie « ce qui contrôle les caractéristiques des êtres inanimés ou animés. » Un âge se terminera, un autre viendra et les désirs humains changeront aussi. A une époque un certain type de petit-déjeuner est considéré comme normal et à l’époque suivante, il sera considéré comme inférieur à la normale. Aujourd’hui les gens mangent du pain et du beurre, mais conformément à la norme de l’époque suivante, les gens mangeront peut-être du riz frit ou du riz au lait. Il faut ainsi garantir le maximum de rétribution à tous les individus et rehausser continuellement son niveau. Le niveau de la rétribution maximale continuera de croître avec le progrès des êtres humains. Les êtres humains sont en marche et leur désir d’aliments psychophysiques augmente aussi. Le minimum vital comme la rétribution maximale doit être garanti à tous. On doit fournir la rétribution maximale dans les conditions présentes. La soif de l’être humain peut elle être pleinement étanchée ? La faim de l’être humain peut elle être pleinement rassasiée ? Pour quelle raison la soif humaine ne connaît elle pas de limites ? Nous nous éloignons maintenant de la PROUT pour entrer dans la psycho-philosophie. Dans le monde relatif, la soif humaine ne peut être satisfaite. Les êtres humains sont la progéniture du Progéniteur Suprême et la soif humaine est donc sans limite. Toutes les propriétés de l’Etre Suprême sont latentes en l’existence humaine, et pas seulement en l’existence humaine mais en toute entité de l’univers exprimé. Peut-on étancher la soif physique, la soif psychique et la soif spirituelle ? On peut étancher seulement la soif spirituelle. L’union de l’individu et du Cosmique peut étancher la soif spirituelle. Le corps physique a certaines limites. Il fonctionne à l’intérieur de limites très strictes. Le psychisme a un champ beaucoup plus étendu, mais n’en est pas moins limité.

Progrès futur

Chaque système a ses mérites et ses démérites. L’inconvénient de ce système est qu’avec la vie qui se fait toujours plus facile, les capacités physiques des êtres humains se détériorent progressivement. Dans l’ancien temps, les gens marchaient de longues distances pieds nus, avec un bout de tissu pour tout vêtement, mais de nos jours les gens sortent rarement sans chaussures ou sans provisions. C’est un fait que la force humaine baissera dans l’avenir, mais avec le progrès de la société nous n’avons d’autres choix que d’accepter cette situation. Le jour viendra où la vue et les os du corps humain deviendront faibles. Presque tout le monde portera des lunettes et des fausses dents. Dans l’avenir, la structure des êtres humains connaîtra des changements radicaux. L’intellect humain deviendra plus vif, le crâne plus gros et les fibres nerveuses plus complexes. Et ces changements ne toucheront pas seulement les êtres humains, les animaux et les plantes connaîtront des changements similaires. L’éléphant africain a un gros corps et une petite tête et ne se domestique pas facilement. En comparaison, l’éléphant indien a un petit corps et une grosse tête. Il est plus intelligent et se laisse facilement domestiquer. Avec la vie qui se fait toujours plus facile, les possibilités de recherches intellectuelles se multiplieront. Le jour viendra où les êtres humains n’auront pratiquement plus besoin de travailler. Cela peut sembler étrange aujourd’hui et il se peut que nous n’aimions pas entendre cela mais ce jour arrivera certainement. La physicalité se changera de plus en plus en intellectualité, et l’intellectualité se convertira en le point culminant de la spiritualité. Avancer de la physicalité à l’intellectualité est l’ordre PROUTiste. C’est le mouvement infaillible de la vie humaine - c’est le mouvement infaillible de la destinée humaine. Ce type de mouvement, vers l’intellectualité, prendra place chez certaines espèces animales, comme les chiens, les singes et les vaches. Il est possible que dans mille ans les singes soient au stade d’évolution qui est à présent celui des êtres humains. A cette époque les êtres humains [auront fait et] feront d’énormes progrès dans le domaine de l’intellectualité et de l’intuition. Les êtres humains de cet âge du futur seront très sensibles. Les nerfs efférents seront plus actifs que les nerfs afférents et les expériences subtiles seront plus courantes qu’elles le sont maintenant. Le champ fonctionnel du cerveau s’étendra aussi. De même de nombreux animaux deviendront plus sensibles et leur vocabulaire augmentera. Avec le développement intellectuel le vocabulaire s’accroît et le nombre de mots d’une langue augmente aussi. Le champ fonctionnel du cerveau des animaux s’étendra aussi. Ave l’aide des pratiques spirituelles, les êtres humains du futur élargiront le champ fonctionnel de leur cerveau à un rythme accéléré. Certains pensent qu’ils ne peuvent faire de rapides progrès spirituels si la taille du cerveau et donc la taille du crâne n’augmente pas. Mais cela n’est pas le cas car les êtres humains peuvent élargir le champ de leur pensée. Aujourd’hui les êtres humains progressent dans le domaine de l’intellectualité. Pour atteindre au point culminant de la spiritualité, les êtres humains d’aujourd’hui devront faire face à moins d’obstacles que les chercheurs du passé tels que Maharïi Vishvamitra, Maharïi Agastya, etc. Le développement des glandes et le volume des sécrétions hormonales sont beaucoup plus grands qu’il y a 100 000 ans et les glandes se développeront et augmenteront leur sécrétion de beaucoup dans les 100 000 années qui suivent. Au cours de ces 100 000 ans, les êtres humains concevront des choses qui sont au-delà de leur pouvoir actuel de conception. Ces types de changements s’opéreront à l’intérieur du cadre social et économique de la PROUT. Au fur et à mesure que les êtres humains avancent sur le chemin de l’évolution, ils comprennent de plus en plus qu’ils sont plus psychiques que physiques. En fait les êtres humains sont des machines, mais des machines physico-psychiques. Avec les modifications psychiques surviennent aussi des changements physiques. Les êtres humains du futur trouveront l’apparence des êtres humains d’aujourd’hui des plus bizarre. De même, cela troublerait les êtres humains d’aujourd’hui s’ils pouvaient voir à quoi ressemble l’homme du futur. Conformément à la psychologie humaine, les gens n'aiment pas beaucoup penser à l’avenir. Ils préfèrent plutôt s’attarder sur le passé. La raison en est que le futur peut ne pas se dérouler selon leurs plans et il est donc toujours risqué de spéculer sur l’avenir. Un jour la structure physique et psychique des êtres humains deviendra divine. Il se peut que les êtres humains n’aiment plus le monde terrestre. Qu’ils perdent leur fascination pour le monde transitoire. Ils penseront qu’il est mieux de se fondre en Dieu et d’abandonner le monde à jamais. Cette mutation de la psychologie humaine se fera grâce aux pratiques spirituelles. Je conseille donc chaque être humain de se construire de belle façon, de manière complète, tant qu’il est en vie. Mais vous ne devez pas seulement vous construire, vous devez construire de la même manière la société humaine. Pour réaliser cela il vous faudra vous aider de la PROUT. L’accès progressiste à la rétribution maximale sera garanti par la PROUT, satisfaisant les besoins physiques. Chaque besoin physique satisfait réduira les obstacles physiques qui entravent le progrès humain et les êtres humains connaîtront un développement complet, en particulier dans la sphère intellectuelle. Les êtres humains auront la chance de se développer dans la sphère intellectuelle et ceci sans la moindre difficulté. Les différents domaines d’expression seront de plus en plus habités par les valeurs de vérité et de véracité chères à l’humanité. C’est pourquoi je dis qu’on doit garantir à tous les êtres humains le minimum vital et le maximum de rétribution et qu’ils doivent continuellement augmenter. Cette rétribution doit être bonne pour les développements physique et psychique des êtres humains, ou au moins pour l’un des deux.

Approche néo-humanistique de l’économie

Comme vous le savez, l’objet physique est limité et pour cette raison l’esprit court d’une chose à l’autre. Ce processus se répète à l’infini. Mais dans le royaume de l’intuition, le but est infini. Quand les aspirants pénètrent dans ce domaine, leurs envies, leurs désirs, sont complètement satisfaits. Le point de contrôle est donc l’ordre spirituel. Parce que l’ordre spirituel est infini, les êtres humains n’ont pas de maîtrise sur lui, mais comme le domaine physique est fini, les êtres humains peuvent étendre leur sphère d’activité dans ce domaine. S’efforcer d’y parvenir est un processus sans fin et cette entreprise comporte d’infinies permutations et combinaisons, mais la faim latente en les êtres humains ne se comblera jamais dans ce domaine. Au mieux, la quête pour assouvir cette faim ne peut nous amener qu’au seuil de la spiritualité. Au cours de leur progression vers le domaine de la spiritualité, les êtres humains sont aidés d’un côté par la PROUT qui leur garantit le minimum vital et la rétribution maximale et de l’autre par la vision néo-humanistique qui élimine les inégalités. Ces deux approches aident les êtres humains dans leur progrès et élévation. Finalement la faculté existentielle s’immerge en Dieu. La PROUT touche le seuil de la spiritualité. Elle aide aussi à réduire les obstacles de la vie quotidienne. Par exemple, de nombreux banlieusards doivent partir de chez eux à 6 heures et revenir à 10 heures juste pour assurer le minimum vital. Mais la PROUT garantira le minimum vital à toute personne allégeant ainsi son fardeau quotidien. Le néo-humanisme amènera l’égalité dans la sphère sociale et éliminera toutes formes de disparités, accélérant grandement le progrès humain. Quand la PROUT et le Néo-humanisme seront établis, l’entière existence des êtres humains resplendira de réalisation divine. Le monde avance avec ses mérites et ses démérites. Le mouvement de l’imperfection à la perfection est [ce qu’on appelle] le progrès. Dans les domaines physique et psychique, la progression est sans fin, mais parce que tout dans ces domaines est limité, les êtres humains restent sur leur faim. Dans le domaine spirituel, à son point culminant, l’homme assouvit complètement sa faim. Pour satisfaire la faim humaine dans les domaines physique et psychique, il y la PROUT et le néo-humanisme. Mais comment la rassasier dans la sphère la plus subtile ? Pour cela il y a la philosophie d’Ánanda Marga. Le mouvement au-delà du seuil de la spiritualité sort du champ de la PROUT, mais est du ressort de la philosophie d’Ánanda Marga. Notre idéologie est un heureux mariage de rationalité et de spiritualité. Les besoins humains de chaque époque doivent être couverts. Le minium vital doit être régulièrement augmenté en tenant compte de [l’évolution] des normes physiques et psychiques et des changements climatiques, environnementaux, etc. On doit réévaluer régulièrement le minimum vital en prenant en compte l’éventail des conditions sociales. Aujourd’hui les êtres humains pensent plus à leur propre minimum vital qu’au minimum vital des animaux et des plantes. Un jour viendra où l’on intégrera certains des animaux sinon tous, dans notre société. Aujourd’hui nous disons que chaque être humain recevra le minimum vital. Demain nous dirons que le minimum vital inclura aussi les besoins des animaux, des vaches, des singes, etc. Il est important de produire toujours plus pour couvrir tous ces besoins. La terre n’est pas seulement pour les êtres humains, elle est aussi pour les autres êtres vivants. Nous devrons donc faire quelque chose pour eux. Nous devrions leur donner le minimum vital et la rétribution maximale. Aujourd’hui les vaches, les chiens et les singes se développent ; demain un nombre croissant d’animaux entreront dans cette catégorie. Les animaux développeront aussi des attractions pour certaines nourritures psychophysiques et l'on devra donc leur garantir le minimum vital et la rétribution maximale. Nous devrons aussi faire quelque chose pour eux. C’est l’exigence du néo-humanisme des idées néo-humanistes. C’est à la PROUT de satisfaire cette demande. Avec l’accroissement du champ existentiel humain, l’aliment psychique se dilatera également. Avec cette multiplication des désirs pour les objets de plaisir physico-psychiques, on doit donner une rétribution maximum à tout un chacun. On doit accroître ces rétributions au profit de l’ordre social dans son entier. Il ne peut y avoir de point, de virgule ou de point-virgule dans ce progrès. Le progrès est sans fin. L’aliment est aussi interminable. Nous devons comprendre cela. Il ne peut y avoir d’arrêts dans la marche du progrès humain. Et cela s’applique non seulement au progrès humain, mais aussi aux mondes physique et psychique. Le géo-sentiment mourra ; le socio-sentiment disparaîtra ; le sentiment socio-économique sera éradiqué. Finalement le jour de la domination du sentiment conscient arrivera. Le jour viendra où les êtres humains obtiendront la rétribution maximale ; ils seront alors à leur zénith. Mais donner la rétribution maximale représente-t-il le zénith du service ? Certains le considèrent comme le zénith, oubliant que la rétribution maximale change avec les circonstances. Donner la rétribution maximale doit être considéré comme un zénith relatif et non comme le zénith suprême. On doit donc garantir une rétribution maximale assujettie aux circonstances et l’augmenter continuellement. Nous devons communiquer cette idée aux masses et les encourager à soutenir notre noble mission. Chaque fois que nous avons l’intention de mettre en pratique une théorie, nous devrions nous rappeler que nous vivons dans le présent puis nous devrions mettre en pratique la théorie. L’ordre de Shiva était d’avancer en maintenant une association avec la réalité présente. C’était l’ordre de Shiva. Le marxisme viola complètement ce principe fondamental, ce qui explique pourquoi le marxisme a éclaté en morceaux sous l’impact des circonstances. Bheuṋge geche mor svapnera ghor Chiṋŕe geche mor viińára tár [L’ivresse que m’a donnée mon rêve s’est perdue,

  La corde de ma lyre s’est cassée.]

Supposez qu’il y a une lampe brillante. Les insectes se précipiteront sur elle par centaines ou milliers et se brûleront. De même le communisme était comme une lampe brillante. Les marxistes bâtirent des châteaux en Espagne. Ils firent beaucoup de grands discours, mais ne pensèrent jamais à l’application pratique de leur approche socio-économique. Ils tuèrent de nombreux innocents et envoyèrent une multitude d’autres dans des camps de concentration au nom de cette prétendue idéologie. Staline tua des centaines de milliers de gens au lieu de les aider en donnant une rétribution à tous. Il élimina tant de personnes au nom du bien des masses. Ce n’est pas de l’humanisme. Aujourd’hui les gens ont flanqué le communisme à la porte. En Chine, le peuple a récemment réclamé des « libertés de base ». Cette demande fut considérée comme illégale et l’on écrasa leurs auteurs. Les gens ne sont-ils pas en droit de demander des libertés de base ? Tout ce qui est réalisable et pratique a été dit dans la PROUT. Le marxisme bâtit des châteaux en Espagne et encouragea les gens à faire un rêve insensé. La PROUT n’a pas fait cela et la PROUT ne le fera pas. La PROUT fera ce qui est réalisable et pratique. Si les gens ordinaires et les gens méritoires sont traités sur un pied d’égalité, les gens compétents ne seront pas encouragés à développer leur plus grand potentiel. C’est la raison pour laquelle l’Inde connaît une fuite des cerveaux. Lorsque les talents quittent l’Inde, ils le font pour de bon. Si l’on donne une rétribution spéciale à ceux qui jouissent de capacités hors du commun, on peut arrêter l’exode des cerveaux. L’approche de la PROUT est de garantir le minimum vital à tous, de garantir la rétribution maximale à tous, et de garantir une rétribution spéciale aux gens dotés de talents particuliers. Cette approche assurera une accélération toujours croissante dans la sphère socio-économique. Le problème de la rétrogradation ne se pose plus ; comme la question du maintien de la vitesse ; il doit y avoir accélération. L’accélération est l’esprit de la vie, l’esprit de l’existence, l’esprit de la faculté existentielle. Même si l’on n’est pas un génie et que l’on fait partie du petit peuple et même si l’on n’est ni reconnu ni respecté de tous, on recevra un minimum vital et une rétribution maximale sans cesse revalorisés, en fonction de l’environnement et de la demande du jour.

   Alors en quoi cette nouvelle approche est-elle importante ? 
  1) Le minimum vital devra être garanti à tous.
  2) Des rétributions spécifiques devront être garantis aux personnes talentueuses. Les rétributions spéciales sont données aux individus de calibre exceptionnel selon les conditions de l’époque en question. 
  3) La rétribution maximale devra être garanti à tous, même à ceux qui n’ont pas de qualités particulières – aux gens du commun, de calibre commun. La rétribution maximale devra être garanti à tous et dépend de l’environnement. Cette rétribution est pour les gens de  calibre ordinaire – le petit peuple, la soi-disant humanité opprimée. 
  4) Les trois points ci-dessus sont des processus sans fin et ils feront l’objet de réévaluations régulières compte tenu des potentialités collectives. 

Cette addition à notre philosophie est peut-être petite, mais elle est progressiste de nature et de caractère. Elle a des implications considérables pour l’avenir. J’espère que vous réaliserez son impact et toutes ses potentialités.

Calcutta, le 13 octobre 1989.

�Capitalisme en trois sphères




Avant de vouloir lutter contre toutes les exploitations, nous devons comprendre clairement la nature de l’exploitation. La société humaine est aujourd’hui sujette à une exploitation féroce de la part des capitalistes. En étendant ses tentacules de parasite à tous les aspects de la vie humaine, l’exploitation capitaliste a amené l’humanité au bord de la catastrophe. Selon la PROUT, l’exploitation capitaliste touche trois sphères - la sphère physique, dont nous avons pleinement conscience, et les sphères intellectuelle et spirituelle. Tous ces types d’exploitation sont également dangereux.

Pour résoudre le problème de l’exploitation capitaliste dans la sphère physique, nous devons nous assurer que le capital n’est pas réservé ou immobilisé par une poignée de capitalistes. Moins l’on touche à la mobilité optimale de l’argent, plus la vie socioéconomique et le corps collectif s’en trouvent fortifiés et revigorés.

Capitalisme intellectuel

Dans la sphère psychique, on note un manque de motivation et d’effort de la part des gens intelligents et éduqués pour utiliser leurs connaissances dans l’intérêt général. C’est la psychologie d’une classe apathique et élitiste qui ne veut pas descendre de son piédestal pour servir le bien du petit peuple. Cette psychologie engendre un type particulier de capitalisme intellectuel. Le capitalisme intellectuel cause un certain nombre de problèmes urgents dans la société. Premièrement, le degré d’alphabétisation d’une grande part de la population reste très faible. Deuxièmement, les peuples indigènes ne sont pas encouragés à développer leur conscience socioéconomique. Troisièmement, on soumet les gens à des complexes d’infériorité ou de peur pour les maintenir dans un état de fragilité psychique. Quatrièmement, on empêche les êtres humains de se développer intellectuellement ou moralement et le primitivisme et l’irrationalité deviennent des problèmes endémiques. Enfin, d’étroits sentiments comme le géo-sentiment et le socio-sentiment se mettent à exercer une influence destructive sur la société. En conséquence, l’exploitation intellectuelle, les théories et doctrines dogmatiques et les superstitions et rituels religieux se répandent partout. L’inertie intellectuelle peut atteindre de dangereuses proportions. Profitant de cette stagnation intellectuelle, quelques capitalistes rapaces tissent sournoisement leur toile subtile d’exploitation et aspirent la vitalité de la société. C’est ce processus qui permet aux capitalistes de perpétuer leur règne insidieux d’exploitation. Cela fait longtemps que les gens protestent vivement contre le capitalisme et ils ont lancé en maintes occasions des campagnes contre l’exploitation capitaliste. A l’affût de tout mécontentement populaire dirigé contre le système capitaliste, les capitalistes ont continuellement changé leurs méthodes d’exploitation. Par exemple, ils ont acheté les intellectuels mécontents qui sont devenus les outils de leur exploitation dans le domaine économique. Le capitalisme s’est toujours adapté aux circonstances. Ainsi nous voyons qu’à différentes périodes il y a eu différentes formes d’exploitation capitaliste tel que le féodalisme, le capitalisme du laisser faire, l’impérialisme, le colonialisme, le néo-colonialisme, l’économie mixte, les entreprises multinationales, etc. Aujourd'hui, même le communisme qui fut autrefois une arme mortelle contre l’exploitation capitaliste est devenu un outil émoussé et obsolète. L’exploitation psycho-économique est la dernière forme d’une exploitation capitaliste dangereuse et omni dévorante. C’est une exploitation d’un type particulier qui affaiblit et paralyse les gens psychologiquement de diverses manières pour mieux les exploiter économiquement. Voilà quelques-unes de ces méthodes d’exploitation psycho-économique : - Répression des langues indigènes et de la culture locale. - Diffusion à grande échelle d’une pseudo-culture, illustré par la littérature pornographique, qui abaisse l’esprit et sape tout particulièrement la vitalité de la jeunesse. - De multiples règlements sont imposés aux femmes afin de les rendre économiquement dépendantes des hommes. - Un système éducatif manquant de psychologie et dans lequel les ingérences politiques des intérêts en place sont fréquentes. - La négation de la spiritualité (dharma) au nom du laïcisme. - La balkanisation de la société en de nombreuses castes et groupes. - L’utilisation de méthodes de contraception contre nature et malsaines qui ont des conséquences désastreuses pour la société. - La concentration du contrôle des médias, comme les journaux, la radio et la télévision, dans les mains des capitalistes. L’exploitation intellectuelle tout comme l’exploitation psycho-économique constitue un grand danger pour la race humaine aujourd’hui. Pour contrer cette menace on doit générer sans tarder un puissant sentiment populaire pour la libération de l’intellect. Pour cela, le premier élément nécessaire est que les intellectuels gardent leur intellect pur et sans tâche. Se débarrassant de toute leur inertie et préjugés, les intellectuels devront se mélanger au petit peuple et s’engager pour leur cause. Ils devront aider les petites gens à se développer et apporteront leur support à tous les mouvements anti-exploitation. Cette approche contribuera à éradiquer l’exploitation, à stabiliser la structure de la société et accroître le niveau intellectuel du peuple. La société humaine avancera à grands pas vers un avenir brillant.

Capitalisme spirituel

Après les sphères physique et intellectuelle c’est le domaine spirituel que le capitalisme envahit également. Certaines personnes, négligeant famille et société vont dans des grottes de montagne pour pratiquer de sévères pénitences et réaliser leur désir d’émancipation spirituelle. A cause de leur égoïsme, ils gardent leur connaissance spirituelle pour eux-mêmes et ne prennent pas la peine d’éveiller la conscience spirituelle de l’individu ou de la collectivité. C’est du capitalisme dans la sphère spirituelle. C’est abuser l’esprit même de la pratique spirituelle, qui est : Átma mokïárthaî jagaddhitáya ca « Réalisation de soi et service à l’humanité. » Pour un spiritualiste, toute chose - du Créateur à un simple brin d’herbe - est la manifestation de l’Etre Suprême. L’équanimité est l’une des caractéristiques principales de la spiritualité. Sans cette qualité, on ne peut s’installer dans l’état suprême et son mouvement vers l’Etre Suprême sera freiné à chaque pas. Dans l’ancien temps, nombre d’individus se retrouvèrent dans cette situation tragique. Pratiquer une spiritualité authentique est le droit de tous. Dans tous les domaines de la vie collective – économique, politique, social, etc. – une approche scientifique et rationnelle est essentielle. Il est urgent d’inculquer les valeurs humaines cardinales. C’est la demande de l’époque. Parce que de telles valeurs font défaut dans la vie sociale, les incongruités et les confusions sont légion dans la société. Aujourd’hui, la vie individuelle ou collective a grand besoin d’une révolution spirituelle totale sous la direction d’un groupe de leaders compétents et idéalistes. Ces leaders devraient être dotés d’une grande force spirituelle et leur idéologie devrait reposer sur la base ferme de la spiritualité. On appelle ces leaders hautement qualifiés des sadvipras. Ils sont garants du progrès social en tout pays et en tout âge. Tous les spiritualistes authentiques devront se mettre au niveau de la terre poussiéreuse, inspirés par l’amour spontané qui les habite. Ils devront partager leur richesse intellectuelle avec d’autres pour alléger les chagrins et souffrances de l’humanité. Avec leurs conseils et leadership, ils feront naître un nouveau tour d’esprit qui amènera l’humanité sur un chemin totalement nouveau. Ils éveilleront le pouvoir spirituel latent des êtres humains. Par leurs efforts et leur inspiration, l’homme nouveau d’une génération nouvelle sera armé d’un optimisme [à tout épreuve], d’une vision du futur neuve et audacieuse et marchera en avant triomphalement.

Calcutta, 1981

�Les défauts du communisme – Section A




Il y a des gens qui font de grands discours sur l’économie ou la philosophie et qui font croire aux autres que ces idées ou théories seront à même d’amener l’émancipation du peuple et de l’unir. Ils voient tous les autres du point de vue de leur utilité sans créer en eux la moindre motivation ou inspiration, le moindre intérêt pour le travail, et sans reconnaître la valeur de l’efficacité d’un individu. En faisant des discours superficiels et en propageant des slogans creux, ils créent en fait de manière sournoise des divisions artificielles entre les êtres humains. Chaque fois que ces sentiments sources de discorde font l’objet d’attaques même légères, ils se protègent en prétendant qu’il s’agit d’une action politique, pas d’un crime social et qu’ils ne peuvent donc être punis pour elle. Un grand nombre de personnes suivent aveuglément les dogmes des prétendues religions. Une religion est un assemblage « d’ismes » et un « isme » est un assemblage de dogmes. (Dans le langage courant « religion » est l’équivalent du mot sanscrit dharma, mais dans la langue de la philosophie « religion » et dharma ne sont pas la même chose.) La religion qui traite d’idées abstraites ayant trait à la conscience individuelle, la Conscience Suprême et le monde manifeste n’est pas le seul type de religion. Il y a certains « ismes », fondés sur différents types de dogme, qui ont toute l’apparence et le fonctionnement d’une religion dans le domaine socio-économique. Et tout comme les religions délivrent souvent des enseignements défectueux aux êtres humains et les incitent au conflit communautaire, de même, ces « ismes » particuliers dégénèrent les êtres humains jusqu’au stade de l’animalité au nom de la lutte des classes. Les gens d’une même religion, sont divisés en divers groupes et sous-groupes. Le jainisme par exemple est composé des sectes Shvetámbar, Digambar et Therápanthii. Parmi les bouddhistes, il y a les sectes Maháyánii, Hiinayánii, Lámávádii, Sthavirváda, Sammitiiya, etc. De même, dans une religion socio-économique, vous avez dû voir comment un parti politique ou économique donné se fragmente en de nombreuses branches en raison de petites différences d’opinions. Ceci est arrivé, arrive et continuera d’arriver. On doit être tout à fait clair sur ce point. Tout comme le monde souffre de l’oppression intense de la religion, il est menacé de désintégration par les intimidations des religions socioéconomiques. Les êtres humains qui aiment la paix, la civilisation, devront trouver une façon de se protéger de ces problèmes. Ils devront agir. En suivant le chemin de la moralité, les êtres humains devront avancer vers la libération avec persévérance et rationalité. Il n’y a pas d’alternative.

Calcutta, le 10 avril 1988. Tiré de Shabda Cayaniká Part 16. �Les défauts du communisme – Section B





Une autre signification du mot acala est dharma, droiture. Le dharma est à jamais fermement installé dans sa position alors que les êtres humains chancellent. Parfois les êtres humains sous l’influence d’un fourvoiement, de philosophies défectueuses, de mauvaises fréquentations ou de mauvaises directions, sortent des limites du dharma, amenant les pires calamités sur eux-mêmes et la société. Vous avez peut-être remarqué qu’il arrive aux marxistes de crier à tue-tête jusqu’à s’enrouer pour proclamer qu’ils n’acceptent pas le dharma. Ils sont effet pris dans le piège de leur philosophie défectueuse et leurs dirigeants sont pris dans le même piège. Ils ont liquidés des centaines de milliers d’honnêtes gens, d’innocents, sur des accusations peu convaincantes sans même le simulacre d’un procès. Etait-ce un acte humanitaire ? Ce génocide bestial eu lieu parce que les marxistes s’étaient écartés du chemin du dharma. Aujourd’hui ces individus méritent la condamnation la plus sévère de la part de l’humanité. C’est un péché de gaspiller les deniers publics pour construire de gigantesques monuments ou des routes à leur mémoire. Tant qu’ils n’ont pas capturé le pouvoir politique dans un pays, ces hypocrites répètent comme des perroquets les doux slogans de la démocratie juste pour nourrir leur image. Mais une fois qu’ils sont au pouvoir, ils jettent sans le moindre scrupule la démocratie à la poubelle et à l’aide du rouleau compresseur d’une impitoyable dictature de parti ils brisent les sensibilités humaines les plus subtiles et les valeurs humaines les plus hautes.

Le 10 juillet 1988. Tiré de Shabda Cayaniká Part 17. �Les défauts du communisme – Section C





Le terme « communisme » est dérivé du mot « commune » qui comprend le préfixe « co », la racine « mun » et la terminaison « e » indiquant le féminin. « Co » signifie « ensemble » et « mun » signifie « faire quelque chose », donc « commune » veut dire « faire quelque chose ensemble ». « Commune » plus « isme » donne « communisme ». Le terme « communisme » ne s’applique que là où existe le système de commune. Ceux qui suivent le système de commune sont communistes. Dans le système de commune, comme tout est imposé depuis le haut il n’y a aucun lien entre les personnes qui font quelque chose ensemble. Le mot « commune » tel que Karl Marx l’employait, est donc impropre et trompeur. Bien que Marx ait dit beaucoup de choses, nous ne voulons traiter dans cette discussion que les éléments dans sa philosophie qui allaient à l’encontre de la psychologie humaine. En d’autres mots, nous nous limiterons aux aspects de sa philosophie qui tentent de bâtir des châteaux sur des sables mouvants. Le communisme est basé sur une philosophie matérialiste grossière. Son but est de jouir de tout ce que l’on obtient, même si cela prive les autres [de leur dû]. Aucune place n’est laissée à la culture du flot intellectuel de l’esprit vers l’entité au sommet. Quand le psychisme prend la forme de son objet – le psychisme est pulvérisé que l’objet soit grossier ou subtil. La tendance naturelle de l’esprit est d’aller vers le bas, mais quand l’esprit contemple la plus subtile des entités il se convertit lentement en âme [pure conscience]. Un aspirant spirituel se doit d’élever son esprit. Quand l’objet est subtil l’esprit devient subtil et lorsque la structure psychique devient subtile la capacité de contemplation se développe et les idées que l’on génère se font plus nobles. Si l’on médite sur la matière l’esprit deviendra grossier et matérialiste. Si l’esprit médite constamment sur le système de commune, se fera-t-il plus subtil ou plus grossier ? Il deviendra certainement grossier car dans le système communiste il y a un manque flagrant d’humanité et de moralité. La théorie même du communisme rend l’esprit grossier. Le communisme est incapable de fournir l’environnement nécessaire à la création d’une structure psychique et intellectuelle forte et solide. C’est pour cela que la fermeté morale – l’inviolabilité de la moralité – s’est perdue dans les pays communistes. Ce phénomène eut lieu en Inde, juste avant l’Age Bouddhiste à cause de l’influence de la philosophie cárvaka. La philosophie cárvaka, bien que de nature matérialiste, s’élevait contre « l’élucubrationisme » védique. A cette époque il n’y avait pas une pincée de moralité – la société avait perdu toute sa vigueur morale. Aujourd’hui la même chose arrive et continuera d’arriver dans les pays communistes. Dans les pays communistes, il n’y a pas d’inviolabilités dans la vie morale - la société est dépourvue de principes moraux. Au nom de cette théorie défectueuse un des dirigeants de l’Union Soviétique tua plus de 500 000 personnes et envoya un nombre beaucoup plus important à des camps de travail forcé en Sibérie. Parmi toutes les théories antihumaines et meurtrières que l’on a créé en ce monde, le communisme est la plus barbare. Il est temps pour elle d’être mise à jamais au rebut. Il y a quelques jours, il était mentionné dans les journaux qu’en Chine communiste un million d’enfants illégitimes naissent chaque année. Cela prouve que le communisme encourage l’immoralité. Si cette immoralité reste inchangée, elle rongera la société humaine et causera un marasme dans l’ordre social. A la fin, l’entière structure sociale sera détruite. Nous ne pouvons tolérer une telle philosophie. L’idée même de cette philosophie est révoltante. Les pays dont les citoyens sont à la fois laborieux et intellectuellement développés n’ont jamais accepté le communisme. Karl Marx par exemple naquit en Allemagne, mais sa théorie ne fut pas acceptée là-bas. De même, l’Angleterre donna refuge à Marx, mais n’accepta pas sa théorie. Le mouvement coopératif naquit en Angleterre et de nombreux aspects de la société britannique reflètent cet esprit de coopération ; par conséquent, le marxisme n’a pas été capable de s’imposer en Grande-Bretagne. Le Japon est entouré de pays communistes comme l’Union Soviétique, la Corée du Nord et la Chine, mais n’a pas accepté le communisme. Les citoyens de ces pays et de certains autres pays sont à la fois laborieux et intellectuellement développés, aussi ont-ils rejeté le marxisme. Récemment en Inde, quelques étudiants méritoires acceptèrent le marxisme comme la meilleure théorie d’un mauvais lot, mais ils ne l’embrassèrent pas comme leur idéologie de vie. Maintenant la crème des étudiants d’université n’est pas attirée par le marxisme parce que le marxisme est le symbole de la vacuité intellectuelle. La relation entre le communisme et l’intellectualité est comme la relation entre un serpent et un furet. Tout comme c’est la nature du furet de dévorer le serpent, les gens intellectuellement développés peuvent facilement exposer les défauts du marxisme. La philosophie de Gandhi mourut avant que l’Inde n’obtienne l’indépendance – elle mourut bien avant que Gandhi ne décède. Mais le communisme survit longtemps après la mort de Marx. Il a survécu par la force des armes et de la propagande. Si l’on fait continuellement la promotion de quelque chose, les gens commencent à penser que l’idée propagée doit avoir du vrai. Par exemple, si quelqu’un dit continuellement que Gopal est un très mauvais garçon, les gens finiront par le croire. Gopal deviendra à leurs yeux un mauvais garçon. Les communistes font constamment la promotion de leur théorie. Ce bourrage de crâne leur permet de faire rentrer dans les esprits toutes sortes d’idées incorrectes. C’est par cette propagande continuelle sur leur théorie incorrecte qu’ils créent leurs sympathisants, mais ces cadres souffrent d’un manque d’intellect. Lorsque des intellectuels leur posent une question quelconque ils sont incapables de répondre, ce qui les met hors d’eux. Dans les pays communistes, les dirigeants du parti s’efforcèrent par tous les moyens possibles - force des armes, terreur et contrôle de la liberté d’expression - de garder les gens opprimés. Mais aujourd’hui la conscience des cadres dirigeant le parti s’est révoltée contre ces méthodes. C’est la raison pour laquelle le mouvement étudiant en Chine n’a pas été réprimé pendant longtemps. Les pays communistes sont en train d’abandonner le système défectueux des communes parce qu’il cause souffrances et pénuries alimentaires. Les communistes sont en train d’abandonner le système de commune parce que ce système pourri ruine la santé de la société. Les dirigeants communistes qui fixaient pour le peuple de prétendues lignes de conduite ont eux-mêmes abandonné le chemin du communisme. Il est clair que le marxisme a échoué théoriquement, mais maintenant il a aussi échoué en pratique dans ces pays qui suivent le marxisme. Les péchés que le marxisme a commis ont eu pour résultat son annihilation. Toute théorie, principe, idée ou proposition doit s’appuyer sur un fondement solide. C’est un impératif essentiel. Toute chose dans le domaine physique ou psychique se déplace dans la sphère d’influence des trois facteurs relatifs suprêmes – temps, espace et individualité. Théories et propositions ne font pas exception à cette règle. La démocratie est un progrès retardé – le progrès n’est ni rapide ni accéléré. Dans les démocraties capitalistes, il est possible d’acheter des votes et les pauvres ne peuvent donc pas disputer des élections. Peut-il y avoir une harmonisation entre pseudo-capitalisme et pseudo-communisme comme l’a tenté l’Eurocommunisme ? L’expérience du pseudo-communisme fut une fois tentée par Hitler et Mussolini. Le pseudo-communisme a toutes les apparences du communisme mais diffère dans la pratique. Les national-socialistes d’Europe comprenaient Mussolini en Italie, Hitler en Allemagne et Franco en Espagne. La proposition du communisme n’a pas d’assise sur laquelle se tenir. Sa propre base est branlante. Ce n’est ni une théorie, ni un principe, ni une proposition. Le terme qui s’applique aujourd’hui le mieux au communisme est « révisionnisme » ou « pseudo-révisionnisme ». « Pseudo » est un mot latin d’origine germanique. Il ne signifie pas « faux ». Il signifie « semblable dans une certaine mesure à l’original mais pas exactement comme l’original ». Toute politique pseudo-révisionniste viole le principe de la faculté vitale – il viole la faculté existentielle. C’est une motion anti-psychisme qui s’attaque à la graine d’une pousse vivante et l’on ne peut donc jamais l’accepter. C’est comme la lueur temporaire d’une flamme – elle existe seulement pour une courte période et après sa triste mort, elle ne laisse derrière aucune marque dans l’histoire humaine. Tel sera le destin du communisme. C’est une politique ou proposition basée sur le pseudo-révisionnisme. Ce pseudo-révisionnisme nuit à la faculté existentielle et c’est pourquoi il doit être rejeté au tout début [de son développement]. Ce phénomène s’est produit dans le monde de l’intellectualité. Le communisme est mort prématurément. Si une théorie incorrecte a sévi pendant longtemps, lorsque la réaction contre elle se pointe finalement, elle ne dure qu’un temps court et est intensément destructive, comme un ouragan. Aujourd’hui le communisme brûle dans le feu de ses propres imperfections et votre travail est d’attiser ce feu. Toute la société humaine va devoir se racheter pour les péchés commis par le communisme – même les innocents n’y échapperont pas. Cette dangereuse théorie a commis nombre d’atrocités contre la société et continuera de le faire jusqu’à ce qu’elle soit finie en nom comme en théorie. Bien que le communisme soit mort en théorie, il continue d’exister en nom. Comme cette théorie est extrêmement nuisible à l’existence humaine soyez sûr de l’éradiquer aussi en nom aussitôt que possible.

Calcutta, 14 juillet 1988

�Dynamique économique





Tout mouvement dans cet univers est systolique. Rien n’avance en ligne droite. En raison de ce mouvement, des chocs et cohésions internes prennent place. Les hauts et les bas de la vie socio-économique dans les différentes phases de l’ordre social sont le produit de ce principe systolique. Quand la période de pause est longue, la société traverse une phase de stagnation prolongée et elle peut perdre toute sa dynamisme et même cesser d’exister. Si la phase de pause manque de dynamisme, il est possible qu’aucune phase dynamique ne lui fasse suite. Le déclin du capitalisme comme du communisme est inévitable en raison de leur statisme inhérent. Le capitalisme comme le communisme est au seuil de l’extinction dans ce monde. Les sphères internes et externes du capitalisme sont animées d’une accélération normale, mais il y a une contradiction entre ses sphères internes et externes. Les contradictions du capitalisme découlent de sa psychologie égocentrique axée sur le profit et d’une accumulation des richesses qui se fait dans l’intérêt de quelques-uns plutôt que dans l’intérêt de tous. Le capitalisme n’est donc pas propice au progrès harmonieux de l’humanité. Le jour où le capitalisme éclatera comme un vulgaire pétard arrivera certainement. Le marxisme aussi est un phénomène transitoire. Dans la sphère externe du marxisme, il y a seulement une accélération normale et dans la sphère interne il y a de la stagnation. Le résultat est un dynamisme négatif. C’est pourquoi le marxisme ne pourra non plus jamais être un succès. Le marxisme est exactement comme une comète de course parabolique – il n’est pas d’ordre hyperbolique. Le marxisme peut seulement mener la société à un état omni-statique ; c'est-à-dire à un état de nihilisme ou de cynisme - une sorte de négation [de la vie].

Les dépressions économiques – le résultat du statisme

Dans la sphère économique, les dépressions sont inévitables dans les pays capitalistes comme dans les pays communistes en raison de cette même nature intensément statique qui leur est inhérente. Les dépressions économiques sont en fait le résultat direct de la répression et de l’oppression – c'est-à-dire de l’exploitation. Lorsque l’exploitation atteint son point culminant, la mobilité et la vitesse de la société deviennent pratiquement nulles. A ce stade, c'est-à-dire, à ce point culminant, une explosion naturelle a lieu. Dans le cas du monde matériel, l’explosion est de nature matérielle et dans la sphère psychique l’explosion est d’ordre psychique et ainsi de suite. Les dépressions peuvent se produire dans les quatre âges – l’âge des prolétaires (shúdra), des guerriers (kśattriya), des intellectuels (vipra) et des commerçants (vaeshya). Les dépressions peuvent aussi survenir dans la vie culturelle de la société à cause de l’oppression et de la répression. En conséquence, tout aspect de la vie culturelle se pervertit et dégénère. C’est la raison pour laquelle nous avons des formes perverties de littérature, de musique, de danse, d’art, d’architecture, etc. Dans la vie sociale comme économique cette dépression se fait [vite] insupportable pour tout un chacun. Une telle dépression eut lieu entre 1929 et 1931. Pendant cette dépression, au Bengale, cinq kilos d’aubergine se vendaient un centime et quarante kilos se vendaient huit centimes au marché de Burdwan, mais il n’y avait personne pour les acheter. Il y avait aussi de grosses compressions de salaire et les gens étaient forcés d’accepter des baisses de salaire de 10 % ou plus. Aujourd’hui aussi, nous avons presque atteint le stade de cette réaction sévère. L’explosion viendra d’ici deux, trois ou cinq ans. Elle surviendra sûrement dans les dix ans qui viennent. La différence entre la dépression passée et la dépression à venir est que la dépression précédente contenait peu d’inflation, alors que la dépression prochaine sera associée à l’inflation. Aussi sera-t-elle plus nuisible au développement harmonieux de la société humaine. Cette dépression se produira dans la section industrielle de l’économie commerciale. Elle aura des effets étendus et dévastateurs pour l’humanité. On doit s’efforcer de réduire la durée de cette dépression économique. Avant d’atteindre le point culminant final, il est possible d’empêcher le désastre et d’accélérer le mouvement social. Nous pouvons le faire en créant une onde de choc socio-économique et culturel à travers toute la structure sociale grâce à la PROUT. Comme le monde passe par une phase des plus critiques, nous devons être plus actifs et créer cette onde de choc. Si l’onde positive que nous créons coïncide avec l’explosion, l’effet en sera excellent. Il faut ici garder à l’esprit que l’inflation comme la dépression résulte du statisme. Si la production dans un pays est abondante et les réserves d’or sont à la mesure de la position économique du pays, il n’y a pas de possibilités d’inflation. Toutefois, si la circulation du capital baisse en raison du statisme et le niveau de production diminue aussi, alors l’inflation ne peut que se produire. Si un pays enregistre un constant déficit dans son commerce extérieur, dans ce cas aussi il y a possibilité d’inflation. De surcroît, si le commerce extérieur ne se fait pas par le système de troc et le pays doit importer des denrées alimentaires et exporter des matières premières, il se produira certainement une inflation. D’autre part, si la production est suffisante et l’approvisionnement adéquat, mais le niveau de la demande tombe, alors la valeur de l’argent augmente soudainement pour l’acheteur. On appelle cela « inflation négative » ou « déflation ».

Les causes de la dépression

Les dépressions économiques ont deux causes principales – premièrement la concentration de la richesse et deuxièmement des blocages dans la circulation de l’argent. Si le capital est concentré dans les mains d’un petit nombre d’individus ou de l’état, la plupart des gens seront exploités par une poignée d’exploiteurs. Par suite à ce processus d’exploitation sévère, une sérieuse explosion se produit. Cette explosion est qualifiée de dépression dans le monde économique. La cause fondamentale de la dépression est la concentration de la richesse et en particulier la concentration de la valeur de la richesse. Deuxièmement, une dépression peut se produire quand l’argent que possèdent les capitalistes privés ou d’état arrête de tourner. L’argent demeure inerte ou inutilisé parce que les capitalistes pensent que si l’on autorise l’argent à circuler librement, leurs profits diminueront, même si cela soulage les petites gens. La psychologie même des capitalistes est de tirer profit de la circulation de l’argent. Quand ils se rendent compte que leurs investissements de capital ne génère pas le profit qu’ils en attendaient, ils arrêtent de faire circuler l’argent. Cela rend l’argent immobile ou inerte ; par conséquent, il n’y a plus d’investissements, plus de production, plus de revenus et donc plus de pouvoir d’achat. La situation devient si critique que peu d’acheteurs sont en mesure d’acheter les produits. S’il y a un surplus de main d’œuvre et un déficit de production, l’effet de la dépression est plus grave. Le Bihâr, l’Andhra Pradesh en particulier la région de Telengana et l’Orissa sont des zones de surplus de main d’œuvre, donc, lors d’une dépression, ces régions pourraient être frappées par de fermetures de commerces et des licenciements. Lorsque les salaires chutent, les habitants des régions de surplus de main d’œuvre qui avaient coutume d’aller dans les régions de main d’œuvre déficitaire pour travailler rencontreront plus de problèmes. Cela aggravera le problème de chômage dans les régions de surplus de main d’œuvre. Dans de telles conditions, restreindre le transfert de nourriture d’une communauté socio-économique à l’autre pourrait aboutir à une sévère pénurie de nourriture dans les zones déficitaires en production et l’on ne devrait donc pas décréter d’embargos sur la nourriture. Les pays et régions avec un surplus de production et un déficit de main d’œuvre sont normalement moins touchés par la dépression.

Les effets des dépressions économiques

Une dépression dans les pays capitalistes n’épargnera pas les états communistes ou soi-disant socialistes, l’Inde et le Moyen-Orient. L’Inde exporte de nombreuses matières premières aux pays industriellement développés et leurs satellites. L’Inde achète aussi des matières premières comme le coton brut d’autres pays, bien qu’elle ait exporté de tels produits dans le passé. Par conséquent, l’Inde sera affectée à l’échelle de sa dépendance vis-à-vis d’autres pays pour ses exportations ou ses importations. L’Inde a aussi d’immenses emprunts et ces emprunts mettront l’économie indienne à rude épreuve pendant la dépression. Les retombées de la dépression n’épargneront pas l’Inde. Si l’on y réduit les échanges financiers ou monétaires – ou encore les échanges qui concernent l’or – et l’on accroît le troc, alors l’Inde ne sera pas beaucoup affectée par une dépression. L’Inde se doit donc d’accroître son éventail de produits troqués. Le Bangladesh exporte des produits manufacturés, du jute brut et du cuir et importe des denrées alimentaires et presque tous les autres produits. Si le Bangladesh veut éviter une dépression, il n’aura d’alternative que d’augmenter son troc. Avec le temps, les pays arabes – ceux qui vendent du pétrole – seront les plus affectés. Même les pays communistes ne pourront échapper aux ravages d’une dépression. Ces pays n’ont pas été capables de résoudre leurs problèmes alimentaires. Bien qu’ils aient d’immenses stocks tampons, ils dépendent du Canada, des USA et de l’Australie pour leur blé. Si ces pays basés sur le dollar subissent une dépression, elle affectera certainement, dans une moindre mesure, les pays communistes. La dépression n’est pas un phénomène naturel. La pause est un phénomène naturel. Dans une structure PROUTiste, la pause se produira ne mais pas la dépression. Pour sauver la société de la dépression, l’approche de la PROUT est d’accroître le pouvoir d’achat en augmentant la production, de réduire les inégalités de richesse et d’accélérer la circulation de l’argent ; autrement dit de faire tourner l’argent. Les slogans vides ne feront pas l’affaire. Il faudra prendre soin d’augmenter le niveau de la production. Dans les pays capitalistes ou communistes, le mode de production est défectueux. Dans les pays capitalistes, les ouvriers ne travaillent pas dans l’intérêt du patronat et le patronat n’autorise pas la circulation du capital pour s’assurer de la concentration de la richesse. Dans les pays communistes, les ouvriers ne se sentent pas en unisson avec leur travail et c’est pourquoi la production y est si lente. Le modèle coopératif de la PROUT est dépourvu de ces deux séries de défauts. La PROUT est bien adaptée aux idéaux et sentiments humains. Les autres systèmes socio-économiques sont incompatibles avec l’existence et l’élévation humaines.

Inflation monétaire

Dans les économies capitalistes, la production se fait pour le profit du capitaliste et le profit va aux particuliers, aux sociétés et dans les caisses de l’état. Dans les économies socialistes ou prétendument communistes, le profit va dans les caisses de l’état et seule une fraction microscopique arrive aux réels producteurs. Dans les deux cas, il s’agit bien de capitalisme, et chaque fois qu’un nouvel investissement financier est requis cela provoque une inflation. Dans une économie PROUTiste, la production se fera uniquement pour la consommation. Comme elle ne sera pas motivée par le profit, l’inflation ne pourra s’y développer et l’inflation existante mourra progressivement. Dans la production et consommation PROUTistes, dans une première phase, la valeur de la monnaie restera constante et un véritable pouvoir d’achat sera garanti à la population. Dans la deuxième phase, quand la production augmentera dans l’ordre économique réformé, la monnaie reprendra sa valeur de marché normale. Finalement, après consommation, la monnaie retrouvera sa valeur réelle. L’inflation sera maîtrisée et le pouvoir d’achat ainsi que l’accès aux nécessités essentielles seront garantis à la population. La deuxième phase durera dix à quinze ans. Après l’expiration de cette période, c'est-à-dire, dans la troisième phase, le niveau des besoins minimums augmentera et les gens acquérront plus de pouvoir d’achat. Ce pouvoir d’achat s'accroîtra à une allure accélérée. L’impression et l’émission de papier-monnaie non convertible en or ou en argent doivent cesser immédiatement et de nouveaux billets convertibles en or ou argent doivent être émis sous des formes et couleurs différentes. Par la suite, le gouvernement ne pourra émettre de billets de banques que s’il est prêt à les échanger au besoin pour leur valeur or. Seul un gouvernement PROUTiste peut accomplir cela.

Inflation de la production

On ne peut non plus ignorer le problème de l’inflation de la production. L’inflation de la production peut se produire pour deux raisons. Premièrement l’application de méthodes scientifiques fait que la production de certains articles dépasse les demandes et besoins d’une région socio-économique donnée. Le problème qui se pose alors est comment vendre et consommer cet excès de production ou surproduction. Deuxièmement, il se peut aussi que la production de marchandises se mette soudainement à augmenter dans certaines circonstances et il devient difficile de trouver un marché pour cette production. On peut maintenant se demander si une telle production sera en mesure d’accroître le pouvoir d’achat et d’élever sa qualité. En règle générale une telle production n’est pas un gros problème, pas un problème chronique, mais si l’on ne prend aucune mesure pour trouver un marché à cette surproduction, elle peut se transformer en crise grave. Trois mesures permettent de maîtriser ce problème. Pour commencer un système de libre-échange doit permettre d’écouler la surproduction dans d’autres pays ou d’autres communautés socio-économiques. En Inde, il y a une sous-production laitière sauf dans le Panjab et l’Haryana. Dans les autres états, les gens ordinaires ne peuvent se procurer du lait en quantité suffisante. Mais il y a de nombreux pays, comme certains états européens, qui ont une surproduction laitière. En Angleterre, en Allemagne et en Suède, les autorités prennent même des mesures pour encourager l’abattage des vaches. Si vu ces circonstances, on autorisait le libre-échange entre pays, les contrées de surproduction ou de sous-production pourraient faire les rééquilibrages qui s’imposent en faisant consommer les marchandises en excès par les pays de sous-production. Tous les pays concernés en bénéficieront. Ici libre-échange signifie qu’il ne devrait pas y avoir de droits pour l’export ou l’import et que ces marchandises resteront donc abordables pour les consommateurs à leur arrivée sur le marché. Deuxièmement, il faudrait partout s’équiper pour la préservation des denrées produites en excès. Dans le district de Malda au Bengale il arrive qu’il y ait une surproduction de mangues qui sont un produit périssable. Comme il n’y a pas de système de conservation, les cultivateurs de mangues doivent vendre leurs mangues pratiquement à perte. Mais s’ils pouvaient vendre les mêmes produits quatre mois plus tard, ils feraient une vente des plus lucrative. Qui plus est, si l’on y installe des usines de transformation, ils peuvent alors produire de la mangue sèche, des bonbons à la mangue, du jus de mangue, de la sauce et de la confiture, etc., que l’on peut conserver longtemps. Nombreux sont les pays en Europe et dans le reste du monde qui ne produisent pas de mangues. S’ils disposaient d’un système de conservation, les cultivateurs de mangues pourraient facilement vendre leur production à ces pays européens, ce qui serait une opération très lucrative. De nombreuses régions d’Inde produisent des légumes en abondance pendant la saison d’hiver ; par exemple, le district de Nadia, Ranaghat, Nagi, Bago, etc. A la même période les pays européens ne peuvent produire de légumes en raison du froid excessif. Si l’on installait dans ces régions des usines de transformation de légumes, elles pourraient facilement préserver ou mettre en conserve des produits périssables à base de légumes pour les exporter vers d’autres pays. Depuis Calcutta, un cargo ne met pas plus de vingt jours pour atteindre l’Europe et l’on doit faire le nécessaire pour que le produit se conserve pendant cette période. On pourrait prendre de similaires dispositions pour la feuille de bétel. Si cela était fait, les pauvres planteurs de Tomluk, Mecheda, Bagnan, etc., pourraient vivre dans l’aisance. Troisièmement, il faut inventer des manières de consommer à la fois nouvelles et diversifiées. A savoir, la consommation doit être progressiste de nature et les manières de consommer diversifiées. Par exemple, il y a à l’heure actuelle en Inde, seulement une utilisation limitée des graines de lin. Si l’on déodorise huile extraite des graines de lin, on peut très bien l’utiliser comme huile comestible. Aussi on peut manufacturer du fil de lin à partir des plantes de lin qui généralement sont gaspillées. L’Inde produit une grande quantité d’okra, mais ne l’utilise que comme un légume. Il est possible d’extraire de l’huile des graines d’okra et après traitement, elle peut être vendue comme huile de table. On peut produire du fil fin à partir du plant d’okra, fil qui permet la confection de vêtements de qualité. Au Bangladesh et au Bengale occidental il y a une surproduction de jute, qui représente aujourd’hui un sérieux problème. Ce problème peut se résoudre facilement en diversifiant les méthodes de consommations de jute. Nous pouvons par exemple extraire du fil fin du jute brut pour produire des vêtements de qualité. Dans la structure globale existante, le géo-sentiment est un obstacle à l’implémentation du libre-échange. Ni les pays capitalistes ni les pays communistes n’aiment le système de libre-échange parce qu’il nuit à leurs intérêts respectifs. Il y a pourtant dans le monde des zones de libre-échange qui sont de beaux exemples du succès de ce genre de système. Singapour est l’un de ces exemples. Le bon projet de déclarer Calcutta une zone de libre-échange ne vit pas le jour pour de nombreuses raisons parmi lesquelles l’incapacité des dirigeants concernés. Le Bengale aurait grandement profité d’un tel système. Dans une structure économique réformée – par la PROUT – il ne doit pas y avoir de droits de douanes pour l’importation ou l’exportation de produits de consommation. Si cela est fait, cette terre se transformera en une terre dorée. Le système de commune souffre de pénuries alimentaires chroniques, ce qui oblige les pays communistes à importer des denrées alimentaires des pays capitalistes, en dépit du fait qu’ils crient haro sur leurs « ismes ». Si l’on a surproduction de biens non périssables ou de matières premières, l’exportation de ces matières premières vers d’autres pays ne doit pas être autorisée. On doit plutôt transformer immédiatement les matières premières en produits manufacturés à l’endroit où elles sont disponibles. Par exemple, l’Orissa, la partie occidentale du Ráŕh, certaines portions du Madhya Pradesh et certaines parties du sud du Bihâr et du Telengana sont riches en matières premières variées. Il est facile de transformer ces régions sous-développées économiquement en zone [industriellement] avancée telle que la région du Rhin en Allemagne. Les populations [maintenant] frappées par l’indigence vivront dans l’opulence si l’on installe dans ces régions des usines transformant les matières premières en produits manufacturés. L’export de matières premières est un signe de mauvaise santé économique pour un pays. Si la surproduction est provoquée par l’application scientifique de méthodes avancées de production dans l’industrie ou l’agriculture, telle que l’emploi d’une bonne fertilisation, alors il est possible d’adapter la consommation par différentes méthodes comme celles qui sont suggérées plus haut. Cela augmentera aussi le pouvoir d’achat des gens.

À ce stade, la générosité de la nature se révélera comme l’allié le plus sûr du peuple. L’inflation de la production ne sera pas donc pas vue comme un problème dans une structure PROUTiste. 

La panacée

La PROUT est la panacée pour le progrès harmonieux de la société humaine. Sa restructuration totale de l’économie vise à établir un équilibre et une balance dans tous les aspects de la vie socio-économique. Sans la PROUT, l’émancipation demeurera un rêve utopique. Seule la PROUT peut sauver le monde de la dépression. De plus, seule la PROUT est libre de statisme et ce qu’il soit intrinsèque ou extrinsèque. Le capitalisme comporte un statisme extrinsèque et intrinsèque. Le communisme a un statisme inné à la fois extensif et intensif. Le peuple souffre des maux du statisme. Ces maux détruiront toutes formes « d’ismes » dans un avenir très proche. Les gens de sagesse doivent mettre cet instant à profit. Nous approchons de la dernière phase de l’âge des commerçants ère des (vaeshya). Si l’on crée une onde de choc [positive] cela aidera l’humanité souffrante. C’est le moment le plus opportun pour lancer une révolution totale. C’est une nouvelle sous-théorie dans la théorie PROUTiste, à laquelle on peut donner le nom de gati vijinána – la science de la dynamique PROUTiste.

Calcutta, le 13 septembre 1987.

�Dépressions économiques




Dans la sphère économique, vous devez savoir que deux facteurs sont très importants. Le premier est que l’argent doit circuler librement. Il faut comprendre que plus le pouvoir d’achat de l’argent est inutilisé, ou l’argent stagne, plus la sphère économique en pâtit. Le second est que l’argent et indirectement son intérêt, peuvent causer des disparités de richesse, s’ils perdent leur capacité à fonctionner comme un centre d’équilibre et de stabilité économiques. Si l’on oublie même partiellement ces deux facteurs fondamentaux de l’économie, une dépression économique globale en résultera. Si des pays ou des régions socio-économiques qui ont maintenu un niveau économique stable se livrent à des transactions de type monétaire avec d’autres pays, cette dépression les atteindra partiellement sinon totalement. Si des pays qui sont prospères en des domaines variés et qui n’ont pas de lien économique avec d’autres pays en dépression investissent leur capital dans des entreprises improductives telles que des dépenses excessives dans la défense, la construction de gros bâtiments, les produits de luxe, etc. – investissements qui ne génèrent aucun retour – ces pays aussi connaîtront une dépression économique. Toutefois, si un pays arrête toutes transactions financières directes ou indirectes et à la place se met à troquer avec d’autres pays, il ne connaîtra pas de dépression économique. Dans ce cas, seule une très légère dépression économique, que l’on ressent à peine, a lieu à la fin de chaque année financière, à cause de déséquilibres dans les transactions économiques. Ce type de dépression est ressenti légèrement tous les trois ans, un peu plus tous les trente ans et encore plus tous les 350 ans… Lorsque quelque chose, pour une raison ou pour une autre, descend de sa position universellement acceptée, ou sa valeur naturelle est réduite ou abaissée, nous nommons cela « dévaluation ». Quand les dirigeants d’un état ont des difficultés à équilibrer la valeur de la monnaie avec son correspondant or, ils réduisent parfois officiellement la valeur de la monnaie. On appelle cela « dévaluation monétaire ». Mais si une dépression économique frappe un pays ou le monde ce sera en raison de certains défauts inhérents aux systèmes économiques.

Calcutta, le 17 janvier 1988 Tiré de Shabda Cayaniká Part 15 �Révolution agraire





Le développement économique d’un pays dépend du travail collectif des différents groupes sociaux. La pratique de l’économie domestique amène une division progressive du travail. En termes de développement collectif de l’économie, la valeur du travail de chaque groupe est égale y compris celui des ouvriers de l’industrie, des orfèvres, des potiers, des médecins et des employés divers.

L’économie de l’Inde ancienne.

Dans l’Inde ancienne avait cours une forme lâche d’économie qui soutenait l’activité économique collective de la population. A l’Age Védique, le système économique qui se développa en Inde était fondé sur des classes sociales (varńa). Les prolétaires (shúdra), les guerriers (kśattriya), les intellectuels (vipra) et les commerçants (vaeshya) – ces quatre classes sociales se développèrent et étaient parfaitement contentes des activités économiques spécifiques qui leur étaient dévolues. Une classe particulière s’occupait de l’agriculture, alors que d’autres classes embrassaient d’autres occupations. Les gens ne se ruaient pas sur le travail agricole comme cela se passe aujourd’hui. Comme ce système de classe (varńáshrama) était héréditaire, les possibilités de déséquilibre socio-économique étaient quasiment nulles. A cette époque, l’agriculture atteignit un haut niveau d’expertise et d’efficacité. Les rois étaient directement impliqués dans divers aspects de l’agriculture comme la plantation de cultures multiples en fonction de la saison, l’agriculture à grande échelle et à petite échelle, l’utilisation de fumier, l’application d’insecticides, l’irrigation par un système de rivières et de canaux, et l’élevage laitier. En ce temps-là l’état avait le devoir de confisquer la terre des propriétaires qui la laissait inutilisée et de la transférer à ceux qui pouvaient l’utiliser à des fins agricoles. La valeur de la terre était déterminée par son niveau de productivité. L’état fixait le prix des produits agricoles et en conséquent la classe des hommes d'affaires pouvait très difficilement exploiter les agriculteurs.

L’impact des Britanniques

Après l’arrivée des Britanniques en Inde, l’équilibre économique se perdit et ce en grande partie parce que le gouvernement britannique était totalement indifférent au développement de l’industrie et de l’agriculture indigènes. Il ne réalisait même pas la nécessité d’une planification pour ce type de développement. A la place il introduisit un nouveau système d’éducation formant principalement une classe d’employés que le gouvernement britannique utilisait pour consolider son pouvoir administratif. Beaucoup abandonnèrent leurs occupations héréditaires pour chercher un poste dans l’administration britannique. Cela détraqua sérieusement le système agricole. La deuxième cause de déséquilibre économique fut la faillite progressive des entreprises industrielles indigènes, notamment celle des industries de tissage à la main. Par suite de la mise sur le marché de tissus provenant des filatures à coton de Manchester, la demande pour les tissus tissés à la main commença à fondre. La mise sur le marché d’ustensiles en aluminium détruisit également l’industrie potière de l’Inde. Les manufactures installées par les Britanniques affectaient sévèrement les industries indigènes parce qu’elles utilisaient la toute dernière technologie. Par conséquent, ceux [qui étaient] employés dans ces industries [indigènes] abandonnaient progressivement leurs occupations traditionnelles et allaient encombrer le secteur agricole pour leur subsistance. Ce problème fut aggravé par une croissance de la population qui conduisit à la division et à la fragmentation de la terre agricole. Cela amena à son tour une diminution de la production. On en vint à importer de la nourriture de l'extérieur de l’Inde pour nourrir la population. Pendant la seconde guerre mondiale, l’importation de nourriture fut arrêtée, causant une sévère pénurie de nourriture dans le pays. Pour surmonter la grande famine qui frappa le Bengale en 1943, l’administration Wavel introduisit un système de rationnement. Wavel essaya aussi de réduire la famine en limitant les mouvements de nourriture d’une province à l’autre. Mais ces mesures ne purent résoudre le problème - bien au contraire, la plupart des gens se retrouvèrent piégés par ce système de rationnement de nourriture.

L’Inde de la postindépendance

Au départ des Britanniques en 1947, le système de rationnement concernait encore près de 145 000 personnes. Une telle situation eu pour effet l’augmentation progressive du marché noir et la multiplication des spéculateurs et des malversations. Le gouvernement central dû abolir soudainement le système de rationnement de nourriture pour essayer de résoudre le problème de corruption. Cette mesure précipitée fit grimper le prix de la nourriture de manière démesurée. Plus tard le système de rationnement dû être réintroduit. Les dirigeants indiens essayèrent de résoudre ce problème en lançant la campagne « cultivez plus d’aliments », mais la campagne fut un échec parce que le système d’agriculture ne fut pas modifié en conséquence. Le gouvernement prit la mesure d’augmenter la surface de la terre arable et non la productivité de la terre existante. Il n’y eut pas de planification pour déterminer si la nouvelle terre convenait ou non à l’agriculture et pas de [mise en place de] systèmes d’irrigation corrects pour améliorer sa productivité. Sans oublier que dans le système démocratique les bureaucrates ont de multiples occasions de négliger leurs responsabilités et cette administration défectueuse contribua au gaspillage d’un grand potentiel agricole. La conséquence de tout cela est que certains marchands malhonnêtes conspirèrent pour rendre le secteur agricole inefficace. Ils perpétuèrent le problème alimentaire pour satisfaire leurs propres intérêts. Donc le système agricole en Inde est à tout point de vue extrêmement faible. La caractéristique fondamentale de toute économie développée est la suivante : environ 30 à 45 % des gens devraient être occupés dans l’agriculture et le reste de la population devrait être employée par l’industrie ou d’autres secteurs de l’économie. Une pression excessive sur l’agriculture n’est pas le signe d’une économie saine. A présent environ 75 % de la population indienne dépend de l’agriculture pour sa subsistance. C’est une situation très dangereuse pour l’économie indienne. Ceux qui sont occupés dans l’agriculture restent sans emploi la plus grande part de l’année et c’est un gaspillage énorme du potentiel humain. Ce problème de chômage dans l’agriculture doit être résolu immédiatement – on ne peut tolérer aucun délai.

Différences entre l’Inde et la Chine

Récemment un groupe de politiciens lança le slogan de « révolution agraire » pour résoudre le problème. Ils voulaient résoudre les difficultés agricoles indiennes en suivant l’exemple de la Chine. Il y a cependant de vastes différences entre les maux agricoles qui touchent l’Inde et ceux qui touchent la Chine. On ne pourra jamais résoudre les problèmes de l’Inde en suivant les politiques de la Chine. Le problème majeur de la Chine est que malgré de considérables progrès agricoles, la Chine a été incapable de nourrir son immense population. Qui plus est, la Chine n’a même pas assez de terre pour satisfaire son énorme population – et sa population augmente continuellement. Dans le domaine industriel, la Chine a déjà épuisé la plus grande partie de ses ressources naturelles. Elle espère préserver les maigres ressources qui lui restent pour son développement industriel et pour leur utilisation future. La chine a trois problèmes économiques majeurs. Premièrement, la Chine doit nourrir sa population croissante par le développement agricole. Deuxièmement, le pourcentage de la population employée dans l’agriculture est trop élevé. Et troisièmement elle doit créer des emplois dans le secteur non agricole par son expansion industrielle. Se trouvant dans l’incapacité de résoudre ces problèmes immédiatement, la Chine de Mao Zedong adopta la politique d’envahir la terre d’états voisins. Les récentes attaques chinoises du Tibet, de l’Inde et de l’Union Soviétique furent motivées par une faim insatiable de terre. Quel plan ingénieux de révolution agraire ! Les problèmes agricoles de l’Inde sont de nature différente. L’Inde est dotée d’un vaste potentiel de développement agricole et de révolution industrielle. L’Inde souffre aujourd’hui de difficultés économiques parce qu’elle n’a pas exploité correctement son potentiel économique. Il y a deux problèmes économiques fondamentaux en Inde. Premièrement on doit développer le potentiel agricole du pays en réduisant le pourcentage de population travaillant dans l’agriculture. Deuxièmement, le pourcentage excessivement élevé de population dépendante de l’agriculture doit être réduit en développant les industries. Instiller dans la population le désir d’envahir les terres d’autres pays ne résoudra pas les problèmes agricoles indiens. La seule issue est d’augmenter la productivité à l’intérieur du pays. Ceux qui ont lancé le slogan « La révolution agraire de la Chine montre le chemin à suivre en Inde » sont dans la bulle illusoire d’un mode de pensée bancale.

Le danger de distribuer des parcelles de terre.

Un autre groupe politique en Inde veut amener des changements radicaux dans le domaine économique en transférant tout le pouvoir aux masses. Selon eux chaque citoyen devrait posséder une certaine portion de la terre [de l’Inde] – nul ne devrait rester sans terre. Les gens pauvres sont aisément conquis par ces sentiments. Les politiciens épousent ces idées à des fins purement politiques. Les pauvres paysans sans terre deviennent fous de joie à la perspective de posséder leur propre terre, et les politiciens peuvent alors les manipuler à leur guise. Aujourd’hui un parti politique prône d’évincer les propriétaires terriens de leur terre par la force pour la distribuer aux paysans sans terre. Lefait de créer un fossé entre les propriétaires et les travailleurs agricoles ne les empêchent pas de se donner des allures de philanthrope. Voyons à quel point cette approche serait propice à une croissance économique générale de l’Inde. Tout d’abord, si l’on distribuait la terre en trop aux sans terre, nul ne posséderait plus d’un demi hectare. Ce demi hectare ne constituerait pas un domaine économiquement idéal, on ne pourrait le cultiver avec les toutes dernières méthodes scientifiques. Une portion non négligeable du terrain, serait gâchée dans le marquage de la bordure rendant impossible tout accroissement de productivité. Accroître la productivité est pourtant le besoin agricole le plus pressant de l’Inde d’aujourd’hui. En outre, si l’on distribuait la terre de cette façon, toute augmentation de la population amènerait une division accrue des parcelles, aggravant encore plus le problème. Deuxièmement, cette approche aurait l’effet d’accroître les rangs de la petite bourgeoisie. Par petite bourgeoisie j’entends ceux qui gagnent une rente en donnant à d’autres leur terre à cultiver pour résoudre leurs difficultés économiques. Si les paysans sans terre acquéraient une parcelle d’un demi hectare, ils en tireraient une certaine satisfaction, mais après coup le fait de ne pouvoir tirer profit de la culture de leur terrain les rendrait très malheureux. Cultiver un demi hectare de manière productive absorberait tout leur temps, énergie et argent, car la parcelle serait trop petite pour y utiliser des techniques agricoles modernes. La quantité de produits qu’ils récolteraient serait insuffisante pour les besoins de leur famille. Ils seraient forcés de louer une portion de leur terre et d’essayer de gagner leur vie d’une autre manière. De cette manière le nombre des propriétaires terriens augmenterait et ils feraient tous partie de la petite bourgeoisie. Les politiciens qui prétendent haïr les propriétaires terriens et lancent des slogans pour leur annihilation dévient de leur plate-forme déclarée parce qu’une telle idéologie a pour seul résultat la création de plus de propriétaires. Troisièmement, avant la redistribution de la terre, ces politiciens occupent les terrains par la force, volent ou brûlent les récoltes et par une foule d’autres méthodes subversives, ouvrent les hostilités contre les propriétaires terriens. En conséquence, les propriétaires, manquant de sécurité économique, deviennent de plus en plus indifférents à ce que produit leur terre. Tous ces facteurs combinés contribuent à une aggravation du problème agricole plutôt qu’à sa résolution. Aussi pour résoudre les problèmes agricoles de l’Inde, le système chinois, qui est basé sur le principe que celui qui manie la charrue doit aussi posséder la terre, n’est pas applicable. Pour guérir les maux de l’agriculture indienne, on doit changer radicalement l’ensemble du système agricole.

Domaines rentables

Selon la PROUT, pour accroître la production, on doit commencer par réorganiser [les terres] en domaines rentables. Un domaine rentable signifie un domaine où la production dépasse les apports. Il n’est pas possible de prédéterminer la taille de ce domaine rentable. En effet, la production, les apports, la productivité, et d’autres facteurs comme la fertilité du sol et les conditions climatiques entrent en ligne de compte pour déterminer la taille optimale d’un domaine rentable. Aujourd’hui beaucoup croient que l’on peut réaliser une production accrue même sur de petites propriétés. L’accroissement de la production dépend de l’expertise des exploitants et de leurs décisions correctes et opportunes. Si les exploitants sont compétents, même de très grandes exploitations peuvent accroître leur production. Il n’est bien sûr pas nécessaire que toutes les exploitations soient grandes. L’essentiel est que les domaines soient viables économiquement. On ne peut comme en Union Soviétique faire tourner de grandes fermes collectives avec une perte annuelle de 15 % de la production. Pour augmenter la productivité et empêcher le développement de grands cultivateurs exploiteurs, les tailles minimales et maximales d’un domaine rentable devraient être déterminées. La taille minimale d’un domaine rentable devrait être égale à la taille d’un domaine rentable dans la région considérée. Ainsi la taille minimale variera de lieu en lieu. La taille maximale d’un domaine rentable dépendra de la fertilité du sol, de la production totale et de l’expertise des exploitants. Les domaines rentables seront généralement composés de terre de même topographie bénéficiant d’une irrigation adéquate et d’autres équipements agricoles. La taille des domaines rentables doit être progressivement accrue en gardant toutes ces variables à l’esprit. La taille des domaines rentables peut varier d’un pays à l’autre. En même temps, la taille peut aussi varier à l’intérieur même d’un pays. Dans la plaine Indo-Gangétique, une propriété de 2,5 hectares peut produire en abondance, alors que dans le Ladakh ou les collines de Chotanagpur, même sept ou huit hectares de terre pourraient ne pas produire assez pour la subsistance [d’une famille]. Les tailles des domaines rentables en ces deux endroits ne peuvent que différer. Nous devons nous rappeler des points suivants. Premièrement, distribuer la terre aux gens ne résoudra pas leurs problèmes. Il n’est pas important de posséder la terre ; ce qui compte c’est de pouvoir produire sur cette terre. Deuxièmement, si l'on se contente de déléguer l’exploitation de la terre a quelqu’un il se peut que l’on atteigne pas la production désirée. Il n’est pas toujours possible pour une personne d’investir l’argent nécessaire pour cultiver la terre selon les méthodes les plus modernes et la production ne peut qu’en souffrir. Finalement, la décentralisation économique est essentielle dans une économie saine.

Le système coopératif

Pour une bonne décentralisation, les terres agricoles doivent être exploitées par le biais du système coopératif. Il n’est cependant pas souhaitable de passer soudainement toute la terre sous contrôle coopératif parce que les coopératives sont le fruit du labeur et de sagesse d’une communauté. La communauté doit développer un environnement économique harmonieux, des besoins économiques communs et un marché pour les produits des coopératives. Sans la conjugaison de ces trois facteurs, on ne peut donner le nom de coopérative à une entreprise. C’est seulement après la création de cet environnement porteur que l’on pourra faire passer la terre sous contrôle coopératif. Il sera alors possible d’accroître la production agricole avec l’aide de la technologie appropriée. L’introduction du système coopératif d’exploitation des terres doit se faire en deux phases. Dans la première phase, tous les domaines peu rentables seront tenus de rejoindre le système coopératif afin qu’ils deviennent des domaines rentables. A cette phase, les coopératives n’incluront que les gens qui ont fusionné leur terre pour rentabiliser des domaines peu rentables. La propriété privée sera reconnue. Par exemple une personne peut posséder un demi hectare, une autre un hectare et une troisième 1,5 hectares au sein de la coopérative. Chaque membre de la coopérative aura droit à un dividende basé sur la production totale et proportionnel à la terre dont il a fait don à la coopérative. Chaque individu gardera le titre de propriété de son terrain, mais les activités agricoles seront conduites de manière coopérative. Une des conséquences [de ce système] est que la terre réservée aux clôtures ne sera plus laissée inculte. En certains endroits du Bihâr et du Bengale, la surface totale de terre arable est inférieure à celle que l'on gaspille en clôtures. Si ce système est appliqué, tous en bénéficieront. A la première phase du plan, il n’est nul besoin de persuader ceux qui possèdent un terrain productif entrant dans la catégorie des domaines rentables de rejoindre une coopérative. Mais si un domaine rentable est composé de petites parcelles dispersées, les parcelles éparpillées devront fusionner en un domaine. Où que ces parcelles petites, éparpillées et peu rentables soient situées, elles devront se joindre les unes aux autres et passer sous contrôle coopératif. Dans la deuxième phase, tous doivent être encouragés à rejoindre le système coopératif. Dans la troisième phase, il doit y avoir une distribution rationnelle de la terre et une réévaluation de la propriété. Dans ce nouveau système, deux facteurs détermineront la distribution rationnelle de la terre - le domaine minimum nécessaire pour subvenir aux besoins d’une famille et la capacité de l’agriculteur de bien utiliser la terre. Dans la quatrième phase, il n’y aura plus de conflit au sujet de la propriété de la terre. L’expansion psychique créera un environnement favorable car les gens apprendront à penser plus au bien collectif qu’à leurs petits intérêts personnels. Un tel changement ne se produira certainement pas du jour au lendemain. Sans une préparation psychique convenable produit du désir personnel et de contraintes extérieures, et s’adaptant constamment à l’époque, les gens n’accepteront jamais ce système que l’on ne peut imposer par la force. Les dirigeants de l’Union Soviétique étaient ignorants de la psychologie collective des gens et essayèrent d’imposer par la force une agriculture collectiviste. Cela causa de graves famines et une énorme agitation populaire. Pour sortir de ces problèmes, l’administration eut recours à la force brutale au lieu d’adopter des mesures psychologiques avec toutes les conséquences en termes de vies détruites que cela comporte. Des sadvipras n’iraient jamais contre l’esprit d’un pays au point de causer sa ruine. Beaucoup s’interrogent sur les coopératives parce que dans la plupart des pays, le système coopératif a échoué. Il n’est pourtant pas convenable de critiquer le système coopératif sur la seule base des expériences passées. La plupart des pays ne purent en effet créer les conditions indispensables au succès du système coopératif. Les coopératives dépendent pour leur succès de trois facteurs – la moralité, une bonne supervision et l’acceptation sans réserve des masses. La présence aussi ténue soit elle de ces facteurs a causé un succès proportionnel des coopératives. Prenez le cas d’Israël. Le fait que le pays soit entouré d’ennemis de tous les côtés rend ses habitants hautement conscients de la nécessité d’être autosuffisants. Le peuple veut contribuer sans réserve au développement de l’économie nationale. Il a ainsi converti d’arides déserts en terre agricole productive grâce au système coopératif. Comme l’Inde ne connût jamais ce genre de mentalité, l’Inde est un exemple classique d’échec du système coopératif. Les coopératives indiennes ne furent pas créées pour le développement économique mais pour contenter certains intérêts politiques. Dans de telles conditions, le système coopératif ne pouvait prospérer. Il est maintenant nécessaire de multiplier les exemples de réussite pour encourager les gens à adopter le système coopératif. On devrait lancer des projets coopératifs pilotes dotés de postes mécanisés, de systèmes d’irrigation adéquats, de semences améliorées et de pesticides. En même temps on doit éduquer les gens sur les avantages des coopératives. Au lieu d’enseigner aux gens à augmenter la productivité de leur terre, les dirigeants de l’Inde passent des films sur le contrôle des naissances dans les marchés. J’appelle ces individus les plus grands ennemis de l’humanité.

Modernisation

La PROUT recommande un maximum de modernisation dans l’agriculture et l’industrie. Dans le système coopératif agricole, on se doit d’utiliser des équipements modernes car la modernisation facilite l’accroissement de la production. Les tracteurs par exemple peuvent creuser le sol en profondeur, amenant le sol du dessous à la surface et poussant le sol du dessus en profondeur. La culture continue fait diminuer la fertilité des sols de surface et donc chaque fois que les tracteurs retournent la terre, sa productivité augmente. En outre le sol de surface appauvri a la possibilité de se revitaliser pour un usage futur. C’est l’un des avantages des tracteurs. Un second est que les agriculteurs n’ont plus besoin d’entretenir des vaches pour labourer leurs champs. Là où on élève des vaches pour l’agriculture, elles sont inutilisés six mois par ans. Et en prendre soin correctement pendant tout ce temps engendre de multiples dépenses. L’âge actuel n’est pas celui de l’utilisation des grands animaux. En Europe les chevaux et les éléphants ne sont plus utilisés. Pour vivre avec notre temps, nous devrions aujourd'hui utiliser des tracteurs. Un seul tracteur fait le travail d’au moins huit paires de bœufs. Ceux qui ont un demi hectare ou un hectare et demi doivent aussi élever une paire de bœufs. C’est doubler inutilement leur travail. Si un équipement moderne est utilisé pour l’agriculture, l’agriculture ne nécessitera plus une main d’œuvre aussi importante et les gens pourront être employés à d’autres activités pour accroître le développement du pays. Pour cela on devra créer de nouveaux emplois. Si moins de gens travaillent dans les coopératives agricoles, cela engendrera des économies importantes. De plus les femmes et les enfants seront libérés de tous les travaux liés [à l’exploitation] et auront la possibilité de se développer. Enfin une mécanisation accrue reliera les villages aux bourgs et aux villes, augmentant le niveau de vie des villageois.

Pas d’intermédiaires

Le système agricole de la PROUT ne laisse aucune place aux intermédiaires. Ceux qui investissent leur capital et emploient les autres à un travail productif pour faire un profit sont des capitalistes. Les capitalistes, tel des parasites, se nourrissent du sang des ouvriers industriels et agricoles. On nomme « agro-capitalistes » tous les intermédiaires qui sévissent dans le domaine agricole. Ils font cultiver leur terre par quelqu’un d’autre mais se réservent les profits. En Inde, ces intermédiaires existent depuis l’antiquité. Zamindars, pattanidars, darpattanidars, sepattanidars, jotedars, vargadars et adhikaris, toutes ces catégories de propriétaires terriens sont des intermédiaires. Dans l’Inde moderne, les systèmes de Zamindar et de métayage ont été abolis, mais la psychologie féodale n’a pas disparu. Les seigneurs féodaux actuels ne sont pas eux-mêmes propriétaires de la terre. Ils louent la terre d’autres personnes et payent un certain pourcentage de la récolte au propriétaire, exploitant ainsi à la fois le réel propriétaire du terrain et les ouvriers agricoles. Le nombre de ces intermédiaires est en augmentation constante. La PROUT n’est pas en faveur de ce genre d’intermédiaire. Des slogans comme, « La terre appartient à ceux qui la labourent », ou, « Ceux qui sèment les graines doivent profiter de la récolte, » sont irréalisables. Les politiques fondées sur ces slogans conduisent à la création d’une classe de petit-bourgeois.

Révolution agraire

Selon la PROUT, à la première phase de la révolution agraire la propriété privée de la terre à l’intérieur du système coopératif sera reconnue. On doit avoir le droit d’employer des ouvriers pour la culture, mais dans ce cas, un salaire de cinquante pour-cent de la récolte totale devrait revenir aux ouvriers qui travaillent dans la coopérative. En d’autres termes, les propriétaires du terrain recevront 50 % et ceux qui créent ces récoltes par leur labeur recevront les autres 50 %. Cette proportion ne doit jamais diminuer – elle devrait plutôt augmenter en faveur des ouvriers agricoles qui travaillent dans la coopérative. Seuls ceux qui ont une part dans la coopérative peuvent participer à l’équipe de gestion. Ils seront élus. Ces positions ne peuvent être honoraires parce que cela encouragerait la corruption. Les managers devront recevoir un salaire en accord avec leurs compétences intellectuelles . En plus, les membres de la coopérative peuvent aussi employer leurs ouvriers agricoles s’ils le désirent mais leur paiement doit se faire séparément. Les membres de la coopérative peuvent donc gagner leur dividende de deux façons – en compensation de la terre donnée à la coopérative et sur la base de leur travail productif. A cet effet la récolte totale de la coopérative doit être divisée en parts égales – c'est-à-dire 50 % pour le travail et 50 % pour ceux qui possèdent des parts de terrain.

Résoudre le chômage

Pour le développement de l’agriculture on a un grand besoin d’agronomes et de techniciens agricoles. Les coopératives de producteurs devraient employer ce type de personnel qualifié. Ainsi les gens instruits ne resteront pas sans emploi et ne quitteront pas les villages pour les villes. Cela garantira le développement rapide de l’agriculture.

   La PROUT croit en une économie décentralisée. Il est donc important de prendre des mesures qui non seulement vont développer une région particulière mais aussi accélérer à un rythme soutenu le développement de la totalité de l’environnement socio-économique, par l’utilisation planifiée de toutes les ressources et potentialités locales. Pour accomplir ce but, les coopératives doivent commencer par employer la main d’œuvre locale. 

Dans l’Inde moderne, il y a deux grandes zones distinctes - là où il y a un déficit de main d’œuvre et là où il y a un excédent de main d’œuvre. C’est pour cela que les gens généralement migrent des zones à la main d’œuvre excédentaire vers les autres régions. Cependant le concept même d’excédent de main d’œuvre est relatif. Là où les conditions du développement économique n’ont pas été créées, il y a un excédent de main d’œuvre. La main d’œuvre devient excédentaire dans toutes les régions sous-développées. Quand la main d’œuvre excédentaire va s’installer dans une autre région, cette région peu développée à toutes les chances de le rester. Selon la PROUT, là où il y a un excédent de main d’œuvre, la priorité doit être de créer des emplois pour toute la main d’œuvre locale. Cette politique augmentera le niveau de vie des gens et de toute la région. Si cette politique n’est pas appliquée et la main d’œuvre excédentaire autorisée à s’installer ailleurs, et si l’on suit la politique marxiste que « Ceux qui sèment devront récolter », alors toutes les plantations de thé, les mines de charbon et autres ressources naturelles seront contrôlées par des gens venus de l’extérieur. Les populations locales perdront contrôle de leurs ressources naturelles. Cela créera une situation très dangereuse. La PROUT est de l’opinion que les personnes locales doivent être employées en priorité. Tant qu’il n’y a pas de plein emploi pour les populations locales, on doit faire de constants efforts jusqu’à ce que la main d’œuvre locale soit pleinement employée. De plus, on ne lancera de nouveaux programmes de développement que s’il y a des demandes d’emploi supplémentaires. C’est pour cette raison que les pays scandinaves n’ont lancé aucun nouveau projet de développement. Créer de l’emploi pour les populations locales requiert de prendre en considération les sentiments locaux. Par exemple, de nombreuses régions d’Inde sont des zones où la main d’œuvre intellectuelle est excédentaire. Les gens de cette catégorie sont prêts à travailler comme employé de bureau pour le très bas salaire mensuel de trente roupies mais ils ne sont pas prêts à gagner plus en travaillant comme porteur. Le problème de la main d’œuvre intellectuelle excédentaire est tout à fait particulier et doit être résolu intelligemment. Dans ces régions des industries peu gourmandes en main d’œuvre manuelle doivent être installées. Ainsi, différents projets de développement devront être adoptés pour les différents groupes socio-économiques selon l’époque, l’endroit et les personnes.

Taxation agricole

On ne peut soutenir le système actuel de collecte d’impôt dans l’agriculture parce qu’il incommode le percepteur comme l’agriculteur. Même le système des Zamindars créé pendant la période britannique pour la perception des taxes était défectueux. Les agriculteurs devaient payer une somme spécifique chaque année au Trésor pour la terre que leur avaient donné les Zamindars. En cas d’inondation, de mauvaises récoltes et de quelque autre problème, cette somme fixe devait néanmoins être payée au Trésor. Les Zamindars jouissaient de la vie de parasite social. Même aujourd'hui, la taxe foncière est déterminée selon la superficie du terrain. En cas de mauvaises récoltes, le gouvernement doit réduire ses taxes. En cas de récoltes abondantes, le gouvernement doit augmenter la taxation par des prélèvements exceptionnels. Ce système cause beaucoup de dérangements aux agriculteurs. Le meilleur système de taxation était celui qui était en vogue pendant l’ancien Age Hindou. A cette époque seulement une taxe de 25 % de la récolte totale était donnée au roi. Les agriculteurs pouvaient payer leur taxe en vaches, chevaux ou moutons. Ce système ne comportait pas beaucoup d’inconvénients pour les agriculteurs. Aujourd'hui cependant les agriculteurs sont dans une situation difficile car ils doivent payer leur taxe en espèces. Les agriculteurs ne peuvent pas toujours échanger leurs produits agricoles pour de l’argent liquide parce qu’ils ne disposent pas toujours d’un marché à proximité. Selon la PROUT, un certain pourcentage de la récolte des agriculteurs doit être perçu comme taxe directe. Il est aussi commode pour le gouvernement de percevoir des taxes en nature, car il a besoin de constituer des stocks divers pour parer à toute éventualité. Les taxes sous cette forme peuvent facilement être redistribuées par le gouvernement quand les populations sont dans le besoin. De plus avec ce système les besoins des habitants des bourgs et des villes seront facilement satisfaits. Un tel système peut transformer rapidement l’économie indienne. Si les ouvriers agricoles ne font que scander le slogan de la réforme agraire en agressant et tuant les propriétaires terriens, ils ne changeront pas le système agricole. Seule une approche constructive peut amener le développement économique. Les sadvipras devront endosser la lourde responsabilité de mettre en application cette approche pour le bien de tous.

1965 A Few Problems Solved Part 2 �Coopératives agricoles




L’accès à la nourriture, à l’habillement, au logement, à l’éducation et aux soins médicaux est crucial pour la sécurité sociale. On ne peut élever le niveau de la vie qu’en satisfaisant ces cinq besoins essentiels. Pour garantir cela on doit baser par principe la production sur la consommation. On doit ici mettre l’accent sur la production agricole car l’approvisionnement alimentaire est d’importance vitale et pour cela nous devons rapidement étendre le système coopératif. Selon la PROUT, on ne peut laisser trop de monde travailler dans l’agriculture. La majorité de la population doit au contraire dépendre de l’industrie. Pas plus de 30 à 45 % de la population doit être employé dans le secteur agricole. On divise généralement la terre en domaines rentables et domaines non rentables selon sa productivité. Les domaines rentables sont ceux pour lesquels le prix de vente des produits excédera les coûts de production y compris ceux du capital, de la main d’œuvre et du matériel. Les terres qui produisent de la richesse agricole de façon économiquement viable – c'est-à-dire, là où les revenus dépassent les dépenses – sont appelées « domaines rentables ». Les domaines non rentables sont ceux pour lesquels le prix de vente du produit est inférieur au coût de production une fois pris en compte les coûts de tous les apports. Comme les domaines non rentables ne peuvent générer de profits, leurs propriétaires évitent généralement de les cultiver. Dans l’économie rurale d’un pays comme l’Inde, si un village est accepté comme unité de production, il est possible qu’il contienne de nombreuses parcelles qui ne sont pas cultivées parce qu’elles sont non rentables. Lors de la mise en application de la PROUT, la question de la révolution agraire se posera automatiquement. Comme je l’ai déjà dit, la terre agricole doit passer sous le contrôle des coopératives mais le système coopératif doit être introduit en deux étapes. Dans la première phase de socialisation de la terre, la PROUT ne fera pas monter la demande pour un plafonnement agraire, mais interdira la vente de terrains agricoles et fera passer les domaines non rentables sous gestion coopérative. La responsabilité d’exploiter cette terre n’incombera plus aux propriétaires mais à la coopérative sous l’égide des instances gouvernementales locales et avec leur assistance. Dans cette phase, les propriétaires des domaines non rentables de chaque village deviendront membres de coopérative. Les coopératives seront donc constituées de ceux qui ont fusionné leurs terres pour rendre des domaines non rentables rentables. Les propriétaires feront don de leur terre, mais à cette phase, ils en conserveront la possession légale. Si le propriétaire emploie des travailleurs pour l’exploitation, 50 % du profit net ira aux propriétaires et 50 % aux ouvriers qui travaillent dans les coopératives. Lors de cette phase, les rivières et ruisseaux du village seront exploités dans l’intérêt commun. Par exemple la construction de digues et de petits barrages sur les rivières permettra l’irrigation à grande échelle, la production d’électricité, et l’on devra y installer des industries répondant aux besoins locaux. On doit aussi prendre des mesures destinées à réduire la pression démographique sur le secteur agricole. Un pourcentage plus élevé de la population rurale devra trouver un emploi dans l’industrie et l’on créera à cet effet des agrico-industries et agro-industries. Il faudra construire des magasins et des chambres froides pour développer la capacité de conservation des récoltes et ils seront placés sous le contrôle de l’administration locale. Des coopératives de producteurs fourniront aux coopératives agricoles leurs tracteurs, engrais, semences, pompes à eau et d’autres équipements agricoles. Des coopératives de consommateurs distribueront les articles de consommation courante à la population rurale. A la toute première phase de l’établissement des coopératives les ouvriers agricoles, les ouvriers sans terres, les journaliers et les métayers passeront dans le domaine coopératif. A ce stade il faudrait totalement réformer le système d’éducation dans les zones rurales. On doit orienter la formation et l’enseignement vers le développement de l’esprit coopératif et l’éducation morale doit prédominer pour que les gens ne sacrifient pas l’intérêt collectif à leurs intérêts personnels. Dans la deuxième phase de mise en application des coopératives agricoles, les domaines rentables et leurs propriétaires doivent passer sous gestion coopérative. C’est seulement une fois que les domaines non rentables d’un village sont entrés dans le giron des coopératives que les domaines rentables peuvent faire de même. A ce stade il sera facile d’appliquer de manière intensive la science et la technologie à l’agriculture, augmentant ainsi la production. Dans cette deuxième étape, tous doivent être encouragés à rejoindre le système coopératif. Le profit net augmentera au bénéfice des travailleurs employés dans la coopérative puisqu’ils toucheront 75 % du gain, laissant les autres 25 % aux propriétaires. Ici travailleur désigne celui qui se dépense physiquement ou psychiquement pour la coopérative. Les propriétaires seront doublement bénéficiaires. Premièrement en tant que propriétaires, ils recevront 25 % du profit net généré par l’exploitation de la terre, et deuxièmement s’ils font partie de la main d’œuvre de la coopérative, ils auront droit à une portion des 75 % du profit répartis entre les membres de la coopérative. A cette phase, on doit mettre l’accent sur l’établissement rapide et à grande échelle d’agrico-industries et d’agro-industries, pour permettre à la population rurale de dépendre plus de l’industrie que de l’agriculture. Le développement de telles industries doit s’accompagner de réformes éducationnelles et culturelles pour développer la mentalité coopérative de la population rurale. A partir de cette deuxième phase, une production axée sur les besoins de consommation améliorera le niveau de vie de la population rurale et l’on devra garantir aux gens un niveau de sécurité sociale basique – à savoir la satisfaction des nécessités de la vie. Dans la troisième phase, il doit y avoir une distribution rationnelle de la terre et une réévaluation de la propriété. La distribution rationnelle de la terre prendra en compte deux facteurs – la surface de terre minimale permettant de subvenir aux besoins d’une famille et la capacité de l’agriculteur à utiliser la terre. Dans cette phase, les propriétaires ne pourront pas employer du personnel, des ouvriers sans terre ou des métayers pour la culture de la terre, et ils auront tout intérêt à s’engager pleinement dans le système coopératif. A ce stade il sera facile d’établir de grosses coopératives avec tous les moyens scientifiques disponibles, mais ces coopératives n’auront rien de l’immensité des fermes collectives de l’Union soviétique et de la Chine. Si l’on permet aux coopératives de devenir extrêmement grandes, il sera difficile d’utiliser les ressources naturelles avec efficacité et cela engendrera des problèmes dans le domaine de la production. L’un des défauts principaux des fermes collectives des pays socialistes est leur taille démesurée. Dans la PROUT, ce seront les coopératives agricoles elles-mêmes qui décideront de leur taille. Mais tout en bâtissant le système coopératif, on doit garder deux facteurs à l’esprit – primo, qu’une judicieuse application de la science et de la technologie doit garantir le rendement et la qualité de la production tout en maintenant le coût de production à son minimum ; secundo, que les membres des coopératives auront un travail physique minimum à fournir mais devront aussi être encouragés à se développer psychiquement et spirituellement. Dans la troisième phase de la mise en application du système coopératif, 100 % du profit net sera réparti entre les membres de la coopérative. A ce stade, les propriétaires initiaux s’identifieront pleinement avec la coopérative. Ces trois phases permettront de réduire la pression démographique sur la terre et de réduire la proportion de la population travaillant dans l’agriculture à 30 ou 45%. La deuxième phase permettra de résoudre le problème du chômage par la mise en place systématique d’industries et dès la troisième phase les ouvriers agricoles connaîtront le plein-emploi. La fin de la troisième phase représentera pour le secteur rural la fin des problèmes de production agricole et industrielle, de sous-emploi et de sécurité sociale. Dans la quatrième phase de la mise en application du système coopératif, il n’y aura plus de conflits sur la propriété de la terre. Les problèmes agraires de chaque village seront résolus. Il sera facile de réaliser la sécurité sociale en fournissant à la population aliments, habillement, logement, éducation et soins médicaux. C’est à cette phase qu’il sera possible d’utiliser au maximum les ressources collectives physiques, psychiques et spirituelles de chaque village. La mise en application totale du système coopératif exige une préparation psychique adaptée [conditionnée] par le désir personnel, la pression de l’environnement et un ajustement avec la composante temps, parce que les gens n’accepteront jamais un système qui leur est imposé par la force. Un tel changement de psychologie collective ne se produira pas du jour au lendemain, mais dépendra de la mentalité de la population. On peut appeler la période allant de la première phase à la quatrième phase de la mise en application du système coopératif période de transition en ce qui concerne la mise en oeuvre de la PROUT.


Calcutta, Février 1982 �Coopératives





Comme vous le savez, la société humaine est une et indivisible. Un être humain ne peut vivre seul. Si quelqu’un veut boire de l’eau d’un puits, il ou elle a besoin d’une corde et d’un seau, et pour attacher la corde on a besoin d’un crochet. Pour toutes ces choses le concours des autres est indispensable. Dans la société, les êtres humains doivent travailler conjointement pour que tous avancent collectivement. Samánam ejati iti samájah. En d’autres mots, la société est le mouvement collectif d’un groupe d’individus qui ont pris la décision unanime d’avancer vers un but commun. Plus les êtres humains avanceront de manière solidaire dans tous les domaines hormis ceux qui sont très personnels mieux cela sera pour la société. Seules les choses que l’on ne peut faire collectivement devraient être faites individuellement. Il est donc préférable pour les gens de travailler collectivement autant que possible – plus les êtres humains le font, le mieux cela est. Ne pas suivre ce principe c’est casser l’esprit de la société et menacer l’existence même des êtres humains. Les gens doivent manger individuellement – quelqu’un d’autre ne peut manger à votre place – bien qu’un repas puisse être partagé avec d’autres. Si l’individualité domine la vie humaine cela peut porter atteinte à l’environnement, au bien-être de différents groupes et même à la continuité de l’existence humaine.

Coopération coordonnée

« Opération » signifie « accomplir quelque chose par le biais d’un média ou médium particulier ». Supposez que vous êtes en train de faire une opération sur une machine-outil. Si ce type d’opération demande un effort collectif, il est appelé « coopération ». Dans le cas d’une coopération, on accomplit quelque chose avec des droits égaux, un prestige humain égal et un rang égal [pour les coopérants]. En tout domaine de la vie collective il devrait y avoir une coopération entre les différents membres de la société. Si cette coopération se fait entre êtres humains libres, chacun jouissant de droits égaux et essayant, dans le respect mutuel, de servir au mieux l’intérêt de l’autre, on l’appelle « coopération coordonnée ». Dans le monde d’aujourd’hui aucuns des systèmes socio-économiques en vogue ne sont basés sur la coopération coordonnée. Au contraire, dans ces systèmes les liens sociaux se basent essentiellement sur la coopération subordonnée, causant la dégénérescence du socle morale de la société. Par exemple, dans certains pays, il y a un manque flagrant de parité raciale et pas la moindre coopération coordonnée entre les différents groupes ethniques. Ce manque d’équilibre, de balance convenable dans la vie sociale cause une désagrégation totale de la structure sociale. Dans ces pays qui suivent le système de commune, il y a aussi un manque de coopération coordonnée. Dans le système de commune, la société est réduite à un simple mécanisme de production-distribution sous un système de contrôle rigoureux. Au lieu d’accroître la production, le système de commune pousse la production vers le bas. On peut voir ses conséquences dans presque tous les pays communistes : pénuries alimentaires. Les pays capitalistes comme l’Australie, le Canada et les USA vendent leurs céréales à l’Union Soviétique et à la Chine. De plus, les travailleurs d’une commune ne ressentent pas d’unité avec leur travail et n’ont pas la liberté d’exprimer toutes leurs potentialités. Un système aussi suffocant et mécanique encourage les vues matérialistes et produit une hégémonie athée. Dans le système de commune, il n’y a pas de propriété privée. Sans un sentiment de propriété personnelle les gens ne peuvent ni travailler dur, ni prendre soin d’une propriété quelconque.

Si les agriculteurs ont le sentiment d’avoir les terres en usufruit permanent, ils deviendront plus productifs. De tels sentiments sont bafoués dans le système de commune, entraînant une stagnation de la production et une oppression psychique. 

Les gens intelligents sont forcés de faire un travail qui ne leur convient pas et sont payés le même salaire que les travailleurs ordinaires. Il n’y a pas de système d’intéressement et les initiatives personnelles ne sont pas encouragées même si elles sont le fait de personnes méritantes, alors naturellement, les gens ne travaillent pas dur. Un tel système ne peut jamais résoudre les problèmes économiques de la société, que ce soit dans l’agriculture ou dans l’industrie. Il aggravera plutôt les problèmes existants et créera de nouveaux problèmes sociaux. Les systèmes de production et de distribution du système de commune sont fondamentalement défectueux, exploiteurs et inhumains. Le système de commune est basé sur la coopération subordonnée – les relations sont de directeur à dirigé, de maître à serviteur. De telles relations nuisent au progrès humain et retardent toute possibilité de mouvement progressiste. Elles sont antagoniques à toutes les habitudes de l’esprit humain. La PROUT demande la mise en application du système coopératif parce qu’il est doté d’un esprit de coopération coordonnée. Seul le système coopératif peut assurer le progrès sain, harmonieux de l’humanité et unir de manière permanente la race humaine. Une fois le système coopératif établit, les fruits du travail des gens seront plus doux. La PROUT défend le slogan : « Nous voulons des coopératives, pas des communes, » et, « nous ne sommes pas les esclaves des communes. »

Coopération en agriculture

Si l’on applique l’esprit de coopération, il sera nécessaire de produire de manière coopérative les biens de première nécessité comme la nourriture, les vêtements, les logements, l’éducation et les soins médicaux. La nourriture est le produit le plus important et pour cette raison l’agriculture est le secteur le plus important de l’économie. Il est souvent le cas que l’aliment de base d’un pays est aussi sa culture principale. Au Bengale par exemple, l’aliment de base est le riz et donc le paddy est sa culture principale. De même, la culture principale dans le Panjab est le blé, en Irlande la pomme de terre et en Ecosse le seigle, l’avoine et l’orge. Le système coopératif est le mieux adapté à une réorganisation convenable et une utilisation maximale de la terre agricole. La fertilité de la terre dépend de la nature du terrain arable et la taille d’une récolte dépend en grande partie de la teneur en eau du sol. Les terres hautes ne produiront généralement pas beaucoup, même si elles sont fertiles, mais il est souvent possible de produire de bonnes récoltes sur un sol moins fertile à des niveaux plus bas à cause de l’accumulation naturelle d’eau. Même sur une terre relativement plate, on doit organiser les parcelles agricoles en fonction de leur hauteur et de l’écoulement de l’eau, ou canaliser l’eau des points les plus élevés aux points les plus bas. Les coopératives suivront une telle organisation. La terre est extrêmement importante aux yeux des agriculteurs et ils y sont très attachés. Les fermiers pourraient faire le don de centaines de kilos de leurs produits mais ne se sépareraient jamais volontairement même de quelques mètres carrés de terre. Supposez que de nombreux petits fermiers possèdent au total cent hectares. S’ils forment une coopérative et consignent par écrit leur part basée sur la taille de leurs avoirs fonciers, le sentiment de propriété est maintenu. Si toute la terre est de même niveau on peut alors démolir les clôtures entre les petites parcelles, augmentant la surface de terre arable. Un tel système ne heurtera pas la psychologie des fermiers et ils ne ressentiront aucune insécurité. Ils seront à même d’accroître la surface de la terre exploitée en enlevant les clôtures qui divisent inutilement la terre en de nombreuses propriétés individuelles et en cultivant scientifiquement la terre infertile. Les agriculteurs qui possèdent seulement quelques mètres carrés de terrain ne peuvent entretenir bœufs et charrue. Ils doivent céder leur terre à quelqu’un en mesure de la cultiver, comme cela se fait dans le système de métayage. S’ils donnent leur terre à un métayer, ils ne toucheront de compensations que rarement. C’est la taille trop petite de la terre qui engendre cette situation difficile. Si la culture se fait sur une base coopérative de nombreuses petites parcelles peuvent fusionner en un grand domaine. Cela constitue un grand progrès pour la collectivité des agriculteurs. En Inde, du temps d’Abkar le système en vogue était de construire des clôtures autour des parcelles de terre. Akbar introduisit un nouveau système par lequel la propriété des clôtures nord et ouest de chaque terrain était allouée à son propriétaire. Quand les coopératives enlèvent les clôtures pour former de plus grandes surfaces de terre agricole, il faudra rendre la terre occupée par les clôtures nord et ouest de chaque parcelle au propriétaire de cette parcelle. De nos jours, pour cultiver la terre les agriculteurs ont besoin d’engrais, d’un tracteur et d’un système d’irrigation. Les engrais animaux ne suffisent pas – les fermiers ont besoin d’engrais chimiques. Mais si l’on utilise intensivement les engrais chimiques, la terre devient infertile et inutilisable après quelque temps. Les engrais chimiques arrivent à détruire l’énergie vitale de la terre et elle devient sans vie, comme du ciment. On doit conduire des recherches pour créer des engrais chimiques qui n’auraient pas d’effets négatifs sur le sol. Dans le système d’exploitation privée, il n’est pas possible d’échapper aux effets secondaires des engrais chimiques. Le système coopératif offre quant à lui de grandes possibilités de recherche et de développement qui permettront de découvrir de nouvelles et meilleures façons d’utiliser la terre tout en prolongeant sa vitalité. L’avantage d’une coopérative est qu’elle combine les richesses et ressources de nombreux individus pour les exploiter conjointement. Il y avait un temps où les agriculteurs avaient coutume de laisser leur terre en jachère pour un an après plusieurs années de culture continue, mais ce n’est plus possible aujourd’hui. Il est donc nécessaire d’adopter un système de culture qui soit utilise des engrais chimiques sans impact sur la fertilité du sol soit parvient à un bon rendement sans utiliser du tout d’engrais chimiques. Je suis persuadé que cela se réalisera dans un avenir très proche. L’agriculture doit avoir le même statut que l’industrie. Nombre de pays sous-développés et en développement d’aujourd’hui ne suit pas cette politique et c’est à travers le système coopératif qu’ils pourront le mieux la mettre en application. Par exemple, plutôt que des exploitations privées, une coopérative devrait exploiter les vergers de pommiers de l’Himachal Pradesh et cela devrait s’appliquer aussi à l’industrie de l’emballage pour la transformation et la distribution des pommes. On doit considérer la transformation et l’emballage des pommes comme un maillon de l’industrie fermière. Les employés de l’agriculture devraient obtenir les mêmes bonus que les employés de l’industrie. Les exploitants ou les coopératives agricoles doivent donc réorganiser l’intégralité du secteur agricole sur le modèle de l’industrie.

Coopératives agricoles

La PROUT est en faveur d’une réorganisation graduelle de toute terre agricole qui se fera en plusieurs étapes. A la première étape tous les domaines agricoles non rentables doivent passer sous gestion coopérative dans l’intérêt de ceux qui possédaient auparavant la terre comme des ouvriers agricoles qui travaillent dans la coopérative. Dans la deuxième phase, on doit demander à tous les propriétaires terriens de rejoindre le système coopératif. A la troisième phase il doit y avoir une distribution rationnelle de la terre et une réévaluation de la propriété. Finalement, à la quatrième phase, il n’y aura pas de conflits au sujet de la propriété la terre. Les gens apprendront à penser plus pour le bien collectif que pour leurs intérêts personnels mesquins. L’expansion psychique créera un environnement social plus favorable. Cependant un tel changement dans la psychologie collective ne se fera du jour au lendemain, mais progressivement selon [l’évolution du] sentiment populaire. Une fois ce système introduit, le conflit actuel entre les propriétaires terriens et les travailleurs ruraux sans terre cessera d’exister. A la phase initiale, les coopératives agricoles se formeront par la coopération mutuelle d’un certain nombre d’exploitants. Supposez que A, B, C et D sont quatre agriculteurs qui ont fusionné leur terre en une coopérative dans les proportions suivantes : A un hectare, B 2,5 hectares, C 5 hectares et D 7,5 hectares. Les profits provenant de la vente de leur récolte devraient être répartis proportionnellement à la quantité de terre que chacun a donné à la coopérative et au service rendu par chacun dans la production de ces cultures. Les agriculteurs recevront produits et profits selon le nombre de leurs parts dans la coopérative et leur travail. Comme le rendement de la terre s’accroît avec le constant développement de nouvelles techniques scientifiques, les exploitants peuvent s’attendre à des gains de productivité et à une plus grande prospérité. On doit consigner par écrit la capacité productive de tous les terrains inclus dans la coopérative. Les parts [de bénéfice] doivent se calculer sur la base de cette productivité. Par exemple, si un fermier a vingt hectares de terre parmi lesquels dix sont hautement productifs et dix de basse productivité, alors son dividende doit prendre en compte les différences de productivité. Si certains propriétaires terriens ne veulent pas travailler dans une coopérative agricole leurs terres devraient rester dans la coopérative. Ils seront toujours considérés comme membre de la coopérative et toucheront aussi un dividende basé sur la taille et la productivité de leur terre. Bien entendu, les propriétaires qui ne travaillent pas dans la coopérative n’auront pas droit à un salaire. Dans le système coopératif, les agriculteurs n’ont pas besoin de vendre leurs produits immédiatement après la récolte sous la pression des circonstances. Dans le système individualiste dit d’entreprise privée, la plupart des exploitants doivent vendre leurs produits juste après [la récolte] pour avoir assez d’argent pour survivre. Mais dans le système coopératif les agriculteurs jouiront d’une plus grande sécurité financière du fait que la coopérative peut donner des avances à tel ou tel exploitant et vendre les récoltes au moment le plus opportun pour en obtenir le meilleur prix. Les coopératives seront aussi capables de maintenir le prix de leurs propres produits dans une certaine fourchette. Les coopératives s’approprient ainsi les profits qui dans le système capitaliste ou individualiste reviennent aux intermédiaires et autres profiteurs Dans le système actuel, nombre de fermiers indigents doivent rembourser après la récolte les emprunts qu’ils ont fait pour payer l’irrigation, les semences et le travail nécessaires à la production de leurs récoltes. De surcroît ils achètent souvent à leur famille des vêtements pour une année. A cause de leur besoin urgent d’argent ils sont souvent forcés de vendre leur récolte à n’importe quel prix. On nomme ce type de vente sous la pression des circonstances une « vente désespérée ». Le système coopératif est essentiel pour protéger les agriculteurs de ces ventes désespérées. Dans une coopérative, les agriculteurs garderont assez de produits pour satisfaire leur besoin annuel de nourriture et vendront l’excédent de récolte à la coopérative au taux fixé par la coopérative. Lorsque le prix du marché est raisonnable, la coopérative vendra la récolte. Les agriculteurs recevront alors leur pourcentage de profit au prorata de leurs parts dans la coopérative. Les taxes et autres impôts directs et indirects doivent être payés collectivement par la coopérative, libérant ainsi les fermiers individuels des pressions financières et de l’exploitation économique. Dans nombre de pays développés économiquement, il n’y a pas de taxes foncières car les sommes collectées par de telles taxes représentent juste une infime portion de l’impôt total. La main-d’œuvre dans le système coopératif sera composée d’exploitants associés et d’ouvriers non associés. Les deux groupes y trouveront leurs avantages : les agriculteurs associés toucheront un salaire régulier pour leur travail plus une rémunération sur leurs parts, tandis que les ouvriers jouiront d’un emploi stable et d’une bonne paye. Il y a deux types d’ouvriers non associés travaillant dans les coopératives agricoles – les ouvriers permanents et les ouvriers temporaires ou disposant d’un contrat à durée déterminée. Les ouvriers permanents toucheront des bonus d’incitation alors que les travailleurs temporaires ne seront rémunérés que pour leur travail. Les ouvriers qui contribuent le plus à la coopérative devraient toucher les bonus les plus grands. Les ouvriers qualifiés doivent être payés plus que les ouvriers non qualifiés. C’est une incitation pour tous à devenir ouvrier qualifié et à travailler plus dur. On doit calculer les bonus sur la base du salaire qui doit refléter à la fois la qualification et la productivité du travailleur. Les membres qui achètent des parts dans la coopérative ne devraient avoir ni le pouvoir ni le droit de céder leurs parts sans l’autorisation de la coopérative, mais leurs parts peuvent être léguées à un tiers en héritage. Si certains membres de la coopérative n’ont pas de descendants, alors leurs parts doivent passer à leurs héritiers légaux qui deviendront membres de la coopérative s’ils ne le sont pas déjà. La raison de cette politique est qu’elle empêche les capitalistes d’acheter un grand nombre de parts dans une coopérative et de spéculer sur le marché. Ce type d’activité économique peut facilement conduire à une dépression. Le système de succession varie de pays en pays, et le droit de succession doit se soumettre aux usages du pays en question. Par exemple, le Bengale suit le système du Dáyabhága, d’autres endroits d’Inde suivent le code hindou et d’autres pays pratiquent d’autres systèmes. Si l’on respecte cette disposition, les membres de la coopérative n’auront pas besoin d’aller devant les tribunaux et éviteront les perpétuels procès que connurent jadis les zamindars. Comme tous les membres de la coopérative seront du même voisinage ou du même village, ils se connaîtront tous les uns les autres et ils n’auront pas de mal à décider qui devrait être le destinataire légal des parts. Les membres de la coopérative seront eux-mêmes en position de décider qui peut hériter des parts possédées par le membre défunt. Les propriétaires défavorisés ou mineurs seront mieux lotis sous le système coopératif. Une veuve, un fermier handicapé, ou un garçon ou une fille mineure qui possède quelques terres tireront un revenu de leur terre basé sur le nombre de leurs parts dans la coopérative. Dans le système de propriété privée, leur terre serait restée inutilisée et ils seraient restés dans la misère. Par conséquent, même si les membres de la coopérative sont incapables de travailler, ils auront droits à une part du profit total de la coopérative. Les agriculteurs peuvent aussi créer des coopératives de production pour produire des articles pour différentes industries. Ainsi, il se peut que certaines coopératives agricoles se doublent d’une coopérative de production. Ces coopératives de production doivent transformer les matières premières d’origine non agricole comme le calcaire pour la production de ciment. Les coopératives qui sont purement agricoles devraient vendre leurs produits directement aux coopératives de production qui à leur tour peuvent fabriquer divers biens de consommation. Les coopératives agricoles qui se doublent d’une coopérative de production peuvent accroître leur rentabilité de diverses manières. Par exemple, ces coopératives pourraient extraire de l’huile de l’écorce des grains de riz. L’argent ainsi gagné peut être réintroduit et réinvesti dans la coopérative agricole de production ou utilisé en recherche et développement. Les agriculteurs dans les coopératives agricoles seront capables d’exercer une pression collective sur les instances locales, régionales ou nationales de l’Etat, pour divers avantages et équipements. En Inde par exemple, les planteurs privés qui cultivent les fruits irriguent normalement avec l’eau des puits profonds. Mais cela peut affecter négativement la production fruitière car si la nappe phréatique descend trop au dessous des racines, les arbres fruitiers se flétriront graduellement et mourront. Dans ce cas les puits peu profonds sont préférables, mais ils ne peuvent fournir suffisamment d’eau pour l’irrigation. Les agriculteurs ont besoin d’étangs, de barrages et d’un système de pompage et d’acheminement de l’eau, et pour ces choses il se peut qu’ils aient besoin de l’assistance du gouvernement. C’est le droit fondamental du peuple d’être assuré de ses besoins minimums de nourriture, d’habillement, de logement, d’éducation et de suivi médical. Un approvisionnement convenable en eau d’irrigation est aussi un droit fondamental, parce que sans eau, on ne peut produire de nourriture, qui est le premier des besoins. L’eau d’irrigation est comme la pointe d’une toupie qui tourne – sans elle la toupie ne peut tourner.

Coopératives de production et de consommation

En plus des coopératives agricoles ou fermières, la PROUT demande la formation d’autres types de coopératives, comme les coopératives de production et de consommation. Les coopératives de production incluent les agro-industries, les agrico-industries et les industries non agricoles. L’excédent financier de telles coopératives devrait être distribué entre les travailleurs et les membres de la coopérative selon leur investissement en capital dans la coopérative et leur contribution à la production et à la gestion. De même, les coopératives de consommation doivent réunir des individus de vues similaires qui partageront les profits de la coopérative selon leur travail personnel et leur investissement en capital. Ceux qui sont occupés à la gestion de ces coopératives seront aussi en droit de toucher un salaire sur la base des services qu’ils rendent à la coopérative. Les coopératives de consommation distribueront des biens de consommation aux membres de la société à des prix raisonnables. On peut diviser ces articles en trois catégories – les articles de première nécessité comme le riz, les graines de légumineuse, le sel et les vêtements ; les articles semi essentiels comme l’huile et le savon antiseptique ; et les articles non essentiels tels les produits de luxe. Si des spéculateurs créent une pénurie artificielle de biens non essentiels cela n’affectera pas les gens ordinaires, mais s’ils accumulent des biens essentiels alors le petit peuple souffrira terriblement. Cette situation peut être évitée si les coopératives de consommation achètent les biens essentiels directement des coopératives de production ou agricoles. Les capitalistes stockent des biens essentiels et créent une pénurie artificielle pour réaliser un maximum de profit. En conséquence, les consommateurs achètent les biens essentiels à des prix enflés et parfois ils découvrent même que ces articles ne sont pas disponibles du tout. Les intermédiaires et autres profiteurs créent une pénurie artificielle de biens essentiels sachant très bien que les gens les achèteront, même s’ils doivent s’endetter pour cela, mais peu de gens emprunteront pour acheter des produits de luxe. Si la distribution des biens essentiels se fait à travers les coopératives de consommation, les intermédiaires et autres profiteurs seront éliminés. Les coopératives de consommation devraient s’approvisionner en produits dans les coopératives agricoles ou de production. Les coopératives de production doivent se charger des articles que les coopératives agricoles ne couvrent pas. De plus, les coopératives de production doivent obligatoirement produire les biens d’origine non agricole. Par exemple, les coopératives agricoles ou de production qui produisent du fil de coton ou de soie doivent vendre leurs fils à des coopératives de tissage qui peuvent fabriquer du tissu sur leurs métiers à tisser électriques. Si le motif à exécuter est compliqué, on peut bien sûr employer un métier à tisser manuel, mais en règle général, les coopératives de tissage devraient installer les touts derniers métiers à tisser électriques. Les coopératives de tissage approvisionneront à leur tour les coopératives de consommation. Il faut reconsidérer et augmenter le nombre d’articles considérés comme essentiels en fonction du temps, du lieu et de la personne. C’est au gouvernement et non au conseil d’administration d’une coopérative d’opérer de telles révisions. Il est possible que ce le l’on considère semi essentiel aujourd’hui soit considéré demain comme essentiel. Comme les biens semi essentiels sont sensibles aux pénuries artificielles et que ces dernières font souffrir le petit peuple, c’est aux coopératives de production de les produire. Le secteur privé peut se charger de la production de produits de luxe. Le gouvernement doit gérer les biens ou services essentiels non agricoles qui sont du ressort des coopératives de production et qui demandent un énorme investissement en capital. Le système ferroviaire en est un exemple. Donc les coopératives agricoles, les coopératives de production de biens essentiels et les coopératives de consommation [pour la distribution] de ces mêmes biens, sont indispensables à l’établissement d’une société saine.

Gestion coopérative

Les membres de la coopérative doivent former un conseil d’administration pour chaque coopérative. Ce conseil doit décider de la répartition des excédents entre les membres ; c'est-à-dire du dividende à payer à chaque associé. On ne doit cependant pas distribuer tout le profit sous la forme de dividendes – on devrait consacrer une partie aux réinvestissements, à l’achat d’équipement comme les tracteurs, l’engrais, etc. ; Une partie ira à l’accroissement autorisé de capital, et une autre à l’alimentation d’un fond de réserve. Le fond de réserve doit être utilisé pour accroître la valeur du dividende dans les années de faible production. Si l’on suit ce système le capital autorisé ne sera pas affecté.

Les membres de la coopérative doivent élire un conseil administration – il ne devrait pas s’agir de sièges honoraires. On doit prendre les précautions nécessaires pour qu’aucune personne immorale ne soit élue au conseil. Tous les administrateurs doivent être des moralistes. 

Pour arrêter le marché noir le gouvernement doit prendre des mesures fortes. Par exemple, pour protéger l’industrie du vêtement, le gouvernement devrait passer une loi interdisant la vente des vêtements qui n’ont pas la marque de la coopérative de production où ils ont été fabriqués. Donc, si des profiteurs essayent de vendre des vêtements sans marques on peut facilement les prendre [dans l’acte]. Ce remède simple mais efficace est connu de nombre de personnes intelligentes, mais elles ne font rien. C’est parce qu’elles sont les agents des capitalistes et ont besoin de l’argent de ces profiteurs et spéculateurs pour financer leurs campagnes électorales. Ce genre de corruption dans le système électoral fait partie de la démocratie. Nous pouvons donc affirmer que la démocratie n’est pas la meilleure forme de gouvernement. On ne peut mettre fin à la spéculation et au marché noir dans le système démocratique parce que ceux qui essayent de le faire seront évincés du pouvoir. A l’apogée de l’âge guerrier (kśatriya), la contrebande et la spéculation étaient sous le contrôle [du roi], mais lors de la domination des intellectuels (vipra) ou des commerçants (vaeshya) le contrôle sur ces pratiques corrompues se relâcha. Il est nécessaire de former de nombreuses petites coopératives satellites pour approvisionner les grandes coopératives de production en certains articles. Prenez l’exemple d’une usine automobile. De petites coopératives peuvent fabriquer localement les nombreux composants d’un moteur. Les membres de ces petites coopératives satellites peuvent même faire leur travail à la maison, mettant à contribution tous les membres de leur famille. La fonction principale de ces grandes coopératives de production sera d’assembler les différentes parties d’une voiture. Cela aura deux avantages : la grande coopérative n’aura pas besoin de beaucoup d’ouvriers minimisant l’agitation ouvrière et réduisant le coût du travail et maintenant les prix bas. Le problème de la population flottante et des travailleurs immigrés ne se produira pas dans le système coopératif, puisque les membres des coopératives devront être des personnes locales. Les ouvriers flottants ne devraient pas avoir le droit d’être membre de coopératives – les oiseaux migratoires n’ont aucune place dans les coopératives – étant à même de déranger l’ensemble de l’économie. Le district d'Howrah, par exemple, produit suffisamment de récoltes dans une saison pour nourrir la population locale pendant dix-sept mois, mais la présence de travailleurs immigrés fait que les récoltes sont consommées en six mois et demi. L’élimination de la population flottante protégera également la vie sociale de la coopérative de la possibilité d’influences sociales négatives. Dans le système coopératif, le chômage sera résolu. Au fur et à mesure que la production augmente, les besoins en produits et en ressources augmenteront aussi. [Les coopératives] peuvent embaucher les gens instruits en tant qu’ouvriers qualifiés. Elles auront aussi besoin de conducteurs de tracteurs, d’ouvriers et de cultivateurs, et les membres de la coopérative assureront naturellement ces positions. Les villageois n’auront pas besoin de s’installer dans les villes pour trouver un emploi. Dans le système coopératif, il ne devrait pas y avoir d’âge obligatoire pour la retraite. Les gens doivent être libres de travailler aussi longtemps qu’ils le désirent, à condition que leur santé le leur permette. Les communautés socio-économiques dont les réserves en matières premières sont insuffisantes devront fabriquer des matières premières synthétiques ou artificielles. Supposez qu’une communauté ou région ne dispose pas d’assez de fourrage pour nourrir ses bovins ou moutons. Importera-t-elle le fourrage d’une autre communauté ou région ? Non, elle fabriquera du fourrage artificiel à la place. De même, la production d’un dhotî [le vêtement traditionnel que portent les hommes dans le nord-est de l’Inde] nécessite un volume de coton important. Transporter de grosses quantités de coton est aussi coûteux en énergie, et donc s’il est difficile de s’en procurer, on peut produire du tissu synthétique à sa place. Avec les progrès de la science, les coopératives se développeront et fabriqueront une grande diversité de produit à base de matières premières synthétiques. Dans le système capitaliste, les matières premières sont importées d’autres pays ou régions dans le but de fabriquer des produits finis. Les coopératives ne suivront pas ce système. Elles développeront leurs propres matières premières par la recherche de façon à ce qu’elles ne soient pas dépendantes des matières premières étrangères.

Progrès raisonné

Grâce au système coopératif la société humaine progressera à une vitesse accélérée, ouvrant la voie à une nouvelle révolution scientifique. Aucune partie de l’univers ne restera inutilisée – tous les coins et recoins de l’univers seront convenablement utilisés. Là où le fourrage est disponible, des pâturages, des fermes laitières et la production laitière peuvent être développés. Là où le fourrage n’est pas disponible, du lait synthétique sera produit. De cette façon, l'on peut maintenir le progrès et le développement dans tous les domaines de la vie. Le jour où la science sera guidée par des intellectuels orientés vers la spiritualité est très proche. Quand ce jour arrivera, la science fera de grands bonds en avant, causant un formidable accroissement de la capacité intellectuelle des êtres humains. Les coopératives faciliteront grandement cet avancement psychique et spirituel. Pour accroître l’unité dans la société nous devons encourager tous les points communs et décourager tous les éléments de division. En Inde par exemple, il y a de nombreux communs qui aident à créer l’unité et il y a de nombreux éléments de division qui créent la désunion. La raison la plus fondamentale d’unité en Inde est que la mentalité indienne est centrée sur Dieu ; c'est-à-dire, elle est intrinsèquement basée sur le théisme. Elle accepte la providence divine comme un facteur humain cardinal. Même les communistes indiens sont théistes dans leurs cœurs, même s’ils parlent en athéistes dans les tribunes politiques. Bien que le niveau spirituel des gens soit élevé, le niveau moral y est inférieur à celui des pays occidentaux. Il est pour cela important d’élever le niveau moral. On doit pour cela créer des moralistes. A cet effet, nous nous devons de propager une idéologie universelle dans tous les coins et recoins du pays. Un autre élément d’unité est la langue sanscrite. Les Indiens, qu’ils connaissent ou non le sanscrit ont tous un profond amour et respect pour cette langue. Si le sanscrit était devenu la langue nationale de l’Inde au lieu de l’Hindi, tous les problèmes actuels liés [au choix de] la langue nationale auraient été évités. Prenez un autre exemple, le système de calendrier. Le nord de l’Inde et quelques parties du sud de l’Inde suivent le calendrier lunaire, appelé saîvat, qui prend en compte les mouvements de la Lune. Dans ce système le septième aśárh est le matin, le huitième aśárh est la mi-journée et le neuvième aśárh est la nuit. L’utilisation de ce calendrier génère une multitude de problèmes. Au Bengale, en Assam, au Manipur, au Panjab, au Jammu, au Cachemire, en Orissa et quelques régions du sud de l’Inde on emploie le calendrier solaire, appelé shakábda, qui prend en compte les mouvements du soleil. Selon ce système, au Bengale le premier vaeshákha est le 14 avril, alors qu’au Panjab, le premier vaeshákha tombe un 13 avril. Devrions-nous encourager ces différences dans le système de calendrier ? Non, nous devrions suivre soit le système shakábda, soit le système international de calendrier. Donc, pour intégrer l’entière race humaine, les éléments unificateurs doivent être encouragés et les éléments de division découragés. Les éléments unificateurs les plus doux sont l’amour et la sympathie pour l’humanité. Le cœur humain a soif de joie, de plaisir et de béatitude. Dans le domaine physique, la meilleure expression de cette douceur humaine est le système coopératif. Le système coopératif est la meilleure représentation de la douce ambroisie de l’humanité.

Calcutta, le 18 février 1988.

�Agriculture raisonnée




L’autosuffisance est l’objectif principal de nos projets agricoles que nous devons donc axer sur la production. Ils ne devraient pas dépendre de ressources extérieures. Une approche raisonnée de l’agriculture doit intégrer des domaines comme l’agriculture, l’horticulture, la floriculture, la sériciculture, la culture de la laque, l’apiculture, la production laitière, l’élevage, l’irrigation, la pisciculture, la lutte contre les parasites, l’usage convenable des engrais, les industries artisanales, la production énergétique, les centres de recherche et la conservation de l’eau. Nous nous devons d’adopter une telle approche qui contribuera à l’autosuffisance des projets agricoles.

Agriculture

L’agriculture est la science de la culture du sol et de l’élevage. Elle inclue la culture des aliments de base. Les cultures importantes du Bengale incluent de nombreux types de légumineuses, les céréales et d’autres graines de graminées, les graines oléagineuses, les récoltes sucrières et les légumes. Les légumineuses fournissent des protéines et un engrais supplémentaire car elles fixent l’azote de l’air dans le sol, mais l’on devra néanmoins apporter du calcium, des phosphates, de la potasse et ainsi de suite, aux cultures de légumineuses. Les céréales sont riches en hydrates de carbone et comprennent le riz, le blé, le maïs, l’avoine, l’orge et le seigle. Les autres graines de graminée incluent tous les types de millet, de sorgho, d’avoine, de seigle et de sarasin. Les graines oléagineuses incluent la moutarde, le soja, le sésame, le lin, le carthame et le tournesol. Les échanges de graines entre l’Inde et le reste du monde sont d’une importance cruciale. Les cultures sucrières incluent la canne à sucre, la betterave à sucre, le dattier et le borasse. Les épices incluent les clous de girofle, le cumin, la coriandre, etc. De nombreux types de plantes médicinales peuvent être cultivées au Bengale. Il faudrait installer de nombreux herbiers à Ánanda Nagar. En Inde, de nombreux légumes de saison comme les légumes d’été, les légumes d’hiver et les légumes permanents sont cultivés. On devrait étendre le choix de légumes produits. L’oignon et l’ail sont cultivés pour la vente au public ou l’industrie pharmaceutique bien qu’ils ne soient pas bons pour les pratiques spirituelles. Les autres produits incluent le café, le cacao, le thé et le caoutchouc. Le thé et le caoutchouc peuvent se cultiver pour la consommation locale ou en tant que cultures commerciales. Les cultures commerciales contribueront à la transformation de l’économie locale. Si ces cultures commerciales sont réalisées par des coopératives, cela aidera à l’élévation rapide du niveau économique des gens de la région. Dans le cas de la moutarde jaune, des grosses lentilles et du blé, on peut choisir entre les variétés de début, de milieu ou de fin de saison, mais dans le cas du paddy ce choix n’existe pas. Si l’on dispose [en termes de semences] de toutes les variétés précoces, normales ou tardive d’une culture quelconque et de suffisamment de temps pour les utiliser, alors on doit planter la variété précoce en premier. Ici on s’efforce de maximiser le rendement de la culture par une bonne planification. Au cas où la variété précoce manquerait de se développer, on devrait tenter la variété de milieu de saison. Si l’on fait tout comme il se doit, le rendement de cette variété égalera presque celui de la variété précoce. Si la variété de milieu de saison ne se développe pas non plus pour quelque raison, on doit alors essayer la variété tardive. Si la variété tardive est semée au début de la saison et ne donne aucun fruit pour une raison ou pour une autre, alors il ne sera plus possible de cultiver et la saison sera perdue. Il est nécessaire d’épandre de l’engrais liquide au cours de la deuxième irrigation après un désherbage convenable. Le riz est l’aliment de base du nord-est de l’Inde. Pour la variété boro de riz, le désherbage doit se faire un mois après le repiquage, et c’est après cela que l’engrais liquide doit être épandu. On doit s’assurer que l’engrais liquide n’est pas toxique car autrement il nuirait à la pisciculture. Même les terres rocailleuses peuvent être rendues cultivables en les recouvrant d’un bon sol. Sur les terrains élevés nous devrions si possible cultiver du napier [Pennisetum purpureum Schumach.] en tant que fourrage. Il est plus difficile de cultiver le napier sur les terres hautes que sur une terre plate parce qu'il est gourmand en eau. Nous devrions néanmoins essayer [de le faire] pour libérer les meilleures terres pour d’autres cultures. Lorsqu’une voie ferrée, propriété du département des chemins de fer, traverse une terre agricole, il faudrait cultiver des deux côtés de la voie ferrée des doliques mongette, du riz aus de fin de saison ou des haricots urad. Chaque fois que l’on veut transplanter des plantes de zones glaciales ou tempérées dans un climat chaud, on devrait les planter sur des hauteurs, si possible à proximité des pierres ou des rochers, pour qu’elles gardent leur fraîcheur pendant la nuit. La bordure de toute exploitation, à l’exception des zones ornementales, peut être plantée d’épinards au printemps et en été, et de haricots en été, en saison des pluies, en automne et en hiver. Les projets agricoles doivent aussi cultiver des produits qui peuvent servir de réserves de survie lors de circonstances critiques. Cela inclue les légumes, les légumes secs, les pommes de terre et le fourrage destiné aux vaches laitières pour assurer la production laitière. Tous les projets agricoles se doivent de démarrer la production de ces denrées immédiatement. Ce sont les denrées minimales pour la survie physique. Ces produits garantiront votre survie lors des circonstances difficiles que peut vous réserver l’avenir.

Horticulture

Les vergers et les potagers doivent faire partie de tous les projets agricoles. Il y a de nombreuses variétés de fruits. On peut les utiliser pour faire des confitures, des marmelades, des gelés, des fruits secs, etc.

Floriculture

La floriculture est la culture des fleurs. Le jasmin, les magnolias, les roses et autres produisent de l’essence florale que l’on utilise dans de nombreux produits. Il est possible de cultiver et de commercialiser les tubéreuses [Polianthes tuberosa] comme cela se fait pour les roses aujourd’hui. Les roses poussent très bien dans les sols rouges. On peut extraire du lotus un nectar floral qui est très bon pour tous les types d’affections oculaires, y compris le détachement de la rétine. Il est possible de préparer du miel à partir des fleurs de lotus, de lis, de cornouiller et de cotonnier. Une énorme quantité de miel est présente dans les fleurs du lotus, du lis, du cornouiller et du cotonnier. Le lotus et le lis donnent aussi un nectar floral – un nectar qui est préparé par les fleurs, pas par les abeilles. Cela fait partie du domaine de la floriculture. La floriculture doit s’attacher à produire du nectar floral. Comment extrait-on le nectar floral ? On doit l’extraire à l’aide d’un compte-goutte ou d’une seringue. Quand j’étais jeune, j’avais l’habitude de manger des graines de lotus. A cette époque on les trouvait généralement dans tous [le district de] Burdwan. J’avais coutume d’ingérer du nectar floral en léchant les fleurs. Le miel et le nectar floral du lotus et du lis entrent dans la préparation de nombreux remèdes. Le prix de vente de ce miel et de ce nectar floral ne peut qu’être élevé. Pour extraire le nectar floral on doit faire comme si on était un médecin prélevant du sang à l’aide d’une seringue. En effet de nombreuses fourmis et insectes se nourrissent du nectar floral, mais une seringue permet de l’extraire sans se boucher. Les tiges d’okra peuvent avoir un emploi singulier. Supposez que vous ayez un champ d’ananas qui ne produit ni fruits ni fleurs. Si l’on brûle les tiges [d’okra] et qu’on les disperse dans tout le champ, les émanations et fumées aideront les fleurs et les fruits d’ananas à se développer. On doit cependant faire attention de ne pas brûler les ananas. Cette méthode produira très rapidement à la fois des fruits et des fleurs. Le secteur de la floriculture a été très négligé. Il mérite d’être développé. Nous pouvons aisément produire du parfum de rose et de l’eau de rose avec la roseraie d’Ánanda Nagar.

Quelques utiles produits dérivés de la culture des insectes

Au Bengale la production des dérivés de la culture des insectes a trois branches principales – la sériciculture, la culture de la laque et l’apiculture. La première est la sériciculture. On trouve deux grandes variétés de soie au Bengale – la soie du mûrier et la soie sauvage. Les vers à soie du mûrier se nourrissent des feuilles du mûrier et peuvent produire deux qualités de soie – la soie fine (garad) et la soie ordinaire (matka). La soie sauvage inclue la soie mouga, le tussah et la soie endy. En ce qui concerne la variété mouga les vers à soie se nourrissent de néverdier [Moringa oleifera Lam.] Dans le cas du tussah les vers se nourrissent de plantes comme le sal [Shorea robusta Gaertn. f.], l’arjuna [Terminalia arjuna Bedd.], le prunier indien [Zizyphus jujube Linn.], l’asan [Terminalia tomentosa], le Kadsura hetroclita, un buisson que l’on trouve surtout en Assam, et le palissandre d’Asie (svet sal) [Dalbergia latifolia Roxb.] Les vers à soie de la variété endy mangent les feuilles de ricin. Les vers à soie du mûrier sont une variété domestiquée de ver à soie. Le tussah est une variété de vers à soie qui croît naturellement. Cette variété dispose ses cocons sur les arbres pour que les larves s’y nourrissent. Une fois que les larves sont écloses, les cocons sont récoltés dans les arbres. Pour la production du tussah, les arbres sont maintenus à la hauteur raisonnable de 1.80 m sinon le ramassage des cocons poserait problème. En ce qui concerne la production de soie domestique, les bombyx pondent des œufs, puis c’est l’éclosion des larves qui se mettent à manger les feuilles et se développent jusqu’à leur taille adulte pour finalement tisser un cocon de soie. Les cocons sont généralement séchés au soleil ou bouillis afin de tuer les chenilles. Comme les chenilles sont dans un état d’hibernation naturelle, elles ne ressentent aucune douleur quand elles sont tuées de cette façon. On récolte alors les cocons de soie que l’on file pour en faire des fils de soie. La production de soie est une industrie lucrative, et la soie est une excellente fibre pour les tissus. Certaines plantes à soie comme le mûrier et le prunier indien donnent aussi des fruits. Différentes plantes peuvent se cultiver autour des plantes à soie pour une utilisation maximale de la terre agricole. Les plants non greffés de mûrier donnent plus de feuillages pour la production de soie que les plants greffés. [Le district de] Malda est une bonne source de mûres. Les mûriers devraient être plantés de telle manière que leur ombre ne tombe pas sur les zones cultivées. Voilà ce que l’on doit cultiver entre deux mûriers : 1) Là où le sol est extrêmement rocailleux et insuffisant, on doit apporter du sol de l’extérieur pour planter entre deux mûriers du palmier, du prunier indien et de l’anone sous la forme de jeunes arbres et non de semis. On doit entreprendre des recherches sur l’anone et le prunier indien. 2) Là où le sol est extrêmement rocailleux mais avec suffisamment de terre accumulée entre les rochers, la prune café [Flacourtia jangomas Räusch.] et l’anone peuvent être plantés entre deux mûriers. On doit entreprendre des recherches sur la prune café. 3) Sur une terre moins rocailleuse, la prune café non épineuse et l’anone peuvent être plantés entre deux mûriers. Des recherches doivent être conduites sur la prune café non épineuse. 4) Là où la terre est un peu meilleure que celle de catégorie 3, le dattier (khejur) et de jeunes anones peuvent être plantés entre deux mûriers. On devrait si possible introduire en Inde des variétés étrangères d’anone, tout particulièrement la grosse variété des Philippines. Le bois de mûrier permet la confection d’articles de sport. Le mûrier peut se cultiver avec succès à Ánanda Nagar. Vient maintenant la culture de la laque. La laque est produite par des insectes cultivés sur des arbres comme le palash [Butea frondosa Koenig-ex Roxb.], le prunier indien et le kusum [Schleichera trijuga Willd.]. On ne devrait pas cultiver la laque sur tous les pruniers indiens car cela affecterait la production fruitière. La laque peut servir de vernis protecteur pour les meubles, etc. En apiculture les abeilles produisent du miel épuré et de la cire à partir d’une grande variété de fleur. Il y a parmi les différents types d’abeilles des abeilles sauvages comme l’Apis dorsata qui ne peut être domestiquée et l’abeille du bush que l’on peut domestiquer. L’utilisation d’abeilles sélectionnées doit être encouragée, mais on ne doit pas empêcher les abeilles sauvages de pénétrer dans nos jardins. On doit autoriser toutes les abeilles, y compris les abeilles sauvages à butiner dans nos champs. Les ruches peuvent se placer près des plantes oléagineuses, des champs de fleurs, des margousiers (neem trees), des oliviers indiens et des vignes. Le miel doit être collecté régulièrement dans les ruches. Au Bengale la période de floraison maximale de ces plantes est mars, avril, mai et juin. Il est possible de collecter du nectar floral directement de certaines fleurs qui produisent du miel naturellement. On doit faire plus de recherches sur tous les types de miels de fleurs.

Elevage laitier

L’élevage laitier consiste à élever des vaches, des chèvres, des moutons et des buffles pour leur lait. On devrait aussi y produire du lait en poudre et du yogourt déshydraté. Les animaux ne doivent pas être vendus aux abattoirs.

Irrigation

L’irrigation est un autre aspect crucial de l’agriculture. En principe on ne devrait pas utiliser l’eau du sous-sol pour l’irrigation. On ne doit pas déranger l’eau souterraine sous peine de voir tomber le niveau de la nappe phréatique, ce qui provoquerait une sévère pénurie d’eau. Le meilleur système est de collecter l’eau de surface. L’eau de pluie, même s’il s’agit de petites averses, doit être collectée là où elle tombe. Exploiter les immenses réserves d’eau sous certains déserts ferait plus de mal que de bien. Il est toujours préférable de conserver l’eau de surface. La conservation de l’eau, l’irrigation et l’afforestation sont toutes trois essentielles à la reconquête du désert. Dans le désert indien de Thar, un canal a été construit pour y amener l’eau du Gange et pouvoir irriguer la terre. La région de Ganga Nagar a ainsi été reconquise et produit maintenant de grosses quantités de blé. Le canal peut même être prolongé si besoin dans le désert. Conserver l’eau de surface est la meilleure méthode d’irrigation et est préférable à l’exploitation des réserves d’eau souterraines. Les écologistes affirment que certains déserts sont essentiels à la préservation de l’équilibre écologique global. Les hautes températures de la journée et les basses températures de la nuit que l’on rencontre dans les régions désertiques ont un effet utile. Comme l’air du désert est sec, l’air chaud s’élève et crée un vide qui aspire à son tour de l’air, générant une réaction en chaîne. De l’air humide arrive alors de la mer, causant de la pluie. Si les déserts disparaissaient complètement, cela diminuerait les précipitations globales. Certaines plantes comme l’acacia de lebbek [Albizzia lebbeck benth.], les palissandres de l’Inde [Dalbergia sissoo Roxb.], le chêne blanc himalayen [Quercus incanta Roxb.] et la fougère ont la capacité d’attirer les nuages chargés de pluie. Elles créent également un environnement propice au développement des autres plantes.

Pisciculture

Il faudrait élever du poisson dans les lacs, les retenues d’eau et les étangs car il contribue à la conservation et à la purification de l’eau. On peut aussi élever du petit poisson dans les champs de riz pendant la saison des pluies. Les poissons servent de nourriture aux oiseaux et constituent donc un maillon crucial de l’équilibre écologique.

Lutte contre les nuisibles

Pendant la saison des pluies, à la dernière semaine de Shrávaòa, il y a de l’eau dans les champs de riz du Bengale. Il faut y élever du poisson mais il ne faut pas autoriser les pêcheurs à les pêcher tant que le riz n’a pas fini de pousser. Il faut éviter d’utiliser des pesticides nocifs dans ces champs car cela tuerait les poissons et polluerait le réseau hydrographique local. Il est recommandé d’utiliser des pesticides doux comme la pâte de neem. Si l’on fait des aspersions de sulfate de cuivre, on doit essayer d’en utiliser le moins possible car c’est un produit nocif. La pâte de neem se prépare à partir des feuilles de margousier. Avant de planter le riz, lors de l’ultime labourage, des tourteaux de neem doivent être mélangés au sol. De surcroît un mélange de pesticide à la pâte de neem et d’urée doit s’utiliser lors de chaque attaque d’insectes. Il est aussi possible de mélanger une solution de sulfate de cuivre à l’urée. Les poissons ne devraient pas servir de nourriture aux êtres humains mais aux chacals, aux oiseaux, aux renards et à d’autres poissons et crabes. Si l’eau des champs de riz s’écoule dans les étangs, les lacs ou les rivières, les petits poissons prolifèreront et nourriront les poissons plus gros, les oiseaux et certains mammifères carnivores. De cette façon les agriculteurs contribueront à la préservation de l’équilibre écologique. Parfois il y a des remèdes qui ciblent une culture donnée. Par exemple, pour tuer les vers qui attaquent les choux-fleurs, on peut les asperger d’un mélange d’eau savonneuse et de pétrole. La présence de savon dans l’eau permet de laver facilement le pétrole sur les choux-fleurs pour éviter tout problème de toxicité. La plupart du temps, on rencontre des serpents là où les courges cireuses [Benincasa hispida (Thunb.) Cogn.] sont cultivées. Pour éviter cela, on emploie de l’Aristolochia indica Linn. car les serpents craignent son odeur. Les serpents ont aussi peur de tout sel de cuivre. Là où le sel de cuivre est présent, les serpents seront absents, comme dans le [canton de] Ghatshila et de Maobhandar, près de Tatanagar. L’eau conservée dans un pot de bronze devient antiseptique dû au cuivre présent dans le bronze. Le sulfate de cuivre est toxique pour les êtres humains.

Engrais

Dans un passé lointain, les grands animaux avaient coutume d’aller à certains endroits prédéterminés pour mourir. Les éléphants sauvages ont toujours cette habitude. En ces lieux, avec le passage du temps, les ossements des animaux se transforment en dépôts de sulfate de calcium et de carbonate de calcium. Là où vivaient des groupes d’animaux du crétacé, on trouve maintenant du calcaire. L’Assam par exemple contient du calcaire et du pétrole. La graisse de ces animaux gigantesques devint du pétrole et les os du calcaire. On trouve de ce calcaire aussi dans le Ráŕh, à Jalda et à Jaipur. Le calcaire peut s’utiliser dans la production de ciment de qualité et a la propriété de rendre les oranges plus douces. Il y a deux types d’engrais – naturel et inorganique. Chaque fois qu'on utilise les engrais on met aussi indirectement à contribution les bactéries. Ces bactéries fonctionnent de deux manières – l’une positive et l’autre négative. Quand vous utilisez des bactéries bio-fertilisantes, c'est-à-dire des engrais naturels, la fonction de la bactérie sera seulement positive. Vous devez lancer des recherches appliquées sur les microvita positifs à partir de l’étude des bio-fertilisants et de leurs propriétés positives. Parmi les engrais naturels d’origine animale ce sont l’urine et le crottin de mouton qui constituent le meilleur fumier. Les moutons que l’on peut élever dans le Ráŕh peuvent s’acheter au Bengale, au Jammu, en Himachal Pradesh et en Uttar Pradesh. Les variétés australiennes peuvent s’utiliser aussi. Les matières premières nécessaires à la production de biogaz incluent les crottes de vache, de buffle, de mouton et d’autres mammifères que l’on conserve en milieu clos et protégé, et la matière organique des jardins d’agréments. Les jacinthes d'eau [Eichhornia crassipes] constituent aussi une bonne matière première pour la production de biogaz, mais c’est la bouse de vache qui arrive à la première place. La bouse des animaux hybrides n’est pas aussi bonne que celle des races pures ou originelles car les hybrides sont plus sujets à la maladie. Pour les légumes verts, le meilleur engrais est les légumes pourris. La bouse de vache aussi peut donner le même résultat. Dans le cas de la gourde, un mélange à part égale de tourteau d’huile, de tourteau de moutarde et de sol accroîtra le rendement. J’ai dit une fois que les exploitants avaient besoin d’engrais pour l’utilisation maximale de la terre agricole. Les engrais d’origine animale ne suffisent pas – les fermiers ont besoin d’engrais chimiques. Il faut cependant noter que l’usage intensif des engrais chimiques rend la terre infertile et inutilisable après quelque temps. La raison en est que les engrais chimiques détruisent l’énergie vitale de la terre à telle point qu’elle devient sans vie, comme du ciment. Il faudrait trouver comment utiliser les engrais chimiques sans affecter la terre. Le système d’agriculture privée ne permet pas d’éviter les effets négatifs des engrais chimiques. La solution à ce problème réside en le système coopératif. Celui-ci offre des possibilités accrues pour la recherche et le développement agricole pour découvrir de nouvelles et meilleures façons d’utiliser et de prolonger la vitalité de la terre. L’avantage des coopératives est qu’elles combinent la richesse et les ressources de nombreux individus et les exploitent de manière unifiée. Il fut un temps où les cultivateurs laissaient leur terre en jachère pour un an après plusieurs années de culture continue, mais ce n’est pas possible aujourd'hui. Il est maintenant nécessaire d’utiliser des engrais chimiques qui ne réduisent pas la fertilité du sol ou d’obtenir de hauts rendements sans utiliser d’engrais chimiques du tout. J’ai bon espoir que cela s’accomplira dans un proche avenir.

Industries artisanales

Nous devons établir différents types d’industries artisanales dans les « communautés maîtresses » dans la limite des matières premières disponibles. Parmi les différents types d’industrie artisanale on trouve : (1) Le premier stade de transformation des produits agricoles d’origine animale, tel que le lait, la laine, la soie, la laque, le miel et la cire. (2) La fabrication de toutes sortes de produits dérivés des plantes, tel que le poppadum à base de graines de légumineuses, le riz battu, les flocons de céréales, les confitures de fruits, etc. (3) Les produits industriels [thérapeutiques] et les remèdes à base de plantes, tels que les huiles essentielles, les médicaments ayurvédiques et les remèdes naturopathiques. (4) Les médicaments d’origine non botanique comme les médicaments allopathiques et biochimiques, sans oublier les équipements médicaux tels que les manomètres. (5) Les différentes fibres produites à partir de plantes telles que le jute, le cotonnier, le lin, le chanvre, le bananier, l’ananas, le sisal, l’okra et le basilic. (6) Les produits fibreux d’origine non botanique tels que le nylon, la rayonne et la soie artificielle. (7) Les articles d’origine minérale mais non métallique comme les produits à base de carbonate de calcium, de sulfate de calcium, de phosphate de calcium, de coquillages, de caoutchouc et de coquilles d’huîtres. (8) Les produits non métalliques comme le savon, le shampoing, le savon liquide, les brosses à dents, le détergent et le  nectar. (9) Les produits métalliques comme l’or, l’aluminium, le bronze, le cuivre, le zinc, etc. sans oublier les articles d’étain, les thermomètres, la vaisselle et les autres ustensiles. (10) Les matériaux et articles à base de fer, comme l’acier, l’acier inoxydable, les broyeuses, le ciment et les engrais. Ce sont seulement quelques exemples des articles qui peuvent être produits. Il y en fait une multitude d’articles à produire dans chacune des catégories. Dans les régions pauvres, on peut commencer par deux ou trois industries simples comme la manufacture de cartables, de remèdes ou la production de farines à l’aide de broyeurs. Si les industries artisanales sont bien implantées la population autochtone indigente en tirera un profit immédiat.

Production énergétique

L’énergie que l’on peut produire à petite échelle inclue l’énergie solaire, l’énergie thermique, le biogaz, l’hydroélectricité et l’énergie éolienne. L’énergie solaire nécessaire pour alimenter les ampoules lumineuses et les pompes à eau peut être produite par les panneaux solaires. L’énergie thermique peut être produite à partir de charbon ou d’autres combustibles fossiles. Le biogaz employé dans la cuisson, les illuminations et les petits générateurs peut être produit par le traitement des déchets organiques. La centrale biogaz exploite le gaz produit par la décomposition de la biomasse, qui est collecté pour des usages variés. Il est possible d’utiliser les excréments de vaches, de buffles ou d’hommes dans les centrales biogaz. Le lisier constitue un fumier excellent car il se décompose en une semaine environ, alors que le fumier frais prend jusqu’à six mois. Ce lisier atteint les racines des plantes en seulement trois jours, comparés au trois mois pris par le fumier ordinaire. Le lisier peut nourrir une plante en moins de dix jours, alors que la bouse de vache ordinaire prend jusqu’à neuf mois. Dans un environnement idoine, on peut aussi construire de petites centrales hydroélectriques. Par exemple, il est possible de construire sur la rivière Daksina à Ananda Nagar, une centrale produisant de l’hydroélectricité. Elle sera à même de produire de l’énergie pendant un maximum de neuf par ans. L’énergie éolienne est l’une des sources d’énergie la moins chère pour l’alimentation de pompes et de générateurs. Elle est très peu chère car son coût se réduit à l’investissement initial pour construire l’éolienne et aux coûts d’entretiens. C’est le choix idéal pour les lieux venteux.

Centres de recherche

Chaque grand projet agricole et communauté maîtresse devraient posséder son centre de recherche. Bien que tous les types de recherche y soient encouragés, on devrait donner la priorité à l’agronomie, la deuxième priorité à la biologie (la zoologie précédant la botanique sur l’échelle des priorités) et la troisième priorité à la chimie. La recherche agronomique doit se porter sur tout un éventail de sujet incluant les semences, les fruits, les fleurs, la soie, les herbes, les plantes médicinales, les légumes d’été, les légumes d’hiver, les légumes permanents, les épices, les légumineuses et le riz. Certaines noix et fruits comme la noix, la châtaigne, l’amande, le kaki, la cerise, l’abricot, le raisin, la figue, la pistache et la noix de coco du Paraguay devraient aussi faire l’objet de recherches. On peut aussi établir des centres de recherche dédiés à certaines plantes fibreuses telle que le jute, l’agave, le chanvre, l’okra, le coton d’hiver ou permanent, le lin et l’ananas. Il faudrait aussi étudier en détail les graines oléagineuses comme les graines du melon, du concombre, du lin, du sésame, du carthame et de la moutarde. Il est en effet important de trouver des techniques pour extraire plus d’huile des graines oléagineuses et pour déodoriser l’huile. Prenons l’exemple de l’okra. Une huile comestible peut s’extraire des graines d’okra. Cette huile n’a pas une teneur élevée en gras. La tige n’est pas riche en calories. La fibre de la plante peut s’utiliser pour faire du tissu. La partie restante peut servir de fourrage ou d’engrais. L’okra est cultivé en surface et l'on peut donc le cultiver avec des tubercules pour avoir deux cultures en même temps - l'une au-dessus du sol, l’autre en profondeur. On peut utiliser la tige d’okra dans l’industrie du plastique et du papier pour produire un papier de qualité ordinaire. On peut l’utiliser comme combustible. On ne peut fabriquer des allumettes avec le bois d’okra car il est trop fragile. L’okra pousse en quarante jours seulement et n’est pas gourmand en eau. Il est primordial de trouver des techniques pour améliorer les rendements. Dans le cas des légumineuses par exemple, on peut cueillir souvent leurs feuilles et tiges et les utiliser comme légumes. Cela produit des pousses supplémentaires et accroît la production, mais il faudrait mettre fin à cette pratique un mois avant la période de la floraison. La cœur de bœuf orange, la pomme rouge et le raisin vert [trois variétés de tomates] furent conçus en Inde par Satya Banerjee. Les cultures très demandeuses d’ombre incluent des plantes comme le gingembre, le curcuma, le bétel, la patate douce, la pomme de terre sucrée et la pomme de terre elephantum. Les plantes utiles dans la fabrication de parfums incluent les variétés rai, matia et mogra du jasmin d’Arabie [Jasminum sambac Ait.], le Jasminum sambac, le jasmin d’Espagne [Jasminum grandiflorum Linn.], le Mimusops elangi, le Murraya paniculata Linn. Jack., la lavande et le laurier-rose. Il est possible de faire du papier à partir du bambou, des feuilles de bambou, de l’herbe safia, de bois tendres, de déchets de cannes à sucre et de déchets de maïs. Quant au papier de qualité, on peut le fabriquer à partir de pin de Hoop [Araucaria cunninghamii D. Don.]. Toutes les graines sucrées ne doivent être semées qu’après leur germination complète, sinon les fourmis les finiront. Les semences de radis devraient provenir de plus de cinq kilomètres du champ où elles seront plantées, sinon elles seront sujettes à la maladie. Pour la culture de graines de tournesol, les variétés à haut rendement doivent être utilisées ; pour le gingembre, les variétés qui produisent des pousses ; pour la cacahuète, la variété Gujarat, la variété Andhra Pradesh ou la variété Tamil Nadu ; et pour le riz, la variété boro de fin de saison. Il devrait y avoir un centre de production de semences à Ánanda Nagar ou à Ánanda Shiila où le climat est très froid. On ne peut produire de bonnes semences dans les plaines de l’Inde. Les meilleurs endroits pour produire les semences de betterave à sucre sont le Garhwal Himalaya en Uttar Pradesh, l’Himachal Pradesh et la vallée du Cachemire. Nous devrions essayer de produire des semences à Ánanda Nagar ou à Calcutta dans une serre. La jagrti d’Ánanda Nagar est le plus haut point de la zone centrale d’Ánanda Nagar, c’est donc l’endroit idéal pour cultiver les semences de brocoli, de betterave à sucre et de chou. Les herbes et plantes médicinales doivent jouir d’un statut particulier. Certaines plantes sont très utiles car elles contribuent à la guérison de certains troubles psychiques. Par exemple, le brahmi sag [Herpestis monniera H. B. & K.] améliore la mémoire et est bon pour le cerveau. La calebasse [Lagenaria siceraria (Molina) Standl.,] est bénéfique pour ceux qui sont dérangés mentalement. L’huile de Bhringaraj [Wedelia calendulacea Less.] peut être utilisée pour traiter les aliénés. Le Tulsi nishanda ou l’huile extraite de graines de basilic peut traiter la folie. D’autres plantes permettent de soigner des dysfonctionnements physiques. Par exemple, l’échinacée d'Inde [Andrographis paniculata Nees.] ou le cirota, qui n’est autre que de l’échinacée d'Inde séchée peut prévenir la malaria. Le Cinchona est une source de quinine. La macre nageante [Trapa bispinosa Roxb.] est bonne pour l’estomac et les troubles intestinaux. Il y a six catégories de hauteurs – les petits tertres, les semi-monticules, les petits monticules, les monticules, les collines et les montagnes. Il faut utiliser la terre située à proximité de sources d’eau comme les puits et les retenues d’eau pour cultiver diverses variétés de sag ou de légumes verts à feuilles, de menthe (pudina) et d’ombilic indien (thankuni) [Hydrocotyle asiatica Linn.].

   Les plantes grimpantes à planter dans les endroits protégés incluent le bétel de variété gach pán et le poivrier long [Piper longum Linn.] sur un chêne rouge sur deux ; le poivrier [Piper nigrum Linn.] sur  les chênes argentés et les chênes verts ; la Chavya [Piper chaba Hunter.] sur les cocotiers ; et d’autres plantes médicinales grimpantes telles la Cissus quadrangularis Linn.] et l’Aristolochia indica Linn. poussant sur des palmiers divers. Ces plantes grimpantes ne devraient pas être cultivées sur les palmiers bordant les routes. On doit les réserver à des zones protégées. 

Le calendrier solaire

Les mois bengalis sont des mois solaires et ils prennent en compte les saisons. Les mois hindis sont des mois lunaires et l’on ne peut utiliser le calendrier hindi pour l’agriculture. Le calendrier grégorien est aussi un calendrier solaire, mais il n’est pas ajusté. Par exemple, le début de l’arc correspond au 14 avril qui est en milieu de mois, mais s’il était correctement ajusté, il tomberait en début de mois. Généralement l’année solaire est de 365 jours et l’année lunaire de 355 jours. Pour cette raison l’année lunaire saute un mois tous les trois ans. Le calendrier bengali est suivi au Bengale occidental, au Bengladesh, au Tripura, en Assam, en Orissa, dans les territoires de parler bengali du Bihâr et à Chotanagpur. Il est aussi suivi pour les cultures en Uttar Pradesh, au Madhya Pradesh, au Jammu, au Cachemire, au Pendjab, en Himachal Pradesh, au Tibet, au Kerala, au Tamil Nadu, en Andhra Pradesh, au Maharastra, au Gujarat et au Rajasthan. Lorsqu’à la fois le soleil et la lune sont sous les Poissons, que des nuages se forment dans le ciel et qu’il pleut, on appelle cela hathiya au Bihâr. Cette combinaison est considérée comme excellente pour l’agriculture parce qu’elle décuple les rendements. Certaines plantes sont sensibles au soleil et d’autres sont sensibles à la lune. Le basilic est sensible à la lune. Pour les herbes sensibles à la lune l’effet augmente les nuits de pleine lune. On devrait cultiver les plantes sensibles au soleil et celles qui sont sensibles à la lune en des lieux différents. Des recherches visant à améliorer la justesse de tous les calendriers doivent être conduites. Cela rendra l’agriculture plus scientifique et augmentera la productivité.

Particularités des projets agricoles

Tout projet agricole raisonné doit tenter de développer sa particularité, comme la présence d’un broyeur à blé pour produire de la farine, d’une boulangerie pour produire du pain, d’un centre de distribution de semences bon marché (sulabha biija vitarańa kendra), de sériciculture, de centrales à biogaz pour utiliser les déchets des vaches laitières, d’énergie solaire, d’apiculture, d’une école ou d’un orphelinat. Un centre de distribution de semences bon marché doit recueillir des semences de bonne qualité pour les vendre à bas prix. Que les semences soient achetées aux agriculteurs locaux à la fin de chaque récolte, achetées sur le marché à prix réduit ou cultivées, le centre se doit de fournir des semences de qualité et bon marché à la population autochtone. Un centre de distribution de plantes gratuites doit tout d’abord cultiver des plantes à partir de semences ou de semis puis distribuer les arbres gratuitement aux communautés locales. La préparation de plantes pour leur distribution doit se faire selon le système suivant. Faites pousser les semis jusqu’à ce qu’ils atteignent 45 cm de haut. Ensuite déracinez les plantes et faites tremper leurs racines dans l’eau pendant une demi-heure. Puis sectionnez la racine majeure de chaque plante 2,5 cm au-dessous de la base de la plante et faites tremper le reste des racines dans l’eau pendant dix minutes. Enfin mettez les plantes en terre ou emballez-les pour leur distribution. Les plantes que l’on travaille de cette façon donneront des fruits plus gros et plus sucrés. Les fruits seront meilleurs que ceux qui sont produits par les semis, mais pas aussi bons que ceux qui sont produits par les plantes greffées.

Calcutta, le 20 février 1988. Tiré de « Ideal Farming Part 2 ».

�Production coopérative – Section A




La production coopérative est le système qui consiste à produire collectivement les choses. Dans une société agricole tout comme dans la société en général il y a certains articles qui sont produits collectivement. Par exemple, les planteurs de cannes à sucre en Inde produisent collectivement du sucre brut à partir des cannes à sucres qu’ils cultivent sur leur propre terre. Ils achètent collectivement une large cuve dans laquelle ils font bouillir le jus de canne à sucre pour la préparation de sucre brut. Le système de commune est aussi un genre de production collective du fait que les gens y produisent quelque chose de manière collective. La coopérative de production industrielle ou agricole appartient à la même catégorie. La production agricole d’une entreprise privée n’est pas de la production collective, et c’est aussi le cas de la production agricole dans le système de métayage. De ces différents systèmes de production – le système coopératif, l’entreprise privée, le système de métayage et le système de commune – c’est le dernier qui est le pire. Le système de métayage est légèrement meilleur que le système de commune et l’entreprise privée lui est supérieure, mais le meilleur système de tous est le système coopératif de production. Le système de commune nie la propriété individuelle. Dans certains pays le droit à la propriété individuelle est peut-être accepté en principe mais pas dans la pratique. En de tels lieux, les travailleurs ne trouvent ni l’inspiration ni la motivation d’utiliser pleinement leurs talents dans l’agriculture ou l’industrie. Ils n’ont aucune chance de développer leurs capacités. Ils sont comme des bœufs faisant tourner un moulin à huile avec les yeux bandés. Les bœufs font peut-être cent kilomètres par jour, mais ils ne progressent pas réellement. De même, les travailleurs dans le système de commune sont enfermés dans les quatre murs de l’inertie intellectuelle. On ne leur donne pas la chance de développer des pensées subtiles et ils ne peuvent jamais s’élever à un niveau supérieur. Les gens vivant sous le système de commune sont comme des animaux pris dans le vortex de l’inertie jusqu’à leur dernier soupir. Ils n’ont aucune relation psychologique ou humaine avec leur travail. C’est la nature du système de commune. Le système entier va à l’encontre de la psychologie humaine et de ce fait la production n’augmente jamais. Les pays qui ont adopté le système de commune directement ou indirectement, ont complètement échoué dans la production agricole. C’est un fait des plus désolants. Les pays capitalistes, où la production agricole s’effectue sur la base de la propriété privée, alimentent les pays communistes en céréales. Les pays communistes sont forcés d’acheter leurs produits de première nécessité des pays de libre entreprise. Les masses y vivent dans la faim et le dénuement le plus total, et leur vie n’est qu’un mauvais rêve. Même si le système capitaliste est en soi mauvais, il ne peut égaler le système de commune. Quelle situation pitoyable avons-nous là ! Tant que les pays communistes ne rejetteront pas le système de commune, ils seront incapables de résoudre leurs problèmes d’alimentation et ils continueront d’aller de pays en pays avec leur bol de mendiant tendu. Le système de métayage est meilleur que le système de commune parce que les gens y trouvent plus d’incitations et de liberté. Dans ce système, la psychologie dominante est : « « Si je peux produire plus je peux gagner plus ». Mais ce système souffre aussi de quelques défauts majeurs. Supposez qu’un métayer arrive à obtenir 3,5 hectares de trois propriétaires différents et se constitue ainsi un domaine de sept hectares. Il se peut qu’il n’en cultive pas l’intégralité par paresse, par manque de travailleurs ou en raison de contraintes financières. Il pense peut-être qu’une culture partielle sera suffisante pour subvenir aux besoins annuels de sa famille et il ne prend donc pas la peine de cultiver le reste de la terre. En conséquence, le propriétaire de la terre non cultivée par le métayer sera privé de sa part. Le deuxième aspect négatif du système de métayage est que le métayer a souvent plus de terre qu’un propriétaire privé. De ce fait certains métayers ont un plus haut niveau de vie que les propriétaires. Ce genre de métayer ne peut prétendre cultiver lui-même les champs. De manière détournée, un tel système encourage le capitalisme dans l’agriculture. Le troisième défaut de ce système est que les métayers emploient des travailleurs pour cultiver alors qu’eux-mêmes restent inactifs. Le quatrième défaut est que les propriétaires en possession d’une surface de terre très petite ne peuvent cultiver leur terre individuellement à cause de leurs capacités limitées. Seul un métayer peut cultiver une parcelle aussi petite. En conséquence, le système de métayage donne naissance à un nouveau féodalisme, n’est-ce pas ainsi ? Un autre défaut sérieux du système de métayage est qu’en Inde, les propriétés de quelques hectares de terrain sont régies par les lois de plafonnement du foncier tandis que le terrain parfois beaucoup plus vaste que cultive un métayer, n’est pas du tout régi par les lois de plafonnement du foncier. Il peut défier ouvertement ces lois et déclarer qu’il n’est pas le véritable propriétaire de la terre, pourquoi devrait-il se soumettre à un ordre de plafonnement. Ainsi, le groupe de capitalistes terriens que constituent les gros métayers passe à travers les mailles du filet de la loi. La production agricole privée tout comme le système de métayage souffre d’un autre problème majeur. Si les agriculteurs dans ces deux systèmes n’ont pas assez de capital mais ont une grande surface de terre, ils ne peuvent adopter les méthodes les plus modernes. Tracteurs et laboureurs mécaniques restent hors de leur portée. En utilisant des techniques ancestrales de labour ces fermiers peuvent seulement cultiver la surface de leur terre, et cela ne favorise pas sa productivité. Ils ne peuvent utiliser d’engrais de qualité, de semences à haut rendement et de systèmes d’irrigations convenables. Il y a plus d’incitations pour l’exploitant dans le système de production agricole privé que dans le métayage, mais l’entreprise privée comporte néanmoins d’autres inconvénients qui freinent l’adoption d’un système agricole moderne et progressiste. Ce système offre peu de possibilité d’accroissement de la production agricole parce que jusqu’à 100 % de la terre infertile demeure inutilisé. Souvent les exploitants n’ont pas la capacité d’utiliser à leur avantage tracteurs, laboureurs mécaniques, semences à haut rendement et systèmes d’irrigation corrects par manque de financement. Bien que l’entreprise privée surpasse les systèmes de métayage et de commune, au final l’état et la société n’y gagnent pas. Si un cultivateur privé a une grande quantité de terre en sa possession (dans les pays capitalistes, les fermiers peuvent détenir une quantité illimitée de terrain) il sera peut-être à même d’utiliser des semences à haut rendement et un système d’irrigation convenable, mais le gouvernement devra éviter d’introduire un plafonnement du foncier. Ce système n’est cependant pas désirable car il conduit à la suraccumulation. Dans le monde moderne, le système coopératif est le meilleur système de production pour l’agriculture ou l’industrie. Dans le système coopératif, les membres peuvent user de leur force collective pour faire pression sur le gouvernement afin d’obtenir son aide financière ou divers équipements pour augmenter la production. Ils peuvent faire pression sur le gouvernement pour qu’il fournisse de meilleurs systèmes d’irrigation et semences et peuvent même rendre une terre stérile productive. Avec les soins appropriés une terre de peu de fertilité peut être transformée en une exploitation fertile. Cela augmentera la production agricole totale et aidera le pays à devenir autosuffisant en produits alimentaires et commerciaux, le délivrant des pénuries alimentaires. Qui plus est, il est possible de transformer les parcelles de même niveau et fertilité en un unique et plus vaste domaine en retirant toutes les clôtures de démarcation. Cependant, si la terre est vallonnée et est de fertilité variable, la division de la terre peut se maintenir, sinon la terre ne peut être correctement irriguée. J’ai déjà dit que dans le système de métayage, on obtient un meilleur rendement que dans le système de commune, mais que ce système ne permet pas l’adoption de méthodes progressistes de production agricole. Finalement son niveau de production descendra jusqu’au niveau du système de commune.

« De tous les attachements dont souffrent les êtres humains, l’attachement à la terre est l’un des plus fort. Par sympathie les fermiers peuvent sans hésiter faire don d’une grande quantité de leurs produits, mais seront déchirés par la perspective de donner quelques mètres carrés de terrain. Les agriculteurs qui doivent donner de la terre à quelqu’un ont le sentiment que la douleur dans leur cœur est si intense qu’elle va faire exploser leur cage thoracique. Ceux qui font don d’un terrain le font pour trois raisons – pour sauver la majeure partie de leur terre, pour une grande cause humanitaire ou sous l’effet d’une inspiration spirituelle. »

Calcutta, le 15 mai 1988. Shabda Cayaniká Part 17. �Production coopérative – Section B





Les métayers ne possèdent pas de terre, mais cultivent la terre d’autres personnes pour une part de la récolte. La terre est cédée aux métayers parce qu’elle trop petite pour que son propriétaire en tire suffisamment de revenu. Il se peut qu’un métayer obtienne ainsi plusieurs centaines d’hectares de terre de différents propriétaires. Ce système fut introduit il y a sept cents ans. Les métayers sont appelés bargadar ou bhagcaìsìi en bengali. Le système coopératif est bien supérieur au système de métayage. Il peut facilement surmonter les défauts du système de métayage en utilisant correctement la terre agricole, en augmentant la production agricole et en employant une technologie moderne. Les membres de la coopérative doivent élire un conseil d’administration qui sera à même de superviser tous les aspects de la production et d’accroître ainsi le rendement. La maxime des coopératives agricoles devrait être : « Plus de production, plus de dividendes et plus de bonus. » Les travailleurs toucheront un salaire et des bonus. Les salaires seront calculés en fonction du labeur effectué par le travailleur, tandis que les bonus doivent être accordés sur la base du profit annuel net de la coopérative et du salaire net du travailleur. Même si des systèmes alternatifs remplacent le métayage, ils se situeront entre le système communal à un pôle et le système coopératif à l’autre pôle. Le système de commune ne génère pas la moindre incitation. Ce système est pire que le système de métayage. Le manque d’incitation est la raison pour laquelle les communes gérées par l’état ont échoué en Chine et en Union Soviétique. Même aujourd'hui, ces pays doivent importer des céréales de pays capitalistes comme le Canada, les USA et l’Australie. Mais le système coopératif génère à la fois des incitations et un sentiment d’unité avec le travail. De leur propre initiative, les coopératives peuvent faire de gros emprunts aux banques ou au gouvernement pour acheter du matériel moderne et construire des réservoirs, des barrages et des systèmes de pompage et transfert d’eau pour accroître la production. Cela n’arrive jamais dans le système de commune. Le système coopératif est donc le meilleur tandis que le système de commune est le pire. Le système de commune nuit à tout ce qui touche de près ou de loin à l’humanité. La planification économique devrait se baser sur le canton. On doit effectuer un redécoupage des cantons actuels en tenant compte de la fertilité de la terre et d’autres facteurs comme la topographie et les similarités entre régions. Si la plus grande partie de la terre d’un canton est fertile mais que le canton contigu a une terre en grande partie stérile, alors on doit effectuer un redécoupage de ces deux cantons pour créer un canton unique incluant toute la terre infertile. La planification de ce canton devra tenir compte de cette terre infertile. Il est facile de lancer au niveau cantonal des programmes de rentabilisation de la terre, ou d’industrialisation ciblée pour le développement économique. Dans certaines régions d’Inde, les agriculteurs ne cultivent pas de fourrage et ne réservent pas de terre à l’élevage du bétail, et cela affecte négativement la santé du bétail et décroît la production laitière. Dans le système coopératif, on peut consacrer une portion de terre à cette fonction. Le napier (Pennisetum purpureum) qui pousse rapidement, le millet, le jawar et les légumineuses non vénéneuses khesári (Lathyrus sativus) peuvent être cultivés pour le bétail. Les variétés de khesári que l’on cultive actuellement en Inde sont très nourrissantes mais contiennent des alcaloïdes vénéneux qui causent la paralysie des membres inférieurs du bétail comme des êtres humains. Ces alcaloïdes vénéneux résident entre la peau et la portion externe de la graine de légumineuse. On peut facilement les éliminer en faisant tremper la graine de légumineuse pour une nuit et le matin suivant la pellicule externe tombe par simple frottement des graines de légumineuses. La portion interne de la graine de légumineuse peut alors être consommée en toute sécurité par le bétail ou les êtres humains.

Calcutta, le 16 mai 1988.


�Le féodalisme et le système des zamindars




Ceux d’entre-vous qui ont étudié la fiscalité foncière savent que pendant les Âges Mughal, Pathan, Bouddhiste et Pré-bouddhiste de l’Inde, l’impôt foncier étaient payé au roi en lingots d’or. Dix ou vingt villages s’associaient pour former un village imposable (mouza) et l’un des villageois était habilité à percevoir les impôts. Ces percepteurs n’étaient pas payés par le gouvernement, mais recevaient une terre à cultiver pour subvenir à leurs besoins. Ils servaient d’intermédiaires entre le peuple et le roi dans le secteur agricole et se transformèrent peu à peu en de puissants propriétaires. Ces intermédiaires, présents depuis l’antiquité, incluent les zamindars, les pattanidars, les darpattanidars, les sepattanidars, les jotdars, les vargadars et les adhikaris. La PROUT n’approuve cependant pas ce genre d’intermédiaire. Dans l’ancien temps, régnaient quelques rois très puissants et sous chacun de ces rois il y avait de nombreux rois d’envergure plus limitée. Les deux types de rois entretenaient une armée ou milice bien que les intermédiaires n’étaient pas autorisés à maintenir une milice. Aujourd’hui le régiment d’infanterie d’Assam et le régiment de Rajput font partie de l’armée, il ne s’agit donc pas de milices. Milice signifie váhini ou armée personnelle ; en d’autres mots [une troupe] indépendante. Pour commander une milice on doit posséder ardeur et autorité. Celui qui a ces qualités est appelé « militant ». Si les petits rois se soumettaient aux rois puissants en tous points – y compris en leur payant une taxe – nous disons qu’ils acceptaient la suprématie des rois dominants. Il y a cependant une différence entre les termes « suzeraineté » et « suprématie ». « Suzeraineté » s’emploie lorsque les petits rois acceptaient l’autorité des rois puissants sans toutefois leur payer de taxes. Aujourd'hui l’Australie accepte la suzeraineté de la couronne d’Angleterre, mais n’accepte pas la suprématie anglaise parce qu’elle ne paye pas d’impôts au gouvernement britannique. A cette époque le commerce se faisait de trois façons – les pauvres pratiquaient le troc entre eux ; ceux qui avaient de l’argent achetaient les produits avec des pièces d’argent ; et les riches payaient avec des pièces d’or. Les percepteurs percevaient l’impôt sous l'une de ces trois formes, mais ils devaient payer le roi en lingots d’or. Bien que ce système fiscal fût longtemps en vogue, ce fut sous le règne d’Akbar qu’on lui donna une forme plus concrète. Akbar décréta que la terre serait donnée aux percepteurs pour une période de cinq à dix ans. La réglementation concernant la terre était connue sous le nom de « système de patta kabuliyat ». Ce système fut mis en pratique par Todarmal, le Premier ministre d’Akbar. Ce système de taxe foncière était aussi connu sous le nom de système des zamindars ou des propriétaires.

Plus tard Lord Cornvallis décida que le don de terre aux percepteurs devait être de nature permanente. Il stipula que la propriété de cette terre et la position de précepteur devaient être héréditaires. Ce système fut adopté pour décourager les percepteurs de quitter une région une fois les taxes perçues. Akbar introduisit également un autre système fiscal appelé le système jágirdari. Dans les [deux] systèmes de perception, zamindars ou jágirdari, des taxes étaient payées au roi. La différence entre ces systèmes est que si le zamindar n’arrivait pas payer la taxe requise, on l’envoyait en prison jusqu’à ce que le paiement soit fait. Mais dans le système jágirdari, en cas de défaut de paiement le percepteur avait sa terre confisquée. Dans toute l’Inde, l’un ou l’autre système était populaire, bien que pendant la période britannique, les zamindars étaient [devenus] les principaux percepteurs.

Les zamindars étaient seulement des percepteurs et étaient dépourvus de tout pouvoir politique. Une part fixe des impôts qu’ils percevaient allait aux caisses de l’état et les zamindars jouissaient ainsi de la position de parasite social. Ce système ne nécessitait aucune contribution de l’état – c’était un système fiscal simple permettant au gouvernement de percevoir de l’argent. Au cours de la période britannique, le gouvernement nomma au ministère de l’agriculture, deux préposés chargés des impôts fonciers et de l’agriculture. L’un d’eux était un civil qui supervisait les prélèvements officiels. Il était le secrétaire et son bureau était connu sous le nom de secrétariat. L’autre était un technicien, très compétent en agriculture. Il était le directeur et l’on nommait son bureau la direction. Le secrétaire faisait partie de l’administration indienne. Au sein du ministère des finances, il y avait un département des impôts présidé par un membre de l’administration indienne. Ce poste était très important et c’est d’ailleurs le président du département des impôts qui était tenu de remplacer le vice-roi en cas de maladie. Cela montre l’importance qu’avait le département du fisc à cette époque. Aujourd’hui le département des impôts est un fardeau pour le gouvernement et ses dépenses sont supérieures à ses recettes. Dans la Russie tsariste, il y avait aussi un système de taxes foncières et la position de percepteur était héréditaire comme en Inde. Le système en Russie était féodal car les percepteurs étaient aussi pourvus d’un pouvoir politique. En Inde, il n’y avait pas de système féodal vu que les zamindars étaient sans pouvoir politique. Si les zamindars commettaient un crime on les portait devant les tribunaux comme une personne ordinaire. Comme les zamindars n’étaient pas des seigneurs féodaux et ne possédaient pas de pouvoir politique, ils ne pouvaient dérober la terre des autres. L’Angleterre aussi avait un système féodal dans lequel les ducs, les marquis, les comtes, les vicomtes et les barons étaient les seigneurs féodaux. Ils avaient un certain pouvoir politique et étaient représentés par la Chambre des Lords. Les membres de la Chambre des Communes étaient élus entre les gens du commun. Plus tard on introduisit un nouveau système habilitant la Chambre des Lords à rejeter une législation passée par la Chambre des Communes, mais si la Chambre des Communes envoyait le même projet de loi à la Chambre des Lords une deuxième fois, cette dernière était alors dans l’obligation de l’accepter et le roi ou la reine devait alors la signer. Cet exemple montre comment le système féodal fonctionnait. En Angleterre la règle dictait que seul le fils aîné d’un seigneur pouvait être nommé à la Chambre des Lords, à condition qu’il n’ait pas épousé une divorcée, mais en France, tous les fils d’un aristocrate devenaient seigneurs. Cela augmenta le nombre des seigneurs qui perdirent de leur importance. Le système des zamindars avait quelques avantages. Les bons zamindars prenaient soin des pauvres et s’ils ne pouvaient payer leurs impôts, le zamindar les payait pour eux. De nombreux zamindars possédaient leur propre forêt, leur domaine forestier privé, alors que les forêts de l’état sont appelées forêts domaniales. Les zamindars entretenaient généralement bien leurs domaines privés ce qui cela contribuait au maintien de l’équilibre écologique. Il y avait alors très peu d’inondations et de glissements de terrain, peu d’érosion du sol et la terre conservait sa fertilité. Les rivières ne s’asséchaient que rarement pendant l’été. Après l’abolition du système des zamindars de nombreuses forêts privées furent coupées, détruisant l’équilibre écologique. Cependant, le système des zamindars avait aussi ses inconvénients. Les paysans n’avaient pas le droit à la terre – ils étaient seulement des laboureurs. Les zamindars s’appropriaient d’énormes surfaces de terrain pour leur seul usage. Il y avait aussi une marge énorme entre les taxes perçues par les zamindars et celles qu’ils payaient au gouvernement. Comme le système des zamindars attirait de constantes critiques, il fut aboli. Si l’on répète une chose sans arrêt, les gens finissent par penser qu’elle doit avoir un fond de vérité et ils se laissent ainsi influencer. C’est ce qui se passa avec le système des zamindars. Après l’abolition du système des zamindars, le gouvernement dut payer un salaire aux précepteurs et entretenir un système fiscal géré par le département du fisc. L’abolition du système des zamindars n’accru pas les recettes du gouvernement. Si au lieu de cela, le gouvernement avait limité le capital des capitalistes et plafonné les soldes d’exploitation ainsi que le stockage de lingots d’or, il aurait contribué au bien de la société. Il aurait aussi dû réduire les pouvoirs des zamindars et sauvegarder les intérêts des paysans. Au lieu de faire cela, on persuada les petites gens par une propagande incessante que la terre appartenait à ceux qui labourent le sol. Si nous suivons la même logique, nous pouvons dire que la tête appartient à ceux qui se rasent le visage !

Calcutta, 13 juillet 1988

� Conservation de l’eau





Aux premiers jours de cette terre, régnait un silence absolu - il n’y avait pas d’êtres vivants ou même de plantes. Cette situation dura des centaines de millions d’années, jusqu’à ce que la terre se soit correctement formée. A la phase suivante commencèrent les pluies et les orages et la vie apparut par un processus graduel. Par suite de la pluie, une énergie vitale (prána shákti) fut insufflée dans les atomes de carbone. Les atomes de carbone en conjonction avec les conflits et cohésions d’ordre protoplasmique formaient cette énergie vitale. L’eau a été un facteur essentiel dans l’évolution de la planète, et maintenant elle est tout à fait essentielle à la survie des êtres humains, des animaux, des plantes et de la planète dans son ensemble. S’il s’arrête de pleuvoir n’importe où sur la terre pour seulement un an, cela détruira toute vie sur la planète. C’est parce que toutes les créatures – du plus petit des organismes aux plus gros des animaux – ont besoin d’eau. S’il n’y a pas d’eau, les petites créatures mourront en premier, puis l’équilibre écologique de la planète sera perdu. Les êtres humains disparaîtront à leur tour et en peu de temps, la terre deviendra un désert aride.

Crise mondiale de l’eau

Dans un avenir proche, il y aura une crise grave dans de nombreuses parties du monde. Beaucoup de grands fleuves comme le Ganges, la Jamuna et la Tamise sont déjà très pollués. Les gens ne peuvent boire cette eau et s’ils se lavent les mains avec, ils peuvent attraper des infections. La seule solution est de se reposer sur l’eau de pluie. Nous devons recueillir l’eau de pluie, apprendre à déclencher de la pluie artificielle grâce à l’hélium ou quelque autre méthode et à amener les nuages porteurs de pluie au-dessus de la terre. Construire plus de puits profonds n’est pas la solution. A la place, nous nous devons de recueillir l’eau de pluie là où elle tombe. De nombreux étangs, canaux, barrages, lacs et réservoirs doivent être construits immédiatement pour recueillir l’eau de pluie et faire des réserves d’eau potable. C’est la seule solution à crise de l’eau qui affectera l’humanité dans un avenir très proche. Dans la sphère physique, il y a deux types de calamités - les calamités naturelles et celles d’origine humaine. Aujourd'hui la plupart des calamités sont d’origine humaine, mais parfois surviennent des calamités naturelles comme les typhons, les inondations, les sécheresses, les tremblements de terre, etc. Bien que l’humanité ait à faire face à différents types de calamités, la fin du monde ne se produira jamais. L’idée même de fin du monde est dogmatique. Les calamités d’origine humaine sont principalement de deux types. Il y a tout d’abord les nombreuses calamités qui résultent des bifurcations et des « trifurcations » de la société. La bifurcation de la société est illustrée par le conflit entre les Israéliens et les Palestiniens et la guerre récente entre le nord et le sud du Vietnam. La division de l’Inde en Inde, Pakistan et Bangladesh est un exemple de « trifurcation » de la société. Les calamités sont aussi causées par la destruction de l’environnement et l’exploitation sans discernement des ressources souterraines telles que le charbon, le pétrole et l’eau. L’une des principales causes de destruction environnementale est la déforestation. C’est à cause du déboisement que les nuages porteurs de pluie venant de la Baie du Bengale traversent toute l’Inde pour se vider dans la mer d’Oman. En d’autres mots, les nuages qui pleuvaient sur le Magadh pleuvent maintenant sur la mer d’Oman. C’est pourquoi le niveau de la mer d’Oman monte graduellement et la Baie du Bengale devient de plus en plus salée. En conséquence le niveau de la mer le long des côtes de l’Inde monte, le territoire du sous-continent indien diminue en surface et l’érosion du sol s’accroît. La surface du globe est composée pour les deux tiers d’eau et pour un tiers de terre, mais en raison de la déforestation la part d’eau s’accroît et la part de terre diminue. Une autre source de destruction environnementale est l’exploitation des ressources souterraines. L’extraction des ressources souterraines a laissé dans la terre de profondes cavités qu’il faudrait maintenant combler convenablement. Certains pays ont l’habitude de remplir de sable les cavités créées par l’extraction souterraine de charbon. Si l’on laisse ces cavités telles quelles, le risque de tremblement de terre sera plus élevé dans les régions avoisinantes que dans les autres régions. De plus les cavités non remplies peuvent affaiblir sérieusement la structure de la terre, provoquant l’effondrement de régions entières. Certains pays arabes ont gagné d’immenses sommes d’argent en extrayant [et vendant] leur pétrole souterrain. Il y a quelques années, les dirigeants de ces pays réalisèrent que les réserves de pétrole ne dureraient pas éternellement ; ils se mirent à penser à l’avenir de leurs pays après l’épuisement des réserves de pétroles. Le fait que le niveau des nappes phréatiques descendait et que la taille des déserts augmentait les préoccupait. Pour résoudre ces problèmes, ils décidèrent d’importer de la terre et de l’eau douce pour créer de denses forêts. Maintenant les arbres qu’ils ont plantés sont âgés de huit à dix ans et l’année dernière elle connût ses premières inondations. Nombre de locaux n’avaient jamais vu d’inondation auparavant et certains jeunes enfants poussèrent des cris alarmés à la vue de la pluie ! L’exploitation des réserves d’eau souterraines contribue à la désertification de nombreuses de régions du monde et comme le niveau des nappes phréatiques descend, le sol près de la surface s’assèche et les plantes se flétrissent et meurent. Cela s’est passé dans de nombreuses parties du Rajasthan. Le boisement est la seule solution contre la désertification. Les êtres humains ont souffert du manque d’eau et de la sécheresse dans le passé et ce problème continuera dans l’avenir si l’on ne s’en occupe pas correctement. Si la déforestation et l’exploitation sans discernement des réserves d’eau souterraines se poursuivent, il est probable que de nombreuses parties du monde connaîtront de graves pénuries d’eau de 1993 à l’an 2000 au moins. Le seul moyen d’éviter cette catastrophe est de mettre en pratique une approche décentralisée de la conservation de l’eau.

Les causes de la sécheresse

Pourquoi les sécheresses ont-elles lieu ? Quelles en sont les causes les plus importantes ? Il y en a trois. La première est la destruction gratuite des plantes et la déforestation sans discernement. Les systèmes de basse pression au-dessus des océans et des grandes mers constituent la deuxième, et de soudains changements dans le mouvement angulaire du soleil et d’autres corps célestes comme les comètes, les nébuleuses et les galaxies constituent la troisième. Le déboisement provoque la sécheresse parce qu’il empêche les plantes de nourrir la terre. Les racines fibreuses des plantes absorbent et retiennent une quantité d’eau considérable qu’elles libèrent lentement dans le sol. Dans les champs de riz du Bengale par exemple, en saison sèche l’eau dégoulinera le long des canaux près des champs. D’où vient cette eau ? Elle est relâchée par les racines des cultures sur pied. Mais lorsque le riz et la culture associée sont récoltés, cette source d’eau se tarit. La déforestation est causée par les êtres humains et c’est en leur pouvoir de résoudre ce problème par leurs propres efforts. Les seconde et troisième causes sont pour l’instant au-delà de l’influence humaine. Dans le futur, le développement des sciences marines et météorologiques permettra aux êtres humains d influencer partiellement ou de maîtriser la deuxième cause, mais pas totalement. La troisième cause obéit seulement à l’Etre Suprême. Toutefois, si les êtres humains suivent le chemin des microvita positifs et ont la grâce de Dieu, ils peuvent aussi mettre la troisième cause sous leur contrôle. Comment de soudains changements dans le mouvement angulaire des corps célestes peuvent-ils provoquer la sécheresse ? Les trajectoires de certaines comètes sont prédéterminées et les astronomes peuvent établir leurs dates d’arrivée et leurs possibles effets sur la Terre, mais il y a d’autres comètes qui apparaissent subitement et sans signes avant-coureurs. Quand de puissants corps célestes font soudainement leur apparition, leur attraction gravitationnelle peut déranger les saisons et l’ordre naturel de la création. Par exemple, par suite de l’attraction gravitationnelle d’une puissante comète ou météore, les nuages peuvent ne pas se former. Ce phénomène est appelé bakudashá en sanscrit. Certaines déviations de corps célestes comme les météores, les comètes et les satellites sont dues à une gigantesque concentration de microvita positifs et négatifs. Le mouvement dans l’espace universel est tributaire du mouvement des microvita positifs et négatifs, et cela affecte également la vie sur la terre. L’angularité du mouvement des corps célestes affecte aussi la psyché de l’être humain. Supposez que vous êtes allé dehors pour profiter de la brise rafraîchissante en une tranquille nuit de pleine lune. Une sensation apaisante et indolore prendra corps en notre esprit. Mais si la sensation continue, les cellules nerveuses de votre corps peuvent devenir apathiques et si cette expérience d’apathie va au-delà d’une certaine limite, cela peut affecter votre pouvoir mental et même causer certains troubles psychiques. Cela se passe parce que l’équilibre écologique au sein de la structure humaine a été perdu. Disons que vous avez connu un certain incident à l’âge de huit ans. Maintenant nous savons qu’il n’y a rien d’identique dans cet univers, seulement des similarités. Si des circonstances similaires se créent de nouveau après un intervalle de mettons huit ans, vous pourriez connaître un incident similaire quand vous aurez seize ans. Vous devez vous assurer que les gens ne sont pas mis dans un environnement semblable à celui dans lequel ils ont souffert car cela affecterait négativement leur progrès dans la sphère spirituelle. Cela s’applique aussi aux sphères physiques et psychiques. Le mouvement humain est un mouvement vers la balance écologique – vers la synthèse suprême. Dans le monde intérieur, l’équilibre, qui est facteur de progrès, doit être maintenu. L’ordre écologique n’est pas seulement pour la Terre mais pour l’univers entier, et l’on doit le préserver à l’intérieur comme à l’extérieur. Le déplacement angulaire de tout corps céleste peut affecter l’esprit humain comme l’univers physique et il faut donc maintenir un équilibre entre les sphères intérieure et extérieure. Nous nous devons de conserver cet équilibre subtil dans tous les aspects de la vie humaine. C’est l’équilibre écologique.

Les défauts de l’irrigation par puits

J’ai déjà dit que construire plus de puits profonds ne résoudra pas la crise de l’eau. Quels sont les inconvénients de l’irrigation par puits ? L’irrigation par puits fait tomber le niveau de la nappe phréatique et sa pratique prolongée épuise l’eau qui circule sous terre. Au début les effets d’une irrigation par puits continue peuvent ne pas être détectés, mais elle finira par faire un désert d’une région fertile. En fait, si le niveau de l’eau souterraine ne descend pas au-dessous de six à sept mètres cinquante, la végétation de surface ne sera pas affectée, mais s’il tombe en dessous de quinze mètres, la surface deviendra un désert aride. Les effets néfastes de l’irrigation par puits incluent les points suivants : 1) Les puits peu profonds du voisinage s’assèchent créant un problème de pénurie d’eau potable. 2) Les arbres, les vergers et les grosses plantes ne recevant pas suffisamment d’eau souterraine se flétrissent et meurent. Une verte campagne deviendra un désert après trente à quarante-cinq ans d’irrigation par puits intensive. 3) Dans certains puits profonds des éléments ennemis - c'est-à-dire, des éléments qui sont nocifs pour le sol comme des minéraux lourds et des sels minéraux - se mélangent à l’eau, causant des problèmes tels que la salinité. En conséquence, la terre finit par devenir stérile et incultivable. Quand la circulation d’eau dans le puits s’arrête, les réservoirs [d’eau] d’irrigation alimentés par ces puits s’assèchent également. On ne devrait avoir recours à l’irrigation par puits que de manière temporaire, vu les effets dévastateurs qu’elle peut avoir sur l’environnement. Les méthodes alternatives d’irrigation incluent l’irrigation avec l’eau des rivières, l’irrigation avec l’eau des réservoirs, des retenues et des petits étangs, l’irrigation par pompage et transfert. L’eau d’irrigation est comme la pointe d’une toupie. Sans elle, l’agriculture n’est pas possible.

Les meilleures méthodes d’irrigation

La meilleure méthode d’irrigation est de conserver [et utiliser] l’eau de surface au moyen d’un réseau d’étangs, de canaux, de barrages, de lacs et de réservoirs. Prenez l’exemple du Ráŕh et de l’Orissa. Les potentialités de cette région n’ont pas encore été pleinement développées et utilisées. Leurs richesses sont en grande partie souterraines et ces trésors devraient être correctement exploités, mais pratiquement rien n’a été fait à cet égard. Il faut aussi développer convenablement les potentialités de surface, mais elles aussi ont été négligées. Comment mettre à profit les potentialités en eau de surface de cette région ? Les précipitations sont maigres dans cette région – il pleut seulement une partie de l’année et le reste de l’année le temps est sec. L’irrigation par puits est sous-développée et il n’y a quasiment pas d’irrigation par pompage et transfert. 65 % de la terre est rocailleuse et sablonneuse et traditionnellement on n’y fait pousser que des grains ordinaires. Nous nous devons donc de faire deux choses dans le Ráŕh – construire de nombreux petits étangs, barrages et lacs et entreprendre une afforestation à grande échelle sur les rives de tous les réservoirs d’eau qu’ils soient naturels ou artificiels. Le Ráŕh dispose d’une terre onduleuse et il est donc difficile d’y construire de grands réservoirs, mais on peut creuser de nombreux petits lacs et étangs. On ne doit pas encourager les réservoirs grands et profonds qui sont moins bénéfiques que les étangs de petite taille. Qui plus est, les grands réservoirs font appel au pompage et transfert pour alimenter en eau un système de canaux. Ce système est affecté par des sautes de pression car le terrain accidenté gêne l’écoulement de l’eau le long des canaux qui relient les réservoirs aux champs. Cela constituerait donc un gaspillage d’argent d’investir lourdement dans des réservoirs. On peut construire à la place pour le même investissement de nombreux petits étangs et barrages. Si l’on construit de nombreux petits barrages à mille huit cent EUR pièce, cet investissement rapportera des millions d’euros. Dans un système de petits étangs et retenues, tout excédent d’eau dans les canaux conduisant aux champs peut être canalisé vers la réserve d’eau principale pour éviter tout gaspillage. L’eau sera acheminée sur seulement de courtes distances par un réseau de petits canaux et la plupart des champs avoisinants seront correctement irrigués. Parfois cependant, comme pendant la saison des pluies, il se forme un surplus d’eau que l’on doit canaliser vers la réserve d’eau ou utiliser en aval. Ce système réduira les inondations en saison des pluies avec tous les dégâts qu’elles causent sur les petits barrages construits sur les rivières. Les agriculteurs doivent avoir soin de ne pas utiliser à l’excès les engrais chimiques, parce que les produits chimiques polluent les réserves d’eau et ont des effets néfastes sur les humains, les poissons et autres animaux, les plantes et l’environnement. Les engrais organiques sont préférables aux engrais chimiques. Comment irriguer le versant sec [d’une montagne]? Lorsque des nuages porteurs de pluie arrivent de la mer et rencontrent de hautes montagnes cela déclenche la pluie. La partie de la chaîne de montagne qui fait face à la mer reçoit beaucoup de pluie, alors que l’autre versant de la chaîne montagneuse, celui qui est tourné vers l’intérieur est très peu arrosé. Il y a un versant humide, une zone de fortes précipitations, et un versant sec une zone de faibles précipitations. L’entière région du Telengana est sur le versant sec, et c’est aussi le cas de région du Pune au Maharastra. Comment peut-on irriguer la région du Pune ? Il y a deux méthodes possibles. L'une est de faire monter l’eau par pompage jusqu’au versant côtier de la chaîne de montagne pour qu’elle puisse redescendre par les rivières et l’autre est de creuser un tunnel à travers la montagne pour relier le versant humide au versant sec. La deuxième méthode d’irrigation est de loin la moins chère. Un tunnel bien construit devrait durer environ 150 ans.

Rivières

Il y a trois types de rivières - les rivières alimentées par les glaciers, les rivières alimentées par la pluie et les rivières alimentées par les nappes souterraines. Les rivières alimentées par la glace causent des inondations lorsque la température augmente, alors que les rivières alimentées par la pluie ou les nappes souterraines causent seulement des inondations saisonnières lors de pluies abondantes. Un accroissement de la température peut cependant les assécher. Les rivières du Ráŕh sont-elles perpétuelles ou saisonnières ? Sont-elles alimentées par les glaciers ou alimentées par la pluie, ou puisent-elles l’eau de réserves souterraines en raison du haut niveau des nappes phréatiques ? De nombreuses rivières alimentées par la pluie ne reçoivent de l’eau qu’en période de pluie et pas en d’autres saisons. Les rivières du centre du Ráŕh sont alimentées par la pluie, mais elles reçoivent aussi de l’eau souterraine. Nous ne devrions pas nous reposer uniquement sur les rivières alimentées par la pluie, car s’il elles se remplissent d’eau en saison des pluies, elles peuvent très bien s’assécher pendant les autres saisons. Et même si les rivières alimentées par la pluie sont aussi alimentées par des réserves souterraines qui fournissent de l’eau toute l’année, on doit s’efforcer au mieux de préserver l’eau de surface. Il y a quatre catégories de rivières – les ruisselets, les ruisseaux, les rivières et les fleuves. Les rivières ont aussi trois stades – la phase montagneuse, la phase de plaine et la phase deltaïque. Certains fleuves ne forment pas de delta sur l’océan car ils meurent avant d’atteindre la mer. Prenons l’exemple de la topographie du Mithila et du Magadh. Au Mithila pendant la saison des pluies, le cours des rivières comme le Bagmati, le Gandak et le Koshi est suffisamment nourri. Le stade montagneux de ces rivières se trouve au Népal, le stade de plaine est au Mithila et leur delta au Bengale. Les plaines du Mithila possèdent un sol très meuble, ce qui explique pourquoi ces rivières changent souvent de cours. Aucun fleuve n’a son stade de delta dans le Mithila. Pour apprivoiser ces rivières, le Népal et le Bengale doivent coopérer entre eux. Dans le Magadh, contrairement au Mithila, les rivières ont leur phase montagneuse et deltaïque à l’intérieur du Magadh, à l’exception du Suvarnareka qui s’écoule juste à la frontière entre le sud du Magadh et le nord du Chattisgarh. Il faudrait apprivoiser la rivière Koel par une coopération entre le Magadh et le Kaoshal. En fait, le Magadh et le Kaoshal ont de nombreux problèmes communs. Il faudrait former de puissants conseils d’experts comprenant des représentants de tous les trois stades en vue de maîtriser ou d’apprivoiser ces rivières. Cela garantira la réussite des projets fluviaux. Un décret international devrait règlementer l’utisation de l’eau de tous pays. Le stade montagneux doit conférer avec le stade de plaine et le stade de plaine doit conférer avec stade deltaïque. Le Népal, par exemple, doit conférer avec les phases de plaine et de delta de ses rivières dont le cours passe en Inde. S’il y a un défaut de coopération entre les trois, l’eau de la rivière venant de la montagne ou bloquée au delta peut submerger une vaste zone de terre de plaine. Le Magadh est dans une situation relativement avantageuse vu que les stades montagneux comme de plaine de ses rivières sont dans le Magadh.

L’afforestation

Il faudrait couvrir de denses forêts les rives de toutes les zones de stockage d’eau. La science derrière cela est que les racines des arbres retiennent l’eau. Quand la nappe phréatique baisse, les racines des arbres libèrent lentement leur eau. Ainsi un étang entouré d’arbres ne s’asséchera jamais. Le feuillage des arbres minimise aussi l’évaporation. En outre, les feuilles des arbres ont de petits pores qui attirent les nuages, et les arbres peuvent accroître les précipitations. Il y a seulement cent ans il y avait de grandes forêts tropicales humides dans le Ráŕh, et à cette époque les précipitations annuelles dans le district de Manbhum étaient de 1800 à 2000 millimètres. Maintenant elles ne dépassent pas les 1000 à 1300 millimètres. Un programme scientifique de reboisement doit inclure deux aspects. Dans une première phase, il convient de planter des arbres à croissance rapide. On doit choisir des arbres qui atteignent leur maturité en six mois à deux ans. Dans la deuxième phase, on peut planter des arbres qui prennent plus longtemps à grandir mais qui augmentent la densité de la forêt. Cette approche restaurera l’équilibre écologique de la région. L’afforestation doit être à la fois intensive et extensive. La meilleure approche est de planter simultanément des arbres à croissance rapide et des arbres à croissance lente. Il ne serait pas rentable de ne planter que des arbres à croissance lente, car il nous faudrait attendre trente, cinquante, soixante-dix ou cent ans pour obtenir le résultat escompté. Et ne planter que des arbres à croissance rapide ne comporterait pas d’avantages à long terme. Il faudrait donc procéder sur le champ à un reboisement à la fois intensif et extensif. Une fois que les arbres ont atteint leur maturité, on peut effectuer des coupes et des ventes ponctuelles. Il faudrait reboiser ainsi les rives des étangs, des canaux, des retenues, des lacs, des rivières et des réservoirs. On devrait par exemple planter de l’acacia [Acacia arabica Willd.] ou du cachoutier [Acacia catechu Willd.] Entre ces arbres nous pouvons planter du sesbania [Sesbania grandiflora Pers.], et entre ceux-là du palissandre de l’Inde. Le sesbania pousse en effet très rapidement et devient un grand arbre en l’espace de cinq ans alors que l’acacia prend un peu plus de temps à pousser. Le palissandre de l’Inde pousse très lentement, mais il vit longtemps. Ainsi, le sesbania grandira en premier et attirera la pluie ce qui aidera les autres arbres à pousser. Quand il a atteint sa pleine maturation, après cinq ou sept ans, il peut être coupé et à ce point nous aurons une dense forêt de palissandres de l’Inde. Ces arbres ont bien d’autres utilités. Par exemple, les feuilles du palissandre de l’Inde accroissent la production de lait des vaches et l’on peut fabriquer du fil à partir des feuilles et des tiges. Les palissandres de l’Inde augmentent les précipitations et retiennent l’eau dans leurs racines. Les fleurs donnent une abondance de miel, les feuilles peuvent s’utiliser pour faire des assiettes, la sève est transformée en gomme pour l’industrie de l’encens et l’arbre peut être un support pour la sériciculture et la production de soie tussah. Les graines sont aussi comestibles et il arrive que des gens pauvres en consomment, tandis que le miel a une valeur à la fois médicinale et économique, et peut être une source de devises étrangères s’il est exporté. Si le besoin s’en fait sentir, on peut aussi planter de la Margose Amère [Pterocarpus marsupium Roxb.]] entre les palissandres de l’Inde. C’est ainsi, étape par étape, que nous devons procéder. De même, la gestion scientifique des cultures est un aspect essentiel de la conservation de l’eau. Par exemple, un champ d’orge exige moins d’eau qu’un champ de légumes. S’il y a deux champs côte à côte, un d’orge et un de légumes, la culture des légumes consommera seulement 75 % de ses besoins habituels en eau d’irrigation. Si l’on laisse s’écouler les 25 % restants jusqu’au champ d’orge, cette eau sera suffisante pour irriguer l’orge. La culture de l’orge ne demande pas de systèmes d’irrigation particuliers. Les arbres fruitiers peuvent stocker une grande quantité d’eau dans leurs racines, et devraient donc être plantés en bordure de rivière et près des champs de riz pour aider à conserver l’eau. Après la récolte du riz à Ánanda Nagar par exemple, l’eau s’écoule par les deux ruisseaux – le Alkananda et le Paragati – laissant les champs secs. Après coup les ruisseaux s’assèchent également vu que l’eau des champs ne les alimente plus. Il faudrait pour résoudre ce problème planter des arbres fruitiers le long des ruisseaux. L’eau stockée dans les racines des arbres fruitiers maintiendra le sol humide et fertile. On doit faire en sorte que les branches des arbres fruitiers ne fassent pas de l’ombre aux cultures. Si l’on suit ce système, les ruisseaux continueront de couler même après que le riz soit coupé et que les champs soient drainés. Si l’on plante des arbres fruitiers sur les rives d’une rivière, elle aura toujours de l’eau. Pourtant des êtres humains sPROUTides ont coupé tous les arbres longeant les rivières et maintenant de nombreuses rivières sont asséchées. Qui eut cru qu’il y a 150 ans de gros bateaux naviguaient sur la rivière Mayuraksi au Bengale ? Aujourd’hui c’est une petite rivière et en pleine saison des pluies seulement de petites embarcations l’empruntent. Les forêts autour des rivières ont toutes disparues. Les arbres des forêts retiennent de l’eau dans leur réseau de racines et la libèrent d’une manière régulée permettant aux rivières de s’écouler régulièrement. Maintenant vous comprenez l’utilité des forêts. Un jour, sur le bord de la rivière Mayuraksi dans le village de Katasu, j’ai découvert le mât fossilisé d’un bateau. Cela prouve qu’auparavant de gros bateaux naviguaient sur cette rivière. J’ai vu la même chose sur les rives de la rivière Damodar. En raison de la déforestation, ces rivières sont en phase d’assèchement et de ce fait il y a moins de précipitations. L’esprit de notre programme de conservation de l’eau est qu’il faudrait doubler sur le champ la quantité d’eau de surface disponible. Il serait bien sûr préférable de la décupler. Pour atteindre au mieux cet objectif on doit adopter une approche décentralisée de la gestion de l’eau visant à augmenter la profondeur, la superficie, ou les deux à la fois, des espaces de stockage d’eau. La première étape est d’augmenter la profondeur de ces étangs, retenues, lacs, rivières et réservoirs qui sont déjà utilisé pour stocker l’eau. La deuxième étape est d’accroître la surface de ces espaces de stockage et la troisième étape consiste à augmenter les plantations autour d’eux. Comment multiplier par dix ces plantations ? En multipliant par cinq le nombre de rangées de plantes autour de chaque espace de stockage d’eau et en divisant par deux la distance entre chaque plante. En plus de cela, il faudrait construire un grand nombre de nouveaux petits étangs, retenues, lacs et réservoirs. En règle générale, il faut employer l’eau de surface préférablement à l’eau souterraine. Vous devez vous préparer. La sphère de la connaissance, la portée de la connaissance et l’expansion de la connaissance commencent avec le moi. L’humanité vous attend. Vous savez ce que vous êtes et ce que le monde attend de vous. Vous devez résoudre tous les problèmes du monde d’aujourd’hui. Vous devriez préparer des plans et des programmes détaillés et agir en conséquence. Vous devez être l’avant-garde.


Calcutta, le 25 mars 1989 Tiré de Ideal Farming Part 2

Calcutta, 1981 �Plans de développement




Selon la PROUT, la société humaine est une et indivisible. La société humaine est comme une guirlande dont les fleurs variées sont reliées entre elles par un fil commun. La beauté d’ensemble de la guirlande dépend de la beauté de chaque fleur. De même, chaque facette de la société est reliée aux autres. Pour maintenir l’unité et la solidarité de la structure sociale, toutes les sphères de la vie sociale doivent être fortifiées et développées. Pour construire un ordre social solide en quelque pays que ce soit, trois facteurs sont essentiels. Il doit tout d’abord y avoir une inspiration idéologique correcte tendant au progrès individuel ou collectif. Un progrès général peut s’accomplir quand la société se fonde sur des principes universels qu’elle s’attache à matérialiser et qu’elle intègre dans sa structure socio-économique. Le deuxième facteur est la discipline. Certains pays du monde perdent rapidement leur pouvoir parce qu’il n’y a pas de discipline dans la vie individuelle ou collective. Si l’on veut construire un ordre social solide, la discipline est une condition préalable essentielle. Troisièmement, il doit y avoir de la stabilité économique. L’économie d’un pays doit être saine. Une économie saine exige des plans et programmes convenables. Comme les facteurs socio-économiques varient d’un endroit à l’autre, les potentialités socio-économiques varient également. Les facteurs tels que la fertilité de la terre et la disponibilité de la main d’œuvre peuvent changer radicalement d’une région à l’autre et l’on doit donc faire un plan différent pour chaque région. Par exemple, les districts du nord-est et du sud-est du Bihâr souffrent respectivement d’un excédent et d’un surplus de main d’œuvre, aussi il est sPROUTide de préconiser le même plan pour les deux zones. Les expériences de planification centralisée tentèrent de résoudre ce problème, mais elles échouèrent inévitablement. La seule possibilité est d’adopter une planification économique décentralisée.

Planification décentralisée

La planification de l’économie PROUTiste est fondée sur l’idéal du bien général. Cet idéal directeur illuminera la voie de la libération socio-économique des êtres humains. La planification capitaliste ne sert pas le bien commun mais des intérêts privés ou ceux de diverses sociétés. Une caractéristique essentielle de l’exploitation capitaliste est que les capitalistes, à la poursuite du profit, prennent le contrôle des matières premières d’une région. 0n doit mettre fin à cette exploitation. Les ressources disponibles doivent servir au développement socio-économique des populations locales. Dans la planification économique PROUTiste, chaque section de la société entrera dans le champ de la planification. En plus de combler les espoirs et aspirations économiques de la population locale elle empêchera les indidus, sociétés ou partis de contrôler l’économie. Avec cette approche, on peut parvenir à une croissance totale de l’individu comme de la collectivité. La formation de cet environnement socio-économique non seulement rempliera les besoins matériels des êtres humains, mais servira de fondation ferme à leur élévation psychique et spirituelle. Le pouvoir décisionnel directement impliqué dans la décentralisation économique doit appartenir aux régions ou aux conseils de niveaux inférieurs impliqués. Si cela n’est pas le cas, il ne leur sera pas possible de matérialiser les programmes économiques que la décentralisation leur a confiés. La première étape de la planification décentralisée est donc de faire un plan économique répondant aux besoins des échelons les plus bas. Les plans et programmes économiques ne doivent pas être imposés du haut. On doit au contraire créer toutes les conditions pour qu’ils émergent de la base. Chaque plan économique sans exception doit être préparé dans la localité concernée. Par exemple, le plan économique pour Pundibari dans le district de Coochbebar au Bengale ne peut être élaboré à Begunbari dans le district de Jalpaipuri. Le plan de développement pour Pundibari doit être préparé à Pundibari même, en s’appuyant sur les intelligences, les expertises et les ressources disponibles à l’intérieur de la localité. Les plans et programmes économiques doivent prendre en considération les espoirs et aspirations des populations locales. Pour développer une région économiquement, la planification doit donc commencer à la base – la direction du développement économique devrait être de la base au sommet, pas de haut en bas. La dernière approche est irréalisable, c’est un mythe utopique. L’élaboration du plan économique d’une région particulière doit se faire en consultation avec des ingénieurs, des économistes, des scientifiques, des professionnels, des techniciens, des agriculteurs, des ouvriers de l’industrie, des intellectuels et autres spécialistes locaux, mais la responsabilité d’appliquer le plan économique doit échoir aux moralistes locaux. Ils devront jouer le rôle majeur. On devrait conférer la tâche de matérialiser chaque élément du plan sans exception à ceux qui sont établis dans la moralité et la spiritualité. La planification économique PROUTiste réorganisera dès son commencement la structure de la population sur une base scientifique. La population flottante devra soit fondre ses intérêts socioéconomiques avec les intérêts de la région soit retourner à sa propre région. Ceux qui partagent l’héritage culturel et le potentiel socio-économique d’une région s’y établiront bien. Chaque région peut résoudre ses problèmes socio-économiques peuvent par l’utilisation maximale et la distribution rationnelle des ressources et potentialités dans cette région. Jusqu’à maintenant, les dirigeants de l’Inde n’ont fait aucun effort sérieux pour le développement économique de l’Inde, que ce soit à l’époque pré-indépendance ou postindépendance. La période postindépendance peut se diviser en trois grandes phases - l’ère Nehru, l’ère Gandhi et le gouvernement Janata. Toutes ces ères entrent dans l’âge vaeshya soit de domination capitaliste et elles avaient toutes quelque chose en commun – elles avaient une politique gouvernementale mesurée envers les capitalistes. Le gouvernement Janata représentait un contre-mouvement au sein de l’âge capitaliste (vaeshya). Il ne s’agissait ni d’une révolution intellectuelle, ni d’une contre-évolution intellectuelle, mais seulement d’un mouvement d’obédience capitaliste. C’était une approche intellectuelle réformiste motivée par des intérêts capitalistes. Pour fortifier sa position, le gouvernement tenta de donner aux capitalistes une liberté accrue de sucer les os et la moelle des prolétaires (shúdra), des guerriers (kattriya) et des intellectuels (vipra). Comme il s’agissait d’un contre-mouvement, il fut de courte durée et rapprocha le moment de la révolution prolétarienne (shudra). Cette période ne connut donc pas de développement économique. Par conséquent, il n’y a pas d’alternative pour les PROUTistes que de former des communautés socio-économiques.

Communautés socio-économiques

Nous nous devons de former dans le monde entier des communautés socio-économiques sur la base de l’identité de leurs problèmes économiques, d’un potentiel économique uniforme, de similarités ethniques, d’un héritage culturel partagé et de caractéristiques géographiques similaires. En se basant sur ces facteurs, on peut réorganiser l’Inde dans sa totalité et le monde entier en communautés socio-économiques. Ces communautés ne doivent pas seulement être des régions géographiques mais des unités socio-économiques autosuffisantes. La base fondamentale de ces unités est sociale, culturelle et économique et non religieuse ou linguistique. Les communautés socioéconomiques devront pratiquer la décentralisation économique de telle sorte que les populations locales soient en mesure d’obtenir tout ce qui est nécessaire à leur progrès physique, psychique et spirituel. Ce concept est un aspect important de la PROUT appliquée. La planification économique aura pour but de rendre chaque communauté socio-économique autosuffisante. Il faudra réunir des informations facilitant l’utilisation maximale des potentialités locales comme les ressources géographiques de la région, y compris la capacité des rivières, des lacs et canaux, et l’emplacement des collines et montagnes ; l’emplacement et la quantité de minerai, des forêts et ressources aquatiques ; les ressources agricoles et industrielles, y compris les possibilités d’agro-industrie et d’agrico-industrie ; la démographie, comprenant le savoir-faire, la santé et la psychologie de la population ; le potentiel agraire, y compris la répartition de la terre pour satisfaire au besoin collectif ; et la communication. La planification pour l’autosuffisance économique devra s’appuyer sur les principes de la PROUT et faire bon usage de ces données. En Inde, dans une première phase, quarante-quatre communautés socio-économiques peuvent être formées. De nombreuses communautés socio-économiques peuvent aussi être formées dans le monde entier. Dans la plupart des cas, chaque communauté socio-économique correspondra à une communauté politique, mais dans certains cas plus d’une communauté socio-économique formeront une communauté politique. Chaque communauté socioéconomique représente un rassemblement d’êtres humains qui veulent avancer ensemble et tous les habitants de ces communautés devraient donc avoir le sentiment d’être frères et sœurs. De tels regroupements ne peuvent jamais violer l’humanité. Tout non-humain ou être humain qui veut briser la solidarité de la société doit être stoppé. Vous devrez vous battre contre de tels éléments. Vous devrez combattre toutes les forces antisociales et antihumaines en Asie, en Europe, dans le monde et l’univers entier et vous devez lutter comme une seule entité. Chaque fois que vous luttez contre les forces de l’inhumanité, toutes les communautés socio-économiques se battront comme une seule. Rejoindre ce combat, c’est lutter pour tous les gens réprimés et opprimés du monde.

Expression culturelle

Les communautés socioéconomiques devront non seulement satisfaire les besoins sociaux et économiques des populations, mais aussi leurs aspirations culturelles. La culture désigne toute la gamme des expressions humaines. La culture est la même pour toute l’humanité, bien qu’il y ait des différences dans l’expression culturelle. Le meilleur moyen de communiquer les émotions humaines est la langue maternelle car il est le plus naturel. Si l’expression naturelle des gens dans leur langue maternelle est étouffée, des complexes d’infériorité grandiront en eux, encourageant une mentalité de vaincu aboutissant à l’exploitation psycho-économique. Aussi doit-on se garder d’opprimer une langue maternelle quelconque. L’imposition de la langue hindi comme langue nationale de l’Inde par une section des dirigeants indiens est un exemple d’oppression linguistique. Le hindi n’est pas le langage naturel des habitants de l’Uttar Pradesh, du Bihâr et d autres parties du nord de l’Inde. Il y a de nombreuses langues dans ces régions qui sont étouffées et qui ont plutôt besoin d’être encouragées. Pour raviver l’héritage culturel des populations de ces régions et élever leur conscience socioéconomique, il faut leur faire réaliser qui les exploitent et la nature de leur exploitation psycho-économique, réveillant ainsi leur esprit combatif. Toutes les langues doivent être encouragées, mais cela ne veut pas dire s’opposer aux langues parlées par les autres. Dans ce contexte, le langage par lui-même n’a qu’une importance secondaire. Ce sont les conséquences culturelles et socio-économiques négatives de l’impérialisme linguistique qui doivent passer en premier. Une langue change normalement tous les mille ans et une écriture environ tous les deux mille ans. Il n’y avait pas d’écriture du temps des Védas. La composition des Védas débuta il y a 15 000 ans et termina il y a 5 000 ans, l’entière composition s’étalant donc sur 10 000 ans. L’écriture fut inventée en Inde il y a environ 5 000 ans. A cette époque les gens écrivaient sur des peaux de moutons. Plus tard ils commencèrent à écrire sur du papyrus, et encore plus tard, le papyrus devint du papier. On écrivait le bengali avec des pointes en bois et l’oriya avec des pointes en fer. Pour empêcher les pointes en fer de déchirer le papier, les lettres de l’oriya s’arrondirent. L’origine de l’expression de toutes les langues est la même. Certaines différences géo-raciales furent responsables de l’apparition des différentes races, races qui à leur tour créèrent un grand nombre de langages. Les quatre races de ce monde sont l’australoïde, la négroïde, la mongoloïde et l’aryenne. La demeure originale des Aryens était la Russie méridionale, l’est de l’Oural, que l’on connaît maintenant sous le nom de Caucase. La zone musulmane de l’Union soviétique comprend l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, l’Azerbaïdjan, etc. Aujourd’hui, les aryens peuvent être divisés en trois groupes – nordique, alpin et méditerranéen. Les aryens nordiques viennent des pays scandinaves, ils ont la peau d’un blanc rougeâtre et les cheveux roux ou dorés. Les aryens alpins viennent d’Allemagne et des régions environnantes. Ils ont la peau blanche, les cheveux bleus noirâtres et les yeux bleus. Les aryens méditerranéens viennent du sud de l’Europe, ils ont la peau claire, les cheveux noirs et les yeux noirs. Les mongoloïdes ont la peau jaunâtre et peu de poils sur le corps. On peut les classer en cinq groupes - les nippons, qui sont gros de visage et grands de corps ; les Chinois, qui ont le nez plat et les yeux bridés ; les Malais, qui ont une petite corpulence et le nez plat ; les indo-birmans, qui ont le nez plat et une corpulence relativement grosse ; et les indo-tibétains qui ont le nez plat et une apparence des plus plaisantes. Les australoïdes sont de corpulence moyenne et possèdent une peau noire terreuse tandis que les négroïdes ont la peau noire, les cheveux frisés et une taille souvent assez grande. Les conditions géo-raciales engendrent des changements dans les cordes vocales et les autres centres ou plexi, et en conséquence l’entière prononciation et d’autres éléments du langage changent. Bien qu’il ne faille opprimer aucune langue et qu’il faille toujours encourager l’expression culturelle, on ne peut se baser sur le seul langage pour délimiter les communautés socio-économiques si l’on veut bâtir une société harmonieuse.

Développement socio-économique

Pour garantir le développement socio-économique, quelques points supplémentaires devront être pris en compte par la planification économique. Par exemple, les gens qui doivent se rendre dans d’autres régions pour trouver du travail sont confrontés à certaines difficultés. Ils doivent souvent voyager sur de longues distances, avec toutes les dépenses que cela implique, sans compter l’inutile fardeau d’entretenir deux résidences séparées. Il est généralement préférable que les gens n’aient pas à quitter leur propre région pour trouver un emploi. Toute communauté socio-économique a les moyens d’arriver au plein emploi. Il est aussi crucial de réduire le drainage de capital d’une région à l’autre, sinon le produit par tête d’une communauté socio-économique ne peut augmenter. Chaque communauté socio-économique devrait exiger [d’être informée de] l’utilisation centime par centime du revenu collecté par l’état ou le gouvernement sur son propre territoire jusqu’à ce que le produit par tête soit comparable à celui des régions les plus développées du pays. Arrêter le drainage des capitaux d’une communauté socio-économique est l’approche la plus pratique et courageuse pour éliminer l’exploitation. Les dirigeants actuels n’oseront cependant jamais adopter cette approche. Pour satisfaire certains besoins le troc entre communautés socio-économiques doit être encouragé. Pour les pays sous-développés et en développement, le système d’exportation peut encourager une compétition déloyale, le drainage des maigres ressources et mener à l’exploitation. La PROUT est pour l’abolition de l’impôt sur le revenu. En Inde aujourd’hui si l’impôt sur le revenu est aboli et les impôts indirects sur les biens imposables sont augmentés de seulement 10%, le revenu de l’état ne sera pas affecté. Quand il n’y a pas d’impôt sur le revenu, personne n’essaye d’acquérir de l’argent sale. Tout l’argent sera de l’argent propre. En conséquence il y aura une réelle solidarité économique, une augmentation des échanges et du commerce, plus d’investissements, plus d’emplois et une hausse du niveau des réserves de change. Les intellectuels doivent réclamer l’abolition de l’impôt sur le revenu. Il devrait de surcroît y avoir un enseignement gratuit pour tous les élèves jusqu’aux diplômes les plus élevés, un emploi garanti pour tous les jeunes, des systèmes d’irrigation pour tous les agriculteurs et des vivres à bon marché pour tous les ouvriers - c'est-à-dire, des denrées essentielles telles que le riz, les graines de légumineuses, la farine, le sucre et l’huile de table moins chères que leur valeur courante. La PROUT est fondamentalement contre les petits états car ils écrasent bien souvent les citoyens de leurs taxes mais dans certaines circonstances la formation de petits états peut se justifier. Par exemple, un état qui appartient à un système fédéral et qui n’est pas autosuffisant a besoin en urgence de programmes de développement, et pour les matérialiser il se peut qu’il réclame une partie du budget fédéral. Si certains milieux créent constamment des obstacles à la matérialisation des programmes de développement d’une région, elle n’aura pas d’alternative que d’exiger la formation d’un état séparé. La taille des communautés socio-économiques de la PROUT est constamment en augmentation. Les communautés plus petites fusionneront ensemble pour former de plus grosses. Les facteurs suivants déterminent la faisabilité d’une fusion entre plusieurs communautés socio-économiques – parité économique, homogénéité culturelle, système de communication et efficacité administrative. Finalement, la planification socio-économique doit prendre en compte les caractéristiques géopsychologiques. En Inde par exemple, les gens vivant dans les régions humides de l’est ont une tendance à la faiblesse et à la léthargie, alors que ceux qui vivent dans les zones sèches de l’ouest tendent à être plus forts et actifs. On peut appeler cela la « Théorie de l’est humide ». De telles caractéristiques ne résultent pas de forces ou faiblesses personnelles mais de facteurs géopsychologiques. Les Panjabis vivent dans une région sèche de l’ouest et sont à la fois forts physiquement et travailleurs. Les Assamais vivent dans une région humide de l’ouest et sont plus faibles physiquement et léthargiques. On doit prendre dûment en compte de tels facteurs lors de l’élaboration des plans socio-économiques. L’aspect appliqué de la PROUT se fonde sur des sentiments universels et non sur le patriotisme géopolitique, comme le font les autres théories et philosophies. Alors que ces théories encouragent inimitiés et rivalités, les communautés socio-économiques de la PROUT travailleront ensemble et coopéreront entre elles.

Quelques exemples

Voyons enfin par ces quelques exemples comment la planification décentralisée peut profiter à une industrie particulière. Prenons tout d’abord l’industrie du jute. Au Bengale, de nombreuses usines de jute furent fermées après le départ d’Inde des Britanniques. Ce fut un désastre pour les planteurs de jute qui se trouvèrent à la merci d’intermédiaires [peu scrupuleux] étant dans l’obligation de vendre leur récolte de jute immédiatement [après la récolte]. Le principal problème de l’industrie du jute de l’époque était d’éliminer ces intermédiaires. Pour sauver l’industrie du jute aujourd’hui, les planteurs de jute devraient établir des coopératives de producteurs pour fabriquer du fil de jute à partir de jute cru. Les filatures devraient acheter le jute directement des producteurs de jute et fabriquer des articles comme les sacs, la grosse toile, les vestes et les manteaux pour les coopératives de consommateurs. Le tabac est cultivé dans le nord de l’Inde, transformé dans le sud puis renvoyé dans le nord pour être vendu. Les exploitants du nord devraient être équipés pour la conversion du tabac brut sous la forme de tabac haché. On ne devrait pas avoir besoin de l’envoyer dans le sud pour sa transformation. Cela créera des emplois. L’industrie de l’allumette fonctionnait avec succès sous forme coopérative. Toutefois le gouvernement ébranla cette industrie en assistant les gros fabricants en période de mauvaises ventes. Le thé qui est récolté dans le sud de l’Inde devrait être remplacé par des plantations de caoutchouc. Bien que les deux demandent beaucoup de pluie, le caoutchouc est plus utile et plus rentable que le thé. Un produit devrait avoir à la fois une utilité et un marché tout prêt. Au Bengale, la fibre de la feuille d’ananas peut être utilisée pour la fabrication de tissu ; le calcaire dans le district de Purulia peut servir à faire du ciment ; le gravier du district de Bankura peut s’utiliser pour les routes ; du sucre brut et du haricot mungo peuvent être produits dans le district de Nadia ; une abondance de poisson peut être élevé en pisciculture dans le district de Birbhum ; et des centrales hydroélectriques peuvent être construites dans le nord du Bengale, là où la pluie est abondante. Dans l’ouest de l’Uttar Pradesh et le Panjab, la pulpe de canne à sucre peut être utilisée dans l’industrie du papier.

Novembre 1979


�Planification à l’échelon cantonal





Dans une économie décentralisée, on a recours à la planification économique pour le bien de la population locale. La planification économique doit utiliser toutes les potentialités la région locale et répondre aux besoins locaux. Les facteurs de la planification

La planification économique doit prendre en compte les éléments suivants – les coûts de production, la productivité, le pouvoir d’achat et les besoins de la population. Coûts de production : Dans de nombreuses économies rurales, c’est une tradition pour les fermiers et leur famille de travailler dans les champs pour cultiver différents produits. Au moment de fixer le prix de leurs produits, ils ne calculent pas les coûts du travail effectué pour cultiver la terre et ne paient pas de salaire aux membres de leur famille. Ils omettent aussi de déterminer le coût des outils ou machines qu’ils utilisent dans les champs et les autres dépenses encourues pour produire leurs récoltes. Ils ne réussissent donc pas à calculer leur coût unitaire de production systématiquement. En conséquence, ils encourent des pertes ou sont souvent mal rétribués pour leurs produits. Pour résoudre ce problème, on doit réorganiser l’agriculture sur le modèle de l’industrie dans le cadre du système coopératif. Selon la PROUT, l’agriculture devrait être traitée comme une industrie organisée. C’est après coup seulement que le coût unitaire de production pourra être calculé systématiquement et que la pauvreté des agriculteurs prendra fin. Les fermiers vendront leurs produits à un prix correct ce qui amènera la stabilité du secteur agricole.

Dans une économie PROUTiste, les coûts de production doivent être déterminés de manière systématique et maintenus à un niveau minimum. Toutes les industries, y compris les agrico-industries et les agro-industries doivent s’assurer que le coût de production d’un article particulier n’excède pas sa valeur marchande. Toute unité de production doit être viable économiquement. 

Productivité : L’économie devra être organisée de telle manière à ce qu’elle ait la capacité de produire toujours plus. L’argent devrait être investi – on doit faire tourner l’argent plutôt que de l’amasser – de façon à accroître continuellement la richesse de la société. Ce principe guide les planificateurs vers une maximisation de la production en fonction des besoins collectifs. Il devrait y avoir une production croissante basée sur les besoins et le plein-emploi pour toutes les populations locales. Il ne faudrait développer un produit que là où les matières premières sont disponibles, et l’on ne doit pas permettre la sous-utilisation d’une quelconque unité de production. Si les gens sont guidés par les besoins et potentialités de leur communauté socio-économique, la loi de la productivité est bénéfique. La maximisation de la production dans l’économie crée un environnement favorisant les investissements, l’industrialisation, l’emploi et le pouvoir d’achat, augmentant la richesse collective par des moyens toujours plus progressistes. Pouvoir d’achat : La planification doit aussi amener l’accroissement du pouvoir d’achat de chaque personne. La PROUT n’approuve pas la pratique existante de considérer le PIB par habitant comme l’indicateur du niveau économique des gens. Le PIB par habitant est une évaluation trompeuse et défectueuse de la richesse collective popularisée par les économistes capitalistes pour duper les gens et couvrir leur exploitation. La vraie mesure de l’avancement économique du peuple est le pouvoir d’achat. Pour augmenter le pouvoir d’achat des gens, on doit s’assurer de la disponibilité des biens de première nécessité, de la stabilité des prix, de l’augmentation progressiste et périodique des revenus et salaires et de l’accroissement de la richesse collective. Dans une économie PROUTiste, on ne met pas de limite au pouvoir d’achat – en d’autres mots, le pouvoir d’achat ne cesse de croître. Les besoins minimaux doivent être couverts et cette couverture doit augmenter suivant l’époque, le lieu et la personne, et le meilleur moyen d’arriver à cela est d’augmenter continuellement le pouvoir d’achat de la population en proportion avec le développement économique de la communauté socio-économique concernée. Plus le pouvoir d’achat des gens est grand, plus leur niveau de vie est élevé. Besoins collectifs : Les planificateurs devront considérer les besoins collectifs existants tout comme les besoins futurs d’une communauté socio-économique, et esquisser leurs programmes de développement en conséquence. En Inde on a établi nombres d’industries sans augmenter la production d’électricité. A cause de ce manque de planification, la production énergétique est en retard sur le développement industriel. C’est particulièrement évident au Bengale et au Bihâr. C’est à la production des biens essentiels que l’on doit accorder le plus d’importance, et les planificateurs devront prendre des dispositions pour la [satisfaction des] besoins minimums, mais ils ne devraient pas négliger [pour autant] les besoins des personnes méritantes et les besoins spécifiques de certains individus, car cela équivaudrait à ne pas répondre aux nécessités du temps.

Planification à l’échelon cantonal

La planification doit s’effectuer à différents niveaux tels que le cantonal, le départemental, le régional, le national et le mondial, mais la planification à l’échelle cantonale doit être le premier niveau de planification. La planification à l’échelle cantonale est essentielle à la décentralisation économique et elle devrait être pratiquée par tous les cantons. Il devrait y avoir une clause dans la constitution autorisant la planification à l’échelle cantonale pour le développement socio-économique. La quantité de ressources naturelles ou humaines varie d’un canton à l’autre, et l’on doit faire un plan économique différent pour chaque canton. Un comité cantonal de planification devrait être constitué dans ce but. Le comité cantonal de planification préparera un plan pour le développement du canton et mettra en application les programmes de développement locaux. Au-dessus du niveau cantonal il y aura un comité départemental de planification. Ainsi tout niveau supérieur au cantonal aura son comité de planification pour préparer et exécuter les plans et programmes locaux. Rappelons que la planification s’opère dans un ordre ascendant, commençant à l’échelon du canton et se répercutant à tous les échelons de la communauté socio-économique. Actuellement le découpage de la plupart des cantons obéit à des impératifs politiques. La PROUT est opposé à ce genre de découpage. Les circonscriptions cantonales devraient être réorganisées en tenant compte d’éléments comme les caractéristiques physiques de la région (y compris les vallées fluviales, les conditions climatiques variées, la topographie, la nature du sol, le type de flore et de faune, etc..), les besoins et problèmes socioéconomiques des gens, et leurs aspirations physico-psychiques. On doit rendre chaque canton économiquement sain de telle sorte que la communauté socioéconomique dans son entier soit autosuffisante. C’est seulement à cette condition que l’on qualifiera un pays ou une fédération d’économiquement fort et de développé dans le vrai sens du terme. C’est une caractéristique unique de la planification économique décentralisée de la PROUT. Lorsque le plan concerne exclusivement le développement général d’un seul canton, on parle de « planification intra cantonale ». Chaque canton doit posséder son propre plan de développement, qui serait en harmonie avec les plans réalisés à chaque niveau de la communauté socio-économique. Il y a cependant des problèmes qui dépassent la sphère du canton et qui ne peuvent être confrontés ou résolus par un seul canton, comme la maîtrise des inondations, l’aménagement des vallées fluviales, les systèmes de communication, les établissements d’enseignement supérieur, les projets de boisement, l’impact environnemental du développement, l’établissement d’industries clés, l’érosion du sol, l’approvisionnement en eau, la production énergétique, l’établissement d’un système organisé de marché, etc.. Il est donc nécessaire pour les cantons de coopérer entre eux. La planification associant différents cantons est appelée « planification intercantonale ». La planification intercantonale s’attache à organiser et harmoniser le développement socio-économique pour un petit nombre de cantons voisins et dans certains domaines sélectionnés par coordination et coopération mutuelles. A tous les niveaux la planification devrait viser le court terme comme le long terme. Dans tous les cas, la limite pour un plan à court terme devrait être six mois, et la limite pour un plan à long terme, trois ans. Les plans à court terme et à long terme devraient être conçus de façon à se compéter l’un l’autre. Les buts immédiats de la planification à chaque niveau sont de pourvoir aux besoins minimums de la population locale, d’éliminer le chômage, d’accroître le pouvoir d’achat et de rendre les communautés socio-économiques autosuffisantes.

Les bénéfices de la planification à l’échelle cantonale

La planification à l’échelle cantonale offre de nombreux avantages. La superficie couverte par la planification est assez réduite pour que les planificateurs comprennent bien tous les problèmes de la région ; les autorités locales seront en mesure de résoudre les problèmes en fonction des priorités locales ; la planification sera plus pratique et efficace et donnera rapidement des résultats positifs ; les corps socioculturels locaux peuvent jouer un rôle actif dans la mobilisation des ressources humaines et matérielles ; le chômage sera facilement vaincu ; le pouvoir d’achat des populations locales augmentera ; et tous les fondements d’une économie développée seront posés. Le développement des industries locales a des avantages économiques immédiats. Le problème du chômage sera rapidement résolu et en un temps court, il sera possible de créer un environnement propice au plein-emploi permanent. En fait la seule manière de résoudre le chômage et d’amener le plein emploi dans le monde entier est de développer les industries au niveau du canton. La croissance des industries locales apportera la sécurité sociale aux populations locales et comme leurs besoins essentiels seront satisfaits, elles auront une chance de se développer en tout domaine. La population de chaque communauté socioéconomique doit être organisée de manière scientifique. C’est à l’échelle du canton que l’on doit s’attaquer au problème de la population flottante. Là où il y a une population flottante, on doit lui donner le choix de s’installer définitivement ou de retourner à sa région d’origine.

Les différences de planification

Il y aura inévitablement des différences de planification entre régions. Prenons un exemple. Est-ce que les plans pour le Panjab seront identiques à ceux qui sont faits pour la vallée du Cauvery ? Le plan de ces régions ne peut être le même pour trois raisons principales. Premièrement, les rivières du Jehlam, du Chenab, du Ravi, du Beas et du Sutlej dans le Panjab sont toutes d’origine himalayenne. Elles constituent une source d’eau perpétuelle parce qu’elles sont alimentées par les glaciers. Les rivières du Panjab sont maintenues en vie par de la glace fondue. Mais les rivières de la vallée du Cauvery – le Tungabhadra et le Cauvery – arrivent du Ghat ; c'est-à-dire qu’elles prennent source dans le Ghat oriental ou dans le Ghat occidental. Elles sont dépendantes des précipitations saisonnières. Bien qu’il y ait deux saisons des pluies par an dans la vallée du Cauvery, ses rivières ne sont pas des sources perpétuelles d’eau parce qu’elles ne sont pas alimentées par les glaciers. L’incertitude de l’alimentation en eau de la vallée du Cauvery fait que l’on ne peut y produire de l’hydroélectricité, mais le barrage de Bhakra Nangal peut générer de l’hydroélectricité car les rivières du Panjab ont de l’eau toute l’année. Deuxièmement, la vallée du Cauvery, étant relativement proche de l’équateur, a un climat rigoureux. Le Panjab possède, lui aussi, un climat rigoureux, mais il est dû aux vents qui soufflent du nord-ouest et de l’est. La vallée du Cauvery ne peut compter sur aucun vent [stable]. Les variations climatiques doivent être prises en compte en matière d’agriculture ou de production énergétique. Troisièmement, la portion centrale de la vallée du Cauvery est constituée d’une terre latérite vallonnée appelée le Plateau du Deccan. Le Panjab est une terre plate. La péninsule du Deccan est formée de quatre côtes – la côte Utkal, s’étendant du Mahanadi à Godavari ; la côte Coromandel, de Godavari à Cape Comerin ; la côte Malabar, de Cape Comerin à Goa ; et la côte Konkan, de Goa à Gujarat. Ces zones côtières ne sont pas formées de terre vallonnée. Ces régions côtières sont connues sous le nom de « grenier d’Inde ». Dans la partie Telengana du Plateau du Deccan, il y a une pénurie chronique de nourriture. Dans la vallée du Cauvery, la région côtière orientale – la zone Coromandel – devrait élaborer son programme de développement. Le Plateau du Deccan peut cultiver des palmiers borasses mais pas des cocotiers, alors que dans les régions côtières, les deux peuvent se cultiver. Une approche correcte de la planification doit prendre en compte tous les éléments pertinents avant que les projets de développement ne soient mis en application.

Calcutta, 1981.

�Economie décentralisée - 1





« La question économique majeure à laquelle sont confrontés aujourd’hui les dirigeants de tous les pays du monde est comment accroître le niveau de vie de leurs citoyens et donc la prospérité économique de l’état. C’est une question brûlante, en particulier pour ces pays qui sont économiquement retardés. Le problème n’est pas simple, car dans de nombreux pays, la population dépend directement de la nature pour sa subsistance. Ce n’est que dans quelques pays que les peuples ont sût mettre à profit leur savoir et sagesse pour résoudre leurs problèmes économiques. La plupart des pays du monde – qu’ils soient capitalistes ou communistes – ont adopté une politique de centralisation économique. Alors que les économies des pays capitalistes sont centralisées dans les mains de quelques capitalistes ou de quelques institutions capitalistes, les économies des contrées communistes sont centralisées dans les mains d’un parti. Après tant d’années de centralisation économique, quel succès ont rencontré ces pays dans leur tentative d’améliorer le niveau de vie de leur population ? Pour juger de cela, la question est de savoir si l’exploitation économique a été éradiquée et si le petit peuple a été assuré d’un pouvoir d’achat croissant. Le fait est que dans une économie centralisée il n’y a aucune chance que l’exploitation économique soit un jour éradiquée ou les problèmes économiques du peuple solutionnés définitivement. En Inde, les intérêts en place ont à maintes reprises trompés les petites gens. Les leaders politiques ont faites d’innombrables promesses, mais elles se sont révélées être de mauvaises plaisanteries. La politique de centralisation économique n’est qu’une stratégie des capitalistes pour accumuler une part croissante de capital. On entretient la bonne humeur des masses crédules en leur promettant des bricoles, mais par derrière les capitalistes continuent d’amasser [en toute tranquillité] des fortunes gigantesques. Si nous examinons le pourquoi d’un tel phénomène nous nous apercevrons qu’il a une cause évidente. Toutes les politiques économiques du pays sont formulées par une poignée de personnes qui agit comme les [agents et] piliers du capitalisme. La seule façon d'arrêter l’exploitation économique et de soulager la détresse du petit peuple est d’appliquer une politique de décentralisation économique dans tous les secteurs d’activité. Un plan couronné de succès ne peut jamais se faire dans un bureau climatisé situé à des milliers de kilomètres de son lieu d’application. L’économie centralisée ne peut résoudre les problèmes des villages isolés. La planification économique doit débuter au niveau le plus bas, là où l’expérience, l’expertise et la connaissance des personnes locales peuvent être mieux mises à contribution dans l’intérêt de tous les membres d’une communauté socio-économiques. C’est lorsqu’on construit les structures économiques sur la base d’une économie décentralisée que l’on peut résoudre tous les types de problèmes économiques. La question fondamentale est comment supprimer l’influence néfaste de l’économie centralisée. La vraie question est qui va attacher le grelot ? Si les intérêts en place ne sont pas guidés par la vertu, les gens eux-mêmes devront prendre l’affaire en main. Ils devront faire pression sur tous les fronts, s’unissant autour du slogan : « Abolissez l’économie centralisée pour stopper l’exploitation ; établissez une économie décentralisée. » La décentralisation économique est la seule voie véritablement d’intérêt général parce qu’elle constitue non seulement une assurance de prospérité économique mais aussi de meilleures conditions pour le progrès psycho-spirituel personnel ou collectif. Une fois que les problèmes terrestres des gens auront été résolus, ils auront plus l’occasion de développer leurs potentialités dans les sphères psychique et spirituelle. Avec l’établissement de l’économie décentralisée, l’exploitation économique ou psycho-économique sera éradiqué, l’écart entre riches et pauvres sera réduit à son minimum et le bien-être individuel comme collectif sera grandement amélioré. Cela multipliera les chances de progrès psychique et spirituel pour tous les membres de la société.

Principes d’économie décentralisée

Le premier principe d’économie décentralisée est que toutes les ressources d’une communauté socio-économique doivent être contrôlées par les populations locales. En particulier, les ressources requises pour produire les biens essentiels doivent être dans des mains locales, et toutes les industries basées sur ces ressources devront être entièrement contrôlées par les gens locaux. Il faut utiliser pleinement les matières primaires locales pour arriver à produire tous les biens nécessaires au développement économique de la communauté socio-économique. Les gens locaux sont ceux qui ont fondu leurs intérêts socio-économiques personnels avec ceux de la communauté dans laquelle ils vivent. Clairement, ce concept de localité n’a rien à voir avec l’apparence physique, la race, la caste, les croyances, la langue ou le lieu de naissance. La question fondamentale à se poser est si la personne ou la famille a identifié ses propres intérêts socio-économiques avec les intérêts collectifs de la communauté socio-économique concernée. Ceux qui ne l’ont pas fait devraient être considérés comme des étrangers. On ne devrait autoriser aucun étranger à interférer dans les affaires économiques locales ou dans le système de production et de distribution, sinon une population flottante se développera, causant un drainage des richesses économiques de la région. Si cela se passe, la zone deviendra de plus en plus vulnérable à l’exploitation économique des étrangers et l’économie décentralisée sera menacée. L’excédent financier disponible après satisfaction des besoins essentiels des gens de la région, devrait être distribué entre les personnes méritantes, selon le degré de leur mérite. Par exemple, les médecins, les ingénieurs, les scientifiques et autres individus compétents engagés dans des activités variées nécessitent des équipements supplémentaires pour être en mesure de mieux servir la société. Alors qu’une bicyclette peut suffire à personne ordinaire, un médecin peut avoir besoin d’une voiture. Mais il doit y avoir une disposition dans l’économie pour réduire l’écart entre la couverture minimale touchée par tous et les équipements dont profitent les gens de mérite. Pour augmenter le niveau de vie des gens ordinaires, on peut donner à chacun [la capacité d’acheter] un scooter au lieu d’une bicyclette. Bien qu’un écart subsiste entre le scooter et la voiture, l’écart qui existait entre la bicyclette et l’automobile a été partiellement réduit. La différence économique entre les gens ordinaires et les gens méritants devrait être réduite autant que possible, et des efforts incessants doivent être faits à cet égard, mais cette différence ne disparaîtra jamais complètement. Si le fossé se creuse, les gens ordinaires en seront la victime et l’exploitation réapparaîtra dans la société sous le couvert [de la distribution] de biens. L’économie décentralisée ne présente pas cette lacune parce qu’elle doit d’un côté augmenter le niveau de couverture des besoins essentiels, et de l’autre évaluer la mise à disposition d’éléments de confort dans l’optique de l’intérêt général.

Le deuxième principe d’économie décentralisée est que la production devrait être motivée par les besoins de consommation, pas par le profit. La plupart des pays du monde ont adopté des systèmes économiques qui sont axés sur le profit – c'est-à-dire que la production y est réalisée pour le profit. Les producteurs ont une préférence absolue pour ces articles qui rapportent un profit maximum, donc il y a partout une compétition intense en ce qui concerne la production du produit le plus rentable. L’Inde n’y fait pas exception. Pour accroître le niveau de vie de la population, il faudra introduire un nouveau système de production. Les besoins de consommation, pas le profit devraient être le motif sous jacent dans le domaine de la production. Dans une économie décentralisée, les biens produits par une communauté socio-économique seront vendus sur le marché local même. Cela éliminera les facteurs d’incertitudes dans l’économie locale ou la vie économique de la population locale. Qui plus est l’argent circulera à l’intérieur du marché local, évitant ainsi toute sortie du capital local. Cela réduira presque totalement les risques de catastrophe économique dans l’économie locale. Dans ce système, le revenu des gens aura tendance à croître et leur pouvoir d’achat augmentera continuellement. Aucun système économique dans le monde n’a été capable d’accroître sans arrêt le pouvoir d’achat des gens, car le pouvoir économique est concentré aux mains de quelques-uns.

Le troisième principe d’économie décentralisée est que la production et la distribution doit être organisée dans le cadre des coopératives. L’une des raisons principales de l’échec passé du mouvement coopératif est la centralisation économique. Il est extrêmement difficile pour les coopératives de réussir dans un environnement économique d’exploitation, de corruption et de matérialisme et c’est pour cela que les gens ne purent accepter de tout cœur le système coopératif. Les coopératives sont forcées de rivaliser avec les capitalistes de monopole pour les marchés locaux, et les droits des populations locales sur leurs matières premières ne sont pas reconnus. Ce sont de telles circonstances qui ont compromis le succès du mouvement coopératif dans de nombreux pays du monde. D’un autre côté, l’économie décentralisée est une des conditions du succès du mouvement coopératif. La disponibilité de matières premières locales garantira la pérennité de l’approvisionnement des entreprises coopératives et les biens produits en coopérative peuvent facilement se vendre sur le marché local. Le sentiment de sécurité économique redoublera l’intérêt et la participation des membres de coopératives, et les peuples locaux, rassurés sur leur sécurité économique, accepteront sans réserve le système coopératif. Dans la mesure du possible, l’agriculture, l’industrie et le commerce devraient être gérés par des coopératives. Dans ces secteurs de l’économie, la propriété privée devrait être abolie par étape. Au cas où la complexité ou l’envergue limitée d’une production ne conviendrait pas aux coopératives, elle devra passer par les entreprises privées. La distribution des produits doit se faire à travers les coopératives de consommation. Il sera nécessaire de donner aux coopératives des garanties convenables. Le système coopératif est indispensable et il n’est réalisable qu’au sein d’une économie décentralisée. Le système coopératif et l’économie décentralisée sont inséparables.

Le quatrième principe d’économie décentralisée est que les gens locaux doivent être employés dans les entreprises économiques locales. Tant que les populations locales ne sont pas pleinement employées dans l’économie locale, le chômage ne pourra jamais être résolu. Ce sont les personnes locales qui doivent déterminer le niveau de la couverture minimale et les politiques élémentaires se rapportant à leur propre bien-être économique. Si l’on suit ce principe le problème de l’ingérence étrangère dans l’économie locale ne se posera pas du tout. Les coopératives amèneront des emplois aux populations locales, et aussi seront la garantie que les compétences et expertises locales sont pleinement utilisées. Les coopératives devraient aussi employer les gens instruits pour éviter qu’ils ne quittent la région à la recherche d’un emploi, ou qu’ils abandonnent la campagne pour la ville. Pour le développement de l’agriculture il y un grand besoin de spécialistes et de techniciens et les coopératives devront donc former des ruraux non qualifiés pour qu’ils puissent acquérir les compétences requises pour développer le secteur agricole. De plus, des agro-industries et agrico-industries de tous types devront être développées selon les besoins et ressources de la région et ces industries devraient être gérées en coopératives.

Le cinquième principe d’économie décentralisée est que l’on devrait retirer des marchés locaux les produits qui ne sont pas produits localement. Comme l’économie décentralisée vise à développer les industries locales et générer de l’emploi pour les populations locales, il faudrait autant que possible bannir des marchés locaux les biens qui ne sont pas produits à l’intérieur de la région. Il est essentiel que la population locale utilise les biens produits dans sa propre région pour assurer la prospérité de l’économie locale. Au départ, il se peut que les produits locaux soient inférieurs, plus coûteux ou moins facile à se procurer que les produits étrangers, pourtant en dépit de cela, les populations locales devraient utiliser les biens produits localement. Si les produits locaux ne répondent pas aux besoins et aspirations des gens, on doit prendre des mesures immédiates pour accroître leur qualité, réduire leur prix ou améliorer leur distribution, sinon cela encouragera les importations illégales. Dans une économie décentralisée, l’application de ce principe est de toute importance. Si on le néglige, les industries locales mettront graduellement la clé sous la porte, les marchés locaux échapperont au contrôle des populations locales et le chômage augmentera. Si l’on privilégie en principe les biens produits localement, non seulement les industries locales survivront, mais leur expansion fera prospérer l’économie locale. On mettra terme aux sorties de capitaux et puisqu’ils resteront dans la région, ils seront utilisés pour augmenter la production et améliorer la prospérité des populations locales. Avec une demande croissante pour les produits locaux, les industries grandes, moyennes et petites prospéreront.